Docteur Sadok MOKADDEM

Témoignage : Docteur Sadok MOKADDEM Un vétéran de la diplomatie tunisienne

Avec l’avènement de la République en juillet 1957 et l’accession de Habib Bourguiba à la magistrature suprême, Docteur Mokaddem fut désigné Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères étant signalé que tous les membres du premier gouvernement de la République perdent le titre de Ministre pour celui de Secrétaire d’Etat ; instaurant ainsi la nature présidentielle du régime politique qui a été confirmée par la constitution de juin 1959. Il succéda à Habib Bourguiba qui cumulait les fonctions de Président du Gouvernement, de Ministre de la Défense et de Ministre des Affaires Etrangères.Commentant la formation du nouveau gouvernement, le journal français Le Monde écrivait dans son édition du 31 juillet 1957 que «la nomination du Dr Mokaddem aux affaires étrangères prend un relief particulier lorsqu’on sait que ce militant destourien, ambassadeur au Caire, est un familier des capitales arabes et que sa désignation pourrait signifier que Bourguiba tout en maintenant sa politique d’ouverture vers le monde occidental, entend gagner la confiance des gouvernements du Moyen Orient avec lesquels certains malentendus se sont parfois élevés».
Durant les fonctions du Dr Mokaddem aux Affaires Etrangères de 1957 à 1962, la jeune diplomatie tunisienne, avec des moyens limités, devait agir rapidement en même temps et en parfaite harmonie sur plusieurs fronts pour parachever et consolider la souveraineté nationale et l’indépendance du pays nouvellement acquise dans un environnement régional et international en pleine mutation (décolonisation, guerre froide, non alignement, nationalisme arabe, pan-africanisme…). En effet, les problèmes de l’époque étaient complexes et intimement liés requérant perspicacité et cohérence dans la définition des objectifs à atteindre et des actions diplomatiques à entreprendre pour faire face à de nombreuses situations de crise parmi lesquelles il y a lieu de citer en particulier :

    La guerre d’Algérie et le bombardement français du village de Sakiet Sidi Youssef en février 1958 en représailles au soutien politique et logistique de la Tunisie aux combattants algériens. A la faveur de cette crise, Docteur Mokaddem négocia et signa en juin 1958 au nom du gouvernement tunisien les accords de retrait des troupes françaises stationnées encore sur le territoire national à l’exception de la base de Bizerte qui ferait l’objet de négociations ultérieurement.
    La bataille de Bizerte et la rupture des relations diplomatiques tuniso-françaises. La diplomatie tunisienne s’est mobilisée pour faire prévaloir par la communauté internationale les droits légitimes de la Tunisie sur cette affaire de décolonisation. A cet effet, Dr Mokaddem avait été dépêché à Moscou où il a été longuement reçu par Nikita Khrouchtchev, homme fort de l’Union Soviétique, qui lui avait déclaré « votre visite à Moscou va pousser les américains à vous octroyer plus de faveur dans la résolution de cette crise».
    La tension entre la Tunisie et l’Egypte et la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays suivie du retrait de la Ligue des Etats Arabes et ce, suite à la découverte en mars 1958 d’une tentative de complot contre Le Président Bourguiba devant être exécuté par un agent yousséfiste entré en Tunisie avec un passeport égyptien. Docteur Mokaddem se rendit en tant qu’Envoyé Spécial en Avril 1958 au Caire pour informer le Président Egyptien Abdel Nasser des détails du complot projeté et dénoncer l’ingérence dans les affaires intérieures de la Tunisie.
    La crise entre la Tunisie et le Maroc au sujet de l’accession de la Mauritanie à l’indépendance, territoire revendiqué par le Royaume Chérifien. Le Président Bourguiba avait chargé en mars 1959 Dr Mokaddem de transmettre un message écrit au Roi Mohamed V pour lui demander de reconsidérer sa position sur la question au nom du principe à l’autodétermination. Il en a été de même lors de l’accession à l’indépendance en juin 1961 du Koweït contestée par l’Irak qui réclamait son rattachement à son territoire.

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