Covid-19: différends politiques et rumeurs avant la campagne de vaccination

Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 95% des vaccins produits jusqu’à présent sont allés à dix pays riches. En Tunisie, “la conquête de la rue” passe avant la campagne de vaccination. A la date du 4 mars 2021, le nombre des décès dans le pays a dépassé le cap de 8000 personnes .

 

La polémique enfle autour de l’arrivée, tant attendue, du vaccin anti-Covid. Le professeur Hechmi Louzir, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et porte-parole officiel du Comité scientifique de la lutte contre le coronavirus avait affirmé que le premier lot de vaccins contre le coronavirus sera livré à la Tunisie à la mi-février. A son tour, le ministre de la Santé, Faouzi Mehdi n’a eu de cesse, lors de ses sorties médiatiques, de tenir les mêmes propos. Des promesses lancées en l’air, rien de plus au moment ou l’Algérie, le Maroc ont débuté leur campagne de vaccination. L’adoption tardive, faut-il le souligner,  par l’ARP du projet autorisant l’Etat tunisien à rejoindre l’initiative mondiale de vaccination (Covax) n’a fait que remettre aux calendes grecques le lancement de cette campagne. C’est du moins l’argument avancé par nos décideurs à cet effet.

Accusations et démentis

A défaut de vaccin, c’est la rumeur qui a pris de court les citoyens et qui a ravivé encore plus la tension qui règne déjà entre les trois présidences à Carthage, Bardo et la Kasbah. Une rumeur  en rapport avec l’arrivée de doses de vaccin contre le Covid-19 en provenance d’un pays étranger. Très vite, le chef du gouvernement a ordonné l’ouverture d’une enquête sur les “circonstances de leur entrée en Tunisie,  les conditions de leur stockage, leur gestion et leur distribution”, selon un communiqué publié par la présidence du gouvernent. C’est comme répondre du  Tac au tac entre la Kasbah et Carthage qui a refusé d’entériner le dernier remaniement gouvernemental. “La présidence du gouvernement n’a pas été informée par l’arrivée en Tunisie de doses de vaccin contre le coronavirus et ignore leur source et leur destination”, ajoute le  même communiqué.

La présidence de la République n’avait rien à cacher. Et c’est par le biais d’un communiqué qu’elle a confirmé la réception de doses de vaccin contre le Covid-19 en guise de don de la part des Emirats Arabes Unis et les a transférées aux services de la Santé militaire pour faire les vérifications nécessaires et opérer au classement des bénéficiaires par ordre de priorité.

On est mal partis avant l’arrivée du vaccin. La rumeur(toujours elle) dit que des politiques, des membres de l’ARP ainsi que leur président ont déjà reçu les premières doses de vaccin. Et pour cause, leur participation dans les récentes manifestations populaires qui ont pris d’assaut les artères principales de la capitale et ses environs sans se conformer aux restrictions sanitaires imposées par le gouvernement en place. Un traitement de faveur que l’ARP a aussitôt nié en bloc. “Ni son président ni les membres de son bureau au sein  du  Parlement n’ont reçu de vaccin anti-Covid”, lit-on dans un communiqué publié au début de ce mois de mars.

Risque d’un retour à la case départ

Au demeurant, les démentis tentant de rassurer les citoyens ne servent a priori  plus à rien en raison de la défiance qui gagne du terrain à l’égard de la classe politique en place et de la détérioration de la situation générale. A force de voir les partisans des partis politiques répondre favorablement aux appels de leurs dirigeants pour manifester dans la rue, se moquant comme d’une guigne des mesures de sécurité mises en place par le gouvernement dans le cadre de la lutte anti-Covid, rien n’étonne plus, ni ne surprend. C’est comme si on avait tourné le dos aux alertes des experts internationaux en la matière.  « Plus le virus circule, plus il risque de muter au point de rendre les vaccins moins efficaces. Il se pourrait que l’on revienne à la case départ », avait mis en garde le directeur général de l’OMS, Dr Tedros lors d’un symposium sur les vaccins organisé le 23 février dernier.

Pour rappel, notre pays a détecté quatre cas du variant anglais du coronavirus et cinq cas suspects d’infection par cette nouvelle souche, selon la déclaration du directeur de l’Institut Pasteur de Tunis et membre du comité scientifique de lutte contre le Coronavirus, Hechmi Louzir à l’agence TAP mercredi 3 mars. Les régions concernées par cette nouvelle souche sont Tunis, Bizerte et Sbeitla (Kassserine). Une région entière dans la délégation de Sbeitla a été fermée après l’enregistrement de nombreux cas de coronavirus. Par ailleurs, Louzir a expliqué que le variant anglais est beaucoup plus contagieux,  ce qui nécessite une plus grande prudence. Il est à rappeler aussi que les mesures préventives dans le cadre de la lutte contre la pandémie ont été prolongées du 11 février dernier jusqu’au 7 mars courant.

Préoccupant à plus d’un titre mais on s’est tellement habitué ces dernières années aux sempiternelles passes d’armes entre les décideurs, à leurs démarches velléitaires, à la valse des ministres et les tours de passe-passe en vue de contourner la loi, que les déclarations des experts de la santé ne comptent plus quand il est question de bien se positionner sur l’échiquier politique.  C’est comme si Kafka avait  définitivement élu domicile dans le pays. Cette ambiance délétère n’a fait que tarder la campagne de vaccination dont l’efficacité reste à prouver et à confirmer dans les jours à venir. Quant au principe de l’équité vaccinale, il semble déjà perturbé par les rumeurs précitées en dépit des démentis ainsi que par le comportement versatile de la majorité de  la classe politique.

Dans ce tumulte, les cris de colère des blouses blanches en première ligne  de la lutte sont à peine audibles.” Notre “manifestation” à nous, celle des blouses blanches. Un énième adieu pour un énième personnel de la santé tombé en martyr des suites du Covid-19, Mme Faouzia Najoua Bhar de l’hôpital Habib Thameur, quatrième décès déploré durant le mois de février parmi les blouses blanches, en plus de trois autres médecins généralistes ( Dr Ridha Kharfi, Dr Raouf Harrath et Dr Noureddine Esseghir), regrette la présidente du conseil régional de l’ordre des médecins de Tunis, professeur Lamia Kallel. Environ 30 cas de décès enregistrés dans les rangs des médecins, ajoute la même source. A la fois pénible et choquant de les voir nous quitter en silence.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 95% des vaccins produits jusqu’à présent sont allés à dix pays riches. La division, l’inégalité, l’intérêt national et régional dictent actuellement l’accès aux vaccins, ont rappelé des experts indépendants.

 

Samir DRIDI

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