Justin Trudeau
Justin Trudeau/ AFP.

Canada : Crise politique sans précédent pour Justin Trudeau

En trois semaines, deux ministres ont démissionné après des accusations d’ingérence contre le chef du gouvernement canadien dans le cadre d’une procédure judiciaire, le mettant devant la pire crise politique depuis le début de son mandat.

Le Premier ministre Justin Trudeau est accusé d’avoir fait pression sur son ancienne ministre de la Justice pour qu’elle protège une firme de BTP accusée de corruption. Un scandale qui intervient à l’approche des élections législatives. En trois semaines, trois personnalités ont claqué la porte du gouvernement, dans la foulée de ces accusations d’ingérence visant le Premier ministre, mais aussi son entourage.

Le scandale a débuté le 12 février, avec la démission surprise de la ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, qui a déclaré avoir subi des « pressions soutenues et constantes » de la part du Premier ministre et de son entourage pour qu’elle « tente d’éviter un procès au géant du BTP SNC-Lavalin ». Elle s’était notamment plainte de « menaces voilées » pour qu’elle intervienne auprès du bureau des procureurs en faveur de l’entreprise de construction, rapporte l’AFP.

Scandale de pots-de-vin

Ce groupe canadien d’ingénierie et de construction est accusé depuis 2015 de corruption. Il a ainsi versé 48 millions de dollars canadiens de pots-de-vin à des responsables libyens proches de Kadhafi, entre 2001 et 2011, pour obtenir des contrats importants dans ce pays. « Un accord hors cour entre la justice et SNC-Lavalin aurait permis à cette société, qui emploie 50 000 personnes dans le monde dont 9000 au Canada, d’échapper à une condamnation pouvant compromettre son avenir. Mme Wilson-Raybould a finalement refusé d’intervenir et un procès est toujours prévu, à une date encore indéterminée », explique le journal Le Monde. L’accord financier demandé à l’ancienne ministre aurait permis à l’entreprise d’éviter un procès « au cours duquel elle encourt un bannissement de dix ans de tout contrat public fédéral », précise le journal Libération. « Contrairement aux Etats-Unis où elles existent de longue date, ces compensations financières pour éviter les poursuites judiciaires sont une disposition nouvelle au Canada », explique Carolle Simard, professeure de sciences politiques à l’université de Québec. « La loi qui l’autorise a été votée l’an dernier, à l’initiative du gouvernement », ajoute-t-elle au journal français.

Mais la réponse du Premier ministre à ces accusations de pression politique peine à être convaincante. Quelques jours après la démission de Jody Wilson-Raybould, le principal conseiller de M. Trudeau, Gerald Butts, a lui aussi démissionné. Mis en cause par l’ancienne ministre de la Justice, il doit livrer sa version des faits mercredi devant les députés.

« Un Premier ministre en disgrâce »

La ministre du Budget, Jane Philpott, a à son tour quitté son poste ce lundi 4 mars en solidarité avec sa collègue. « Je me suis penchée sur les événements qui ont secoué le gouvernement fédéral ces dernières semaines et après une sérieuse réflexion, j’en ai conclu que je devais démissionner », a-t-elle fait valoir dans une lettre adressée au chef du gouvernement. Elle explique aussi n’avoir « plus confiance dans la façon dont le gouvernement a géré cette affaire et dans sa réponse à ces questions ».

Bien que cette décision le « déçoive », Justin Trudeau a dit la « respecter ». Devant des militants libéraux lundi soir à Toronto, il a assuré « prendre très au sérieux (…) les inquiétudes » provoquées par cette affaire qui, selon lui, va engendrer « plus de questions et de réponses dans les jours et les semaines à venir ».

Le coup est rude et malvenu pour M. Trudeau, à moins de sept mois des élections législatives lors desquelles il tentera d’obtenir un deuxième mandat. Les sondages donnent d’ailleurs le Parti libéral en pleine perte de vitesse. Pour la première fois, l’opposition officielle conservatrice est créditée de près de dix points d’avance dans les intentions de vote. Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a fustigé lundi « un gouvernement en plein chaos, dirigé par un premier ministre en disgrâce ».

Laurence Cros, maîtresse de conférences en études canadiennes à l’université Paris-Diderot, explique à Libération que si les conservateurs, qui réclament la démission de M. Trudeau, sont pour l’instant en tête des sondages, un autre parti pourrait être renforcé par l’affaire. « Le nouveau parti démocrate a un positionnement très marqué sur l’environnement et la transparence de la vie publique. Cette formation de centre gauche séduit les jeunes et pourrait attirer les électeurs déçus de Trudeau, estime-t-elle. Mais le retard des libéraux n’a rien d’irrémédiable, les élections sont encore loin. »

N.B., avec AFP et Le Monde

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