Crédit Illustration: Mohamed Hachani

Armes sophistiquées couteuses et inutiles face à la pandémie: Le monde perd sa troisième guerre !

Par Mustapha KHAMMARI*

Incrédule, ébahie, désarçonnée, l’humanité est fortement ébranlée dans ses certitudes par le déferlement de la pandémie COVID19 : Un virus minuscule a mis à nu la grande incapacité de l’humanité qui a pu croire que la possession des armes les plus sophistiquées était suffisante pour la protéger des agressions et de guerres inédites dont elle ne pouvait mesurer l’ampleur et la force de destruction.

Toutes les guerres que les humains ont eu à provoquer et à subir depuis le début de leur existence sur terre étaient des guerres classiques qui mettaient face à face des armées opposées.

Le dénouement se mesurait à la supériorité militaire et aux capacités stratégiques des protagonistes.

C’était à qui disposait des armes les plus sophistiquées, des machines de guerre les plus destructrices et déployait les stratégies militaires les mieux planifiées.

Plus près de nous, le siècle précédent avait connu deux grandes guerres mondiales majeures creusant un long chemin sanglant, jonché de destructions et de morts par dizaines de millions et condamnant des peuples à une longue errance. La première moitié du vingtième siècle a été durement marquée par ces deux guerres qui, l’une comme l’autre avaient cristallisé l’horreur a son état brut.

Qui ne se souvient des scènes de l’apocalypse qui s’abattait sur des corps de « poilus » soudainement figés dans la mort dans leurs tranchées, par le déferlement des bombes remplies de gaz mortel, armes de destruction massive mises au service d’Hommes politiques mégalomanes ,sans scrupules pour qui la guerre nonobstant ses effets désastreux, servait leurs velléités expansionnistes et leur volonté de conquérir des « espaces vitaux » supplémentaires tels que décrétés en règles par le national- socialisme hitlérien déclencheur de la  deuxième guerre mondiale .

Au cours de cette confrontation planétaire, toutes les armes ont été utilisées, y compris dans les camps de concentration qui servaient d’antichambres de la mort pour des millions d’êtres humains, femmes ,enfants et hommes de toutes races qui y furent conduits de force dans une entreprise insensée d’épuration ethnique de triste mémoire.

Cette évocation, aujourd’hui d’actes  honteux  dans des guerres innommables d’atrocités  , est une tentative de comparaison et de mise en garde à l’heure de l’impuissance planétaire devant la pandémie COVID 19 : les dirigeants des pays riches avaient préféré investir dans les instruments de mort plutôt  que dans les recherches médicales et la fabrication de machines qui auraient certainement mieux protégé l’Humanité.

A titre d’exemple, les Etats Unis d’Amérique ont dépensé deux mille milliards de dollars dans les guerres qu’ils ont menées depuis l’attentat du World- Trade Center le 11 septembre 2001.

Les deux guerres mondiales du vingtième siècle ont couté- rien qu’au trésor américain- plus de trois mille milliards de dollars, alors que la guerre du Vietnam à elle seule, avait englouti cinq cent milliards de dollars aux contribuables américains.

Les derniers chiffres montrent que les mêmes Etats -Unis d’Amériques enregistrent avec près de cinq cent mille morts du COVID à ce jour davantage que le nombre des soldats américains morts pendant la deuxième guerre mondiale.

Comparaison n’est pas raison pour les milliers de milliards dépensés pendant les guerres du siècle dernier, mais juste pour information, le budget de notre pays pour 2021 est de 52 milliards de dinars tunisiens, c’est-à-dire au taux de change actuel, moins de vingt milliards de dollars !

Comparez quand même pour comprendre que la paix mondiale que les puissants prétendent défendre est aléatoirement prise en compte et concrètement mise entre parenthèses lorsque les intérêts mercantiles et l’avidité expansionniste l’emportent sur les considérations humanitaires.

Le concept d’aide publique au développement dont la défense était à la mode pendant des années a été depuis peu à peu victime des aléas des alliances et des mésalliances. Ses montants ont bien régressé et leur octroi soumis à des conditions politiquement et financièrement   draconiennes des pays donateurs et aux conséquences sociales fortement contraignantes pour les pays receveurs dont les finances croulent sous le poids des dettes.

Le rappel du cout de ces guerres à des générations qui ne les ont pas vécues et qui n’en ont pas suffisamment été informées, doit les interpeller pour mieux comprendre comment des sommes colossales ont été dépensées pour provoquer le maximum de morts en dépit de toute obligation de respect de la vie humaine.

Autrement dit la volonté de puissance est prioritairement plus agissante dans l’itinéraire de vie de l’Humanité. Les valeurs sont les bienvenues pour habiller les vrais objectifs de domination, juste pour faire comme si elles étaient respectées.

En fait, l’humanité s’est habituée aux dénis de justice dont le plus flagrant est le maintien de la colonisation israélienne de la Palestine, état et peuple pourtant dument reconnus par les résolutions de l’ONU, reconnaissance non suivie d’effet puisque plus de quatre- vingt pour cent du territoire palestinien du partage de 1948, a été colonisé par l’Etat greffon israélien.  L’ONU, organisme créé initialement pour éviter les horreurs des guerres, défendre la paix et le droit des peuples à disposer de leur propre destin est contrainte par la volonté des puissances qui se sont arrogé le droit de veto, de se transformer en instrument d’injustices exercées contre les peuples jusqu’à leur confisquer leur droit et leur souveraineté sur leurs propres terres .

Les bonnes intentions qui ont conduit à la création de l’ONU, se sont peu à peu évanouies devant la guerre froide et les ambitions de conquête des grandes puissances. Le monde est peu à peu revenu à l’état dans lequel il se trouvait avant les guerres mondiales. Ici et là des foyers de tension étaient créés pour justifier l’interventionnisme des grands. La course aux armements s’est accentuée et il fallait toujours inventer des prétextes qui se sont toujours révélés fallacieux pour déclencher des guerres et faire ainsi fonctionner les usines d’armements.

Entretemps, le monde a continué- l’Amérique en tête-mais pas seulement- à faire commerce avec la guerre et à consacrer le plus clair des richesses à la fabrication des armes les plus meurtrières mobilisant des ressources financières colossales.

La chronique  est longue des guerres et autres révoltes et révolutions que l’humanité a eu à supporter sous différentes appellations et pour différents prétextes de l’Irak, à la  Libye en passant par le Liban ,la Syrie et l’embrigadement des talibans et de Daech ,et ce « printemps » dit arabe et qui se transforme en un hiver interminable ,se révélant impulsé par les mêmes forces coloniales dans un but de domination et d’affaiblissement des pays qui pourraient constituer même un début de menace  pour la propension belliqueuse et agressive de l’entité sioniste, dont les dirigeants rêvent du « grand Israël »  qui engloberait un vaste territorial allant du golfe arabo-persique ,au Maghreb arabe.

C’est pour cause d’égoïsmes exacerbés, d’aventurisme guerrier et d’inconscience qu’une pandémie inédite de férocité « contaminatrice » submerge le monde et  surprend l’Humanité en flagrant délit d’impuissance et d’incompétence face à un virus dévastateur qui, aux dernières statistiques, a fait plus de deux millions de morts alors que les horizons de la guérison de ce mal sont encore lointains ,y compris avec les incertitudes des vaccins certes momentanément rassurants mais nourrissant encore des appréhensions sur leurs effets indésirables. D’aucuns avancent même  que rien n’est gratuit dans les relations internationales aujourd’hui basées plus que jamais sur la puissance et le besoin toujours impérieux   de conquérir des marchés , de vendre des armes, de nourrir une nouvelle guerre froide encore plus insidieuse, plus vaste et plus dangereuse pour la paix mondiale.   Une commission d’enquête dépêchée par l’Organisation Mondiale de la Santé est actuellement en visite d’enquête et d’inspection en Chine, à Yuhan, là où se sont déclarés il y a un an les premiers cas de contamination au Covid 19.

Des accusations avaient été publiquement proférées par le Président Trump évoquant des doutes sur la nature du virus né dans un laboratoire chinois.

La concurrence commerciale entre Pékin et Washington explique- t-elle les doutes américains vis-à-vis de la Chine à propos d’éventuelles erreurs commises qui auraient laissé échapper le virus hors des laboratoires .En définitive, les dirigeants des grands pays possesseurs de la richesse, aujourd’hui désemparés, peinent à comprendre l’étendue des dégâts que leurs stratégies de domination ont provoqués.

L’ échec est patent car personne aujourd’hui ne peut mesurer l’ampleur du désastre qui frappe le monde et touche tous les pays qui enregistrent un nombre important de victimes parmi lesquelles des centaines de médecins et de membres du personnel paramédical avec des hôpitaux au bord de la saturation et une sélection obligée  des admissions de malades selon l’âge. La vaccination piétine et les fabricants n’arrivent pas à faire face à la demande.

Les laboratoires en profitent pour augmenter leurs bénéfices et faire monter la valeur des actions en bourse. On aurait pu s’attendre à ce que ces laboratoires accordent gratuitement ou à prix réduits des permis de fabrication aux laboratoires à travers le monde. Il n’en est rien aujourd’hui et des chiffres astronomiques de gains enregistrés par les laboratoires qui commercialisent le vaccin, sont annoncés.

S’interroger sur ce que l’humanité aurait gagné si elle avait consacré les dépenses des guerres à la recherche médicale et à la prévention des épidémies semble inutile et illusoire. Il fallait cependant le faire pour que l’on comprenne mieux le hiatus qui existe entre les réalités et les vœux pieux.

L’égoïsme est toujours la donnée universelle cardinale, persistante et inamovible.

Les coffres des banques internationales pleines de milliers de tonnes de lingots d’or et les immenses réserves de pétrole n’ont en tous cas pas épargné l’humanité de la descente aux enfers qu’elle subit.

Ce qui appelle les politiques, surtout chez ceux qui possèdent la puissance, à davantage de modestie et de réflexion sur le présent et l’avenir d’une humanité aujourd’hui désemparée : Comment sauver des vies au lieu de tout mettre en œuvre pour en tuer le maximum dans des guerres couteuses et inutiles ? Il n’y a plus aujourd’hui de puissance inviolable .Le monde est en train de perdre sa troisième guerre

M.K

Analyste politique*

 

 

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