Diego Maradona : la disparition d’une légende

Le monde, et non uniquement celui des amateurs de football, est sous le choc alors qu’on a appris hier la mort tragique de Diego Maradona des suites d’un brutal arrêt cardiaque, à Buenos Aires. Bien qu’il soit impossible de résumer la foisonnante carrière du charismatique Maradona, nous avons retenu 10 moments-clés du parcours de ce champion du football qui semble être né avec un ballon à ses pieds…

Bouleversement total en Argentine, qui a décrété trois jours de deuil national après la perte de celui qui l’a hissée à lui seul au sacre du Mondial de 1986. Né dans un bidonville surpeuplé de la banlieue sud de Buenos Aires, l’enfant qu’était Diego Armando Maradona Franco n’avait pas des dizaines d’opportunités de rêve… Sa mère est femme de ménage, son père travaille par intermittence dans des chantiers de construction. Quant à l’école, elle ne semble pas l’intéresser. Plus tard, il dira cette phrase, parmi d’autres qui resteront historiques : « J’ai grandi dans une résidence privée… Privée d’eau, d’électricité et de téléphone. » Comment fuir ce quotidien de pauvreté et de marginalisation ? En s’amusant avec ses acolytes bien sûr. C’est en effet à cette époque qu’il acquiert une adresse fabuleuse en jouant au ballon. Petit de taille, il donne à voir une capacité instinctive de jongler et de dribbler qu’il développera en véritable qualité d’artiste de cirque. A 10 ans, il est repéré par un recruteur. Dès cet âge, dans les stades, il éblouissait les foules en mettant en scène cet exercice de jonglage unique et invraisemblable pendant les mi-temps, et attire déjà les médias, subjugués devant ses numéros. Plus tard, sa personnalité se révèlera fragile : il franchira la ligne rouge, ou blanche : la cocaïne. En se laissant emporter par les frasques et les dérives de la drogue, il ne fera que prendre du poids et verra petit à petit son image s’écorner.

Un début déjà tonitruant

Les médias s’intéressent déjà au phénomène Maradona encore enfant. A l’âge de 12 ans, il déclare cette phrase prémonitoire à une télévision venue l’interviewer : « J’ai deux rêves, disputer une coupe du monde, et la remporter avec l’Argentine. »

Diego Maradona n’était encore qu’un adolescent de 15 ans lorsqu’il faisait ses premiers grands pas avec l’équipe Argentinos Juniors. Dès ce moment, les Argentins font l’étonnante découverte d’un footballeur unique. La créativité de jeu extraordinaire de Maradona, à laquelle sa personnalité atypique ne fait que donner encore plus d’écho, lui vaut une admiration nationale. Bientôt, la précocité du joueur lui permet de faire ses grands débuts dans l’équipe d’Argentine. Il a alors 16 à 17 ans. Mais Cesar Luis Menotti, l’entraîneur de l’équipe nationale d’Argentine, ne le retient pas pour la Coupe du monde de 1978 en raison de son très jeune âge.

FC Barcelone : percée dans le Vieux Continent

1982 : Diego Maradona rejoint le FC Barcelone. Avec un transfert très médiatisé, il devient la première grande figure sud-américaine du football à débarquer en Europe. Joueur redoutable, il est celui qu’il faut empêcher de marquer : le défenseur Andoni Goikoetxea lui brise la cheville lors d’un match contre l’Athletic Bilbao et l’écartera des terrains de jeu pendant des mois. Diego dira par la suite que c’est à ce moment-là qu’il a commencé à prendre de la cocaïne. Son image de sportif commence en effet à vaciller : menant une vie nocturne pour le moins agitée, il sillonne les boîtes de nuit et consomme moult substances.

Une image écornée par un violent coup de pied asséné à Batista

Au Mondial de 1982, on passe de l’image d’un Maradona attachant à celle du joueur hargneux qui perd toute capacité de contrôle. Maltraité par les défenseurs, l’Argentin se venge lors du match de poule contre le Brésil en agressant Batista d’un coup de pied dans le ventre, à cinq minutes de la fin du temps règlementaire. Une action qui lui coûtera son élimination de la Coupe du monde.

Accueil triomphal à Naples

En 1984, le maître argentin surprend de nouveau tout le monde, et rejoint l’équipe de Naples, une modeste formation de Série A qui l’accueille comme s’il était un dieu vivant. Il continue de se tailler une figure médiatique étonnante à force de contradictions : voilà que la presse l’attaque pour ses supposés liens avec la Camorra, mafia napolitaine. « Le Maître », comme on l’appelle, enchaîne toutefois les exploits et les buts de haute voltige. Il remporte deux Scudetti (1987, 1990) et une coupe de l’UEFA (1989).

Coupe du Monde 1986, Maradona devient une figure mythologique

Diego Maradona entre définitivement dans la légende en 1986. Meneur incontesté de la sélection argentine, celui qu’on surnomme « El Pibe de Oro » (Le gamin en or) conduit presque seul l’équipe nationale d’Argentine à l’exploit, en décrochant la Coupe du monde. Le numéro 10 y a certes multiplié les exploits. « Jamais un joueur n’a autant impacté le rendement d’une équipe sur un seul tournoi », écrit ainsi Football365.

La main de Dieu

En quart de finale contre l’Angleterre, un moment historique de tricherie va se produire, que seul l’arbitre ne verra pas. Le « dieu du football » inscrit un premier but, moins glorieux que le second, mais tout aussi invraisemblable : de la main.

Cette action sera mondialement qualifiée de « main de Dieu » (La mano de Dios en espagnol). Une expression qui en dit long sur l’impression que produit ce personnage exceptionnel sur le public du monde entier. A noter que l’arbitre du match, celui qui a validé La mano de Dios, n’est autre que le Tunisien Ali Bennaceur. Le 17 août 2015, Maradona lui rendra visite à son domicile et lui offrira un maillot argentin portant sa signature. “Je lui ai offert un maillot de l’Argentine, et il m’a offert une photo de ce match qui était accrochée chez lui. Ma dédicace : ‘Pour Ali, mon ami éternel'”, avait écrit Maradona sur son compte Facebook.

Le but du siècle

Au cours du même match, Diego fait naître un autre moment historique de liesse mondiale. Maradona marque ce qui sera qualifié comme « le but du siècle ». Tel un éclair dans la nuit, il part de son propre camp avant d’effectuer un zigzag devenu mythique, passant entre les filets d’une pléiade de défenseurs avant d’entourlouper le gardien de but. Le commentateur, qui dit avoir “envie de pleurer”, s’extasie devant cette “chevauchée mémorable”, la “meilleure de tous les temps”. “De quelle planète viens-tu ?”, demandait-il au “cerf volant cosmique” :

D’autant que l’enjeu de cette rencontre dépassait largement le seul monde du football : il s’agit de la vengeance d’un petit pays récemment en guerre contre l’Angleterre pour le contrôle des îles Malouines. L’architecte de cette revanche réussit l’un des plus beaux buts de l’histoire du football : chaque joueur de l’équipe anglaise pense pouvoir faire quelque chose, l’arrêter mais… Maradona saute, passe, va à droite, à gauche… Comment peut-on s’infiltrer dans cette multitude de défenseurs très doués ? Personne ne comprend, mais tout le monde applaudit.

Ici, les amateurs du ballon peuvent s’extasier devant une autre version filmée de ce but du siècle, prise de l’arrière des filets de l’infortuné gardien de but britannique Peter Shilton :

Mondial 1990

Tout en étant loin de son niveau de 1986, Diego Maradona campe de nouveau le personnage de héros lors du Mondial 1990, dans une équipe argentine encore très hétérogène. Ses performances permettent néanmoins à son équipe de se hisser encore en finale contre l’Allemagne de l’Ouest. La demi-finale, l’Argentine la dispute avec succès face à l’Italie, pays organisateur et donc grand favori, dans le stade de Naples où il jouait durant la saison régulière.

Le Mondial 94, passage éclair

Aux Etats-Unis, Diego Maradona ne dispute que deux petits matchs avant d’être invité à mettre fin à son aventure après un contrôle positif à l’éphédrine. Déjà, il avait été sélectionné après sa suspension pour usage de stupéfiants. Il y inscrit toutefois son dernier but d’anthologie en équipe nationale, contre la Grèce. C’est la dernière apparition de Maradona sous le maillot argentin.

Une fin sur le banc

Diego Maradona se lance dans une carrière d’entraîneur en 1994. S’il passe par le Mexique ou encore par les Emirats Arabes Unis, son expérience la plus marquante restera son mandat de sélectionneur de l’Argentine, entre 2008 et 2010.

Multipliant les frasques, Maradona aura été un champion à la personnalité tourmentée, à cheval entre la rigueur d’un sportif résolu, un acrobate capable de prodige exceptionnel, et l’instabilité d’un homme manquant de moralité et d’équilibre, qui s’est surtout manifestée dans son addiction à la drogue.

Un mouvement se considérant comme “religieux” a même créé un culte à son effigie. Il s’agit de la fameuse “Eglise maradonienne”, qui compte des dizaines de milliers de fidèles.

Parmi la multitude d’hommages qui ont été rendus au “Dios Del futbol”, on retient cette phrase prononcée par une autre figure majeure du foot : Pelé, “El Rey Del futbol”. « Un jour, j’espère que nous pourrons jouer au ballon ensemble dans le ciel », a dit le joueur brésilien.

Nejiba Belkadi

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