Crédit Illustration: Mohamed Hachani

Editorial : 2020, une année à oublier, quid de l’avenir ?

Le monde est sur le point de dire adieu à l’année 2020.Il le fera sûrement sans grands regrets tant cette année a été difficile sur tous les plans. Sanitaire bien sûr avec cette pandémie du Covid 19 dont les effets ravageurs ne cessent de se faire sentir depuis des mois et qui, selon toute vraisemblance, va nous accompagner dans l’année qui vient. Mais économique et sociale aussi avec le recul dramatique de la croissance et son train de fermetures des outils de production, les pertes d’emploi et l’incapacité des autorités publiques presque partout à faire face aux conséquences sociales de la crise. Enfin, les relations internationales, qui n’étaient pas bien stables en début d’année du fait de la poursuite des multiples conflits locaux et des perturbations causées par l’Administration « unilatéraliste » installée dans la plus grande puissance mondiale, ont été davantage affectées par le « repli sur soi » provoqué par la pandémie et qui a fait perdre à l’humanité les bénéfices de décennies d’efforts pour développer et codifier la coopération internationale.

Aujourd’hui que le monde, y compris notre pays la Tunisie, tout en vivant les restrictions les plus inhabituelles, se prépare à accueillir 2021, il est dans l’obligation de se demander si cette nouvelle année va lui ramener plus de quiétude afin qu’il puisse reprendre sa marche vers un avenir solidaire ou si le mal subi est irrémédiable nécessitant une nouvelle réflexion sur l’avenir aux niveaux national, régional et multilatéral. A cet égard, des signes positifs sont à relever mais, en même temps, des risques évidents sont à appréhender.

Sur le plan sanitaire d’abord, la découverte et la mise à disposition en un temps « record » de nombreux vaccins contre la pandémie donnent à l’humanité une lueur d’espoir d’en finir avec la propagation incontrôlée du mal. Toutefois, le fait que la grande majorité des pays pauvres et à revenu intermédiaire, y compris la Tunisie, n’auront pas accès à ces vaccins avant des mois, et ce malgré les efforts louables de l’OMS et de ses partenaires du Système des Nations Unies, jette un doute sur la sincérité de ceux qui n’ont cessé de parler d’humanisme et d’égalité des chances alors qu’ils n’ont pas perdu du temps pour s’approprier la presque totalité de la production de ce précieux produit, en en privant le reste du monde pour l’avenir prévisible. Cela est moralement indécent et scientifiquement inapproprié puisque, comme les sages de ce monde n’ont cessé de le répéter, l’humanité ne sera pas totalement immunisée contre ce mal avant que toutes ses composantes le soient, d’où l’appel lancé par le Secrétaire Général de l’ONU pour que le vaccin en question soit considéré comme « un bien public », appel manifestement ignoré par les plus puissants. Ceci ne dispense aucunement les décideurs des pays laissés à la traine de leur responsabilité d’avoir tardé à prendre les dispositions nécessaires pour batailler afin d’acquérir à temps le vaccin en question ou pour trouver unilatéralement et collectivement les solutions de rechange. Il est vrai que la plupart d’entre eux ont, par maladresse, laissé partir leurs meilleurs cerveaux qui font aujourd’hui le bonheur des laboratoires occidentaux !

Sur le plan économique et social, la pandémie a certes fortement ralenti la croissance et mis en difficulté le tissu de la production et des services, mais globalement ce tissu, bien qu’amoindri, peut être revigoré si les conditions locales et internationales reviennent à leur état normal. Ceci suppose que le « repli sur soi » évoqué plus haut laisse vite place à un degré de solidarité suffisant pour permettre à la coopération de reprendre ses droits et aux institutions bilatérales, régionales et multilatérales de reprendre normalement leurs activités dans le cadre de relations internationales assainies et apaisée.

Ce retour sera peut-être favorisé par la nouvelle donne politique aux Etats Unis d’Amérique suite aux dernières élections présidentielles, donne qui, certes toujours contestée par l’occupant actuel de la Maison Blanche, semble cependant inéluctable et promet des révisions bienvenues à l’attitude de Washington vis-à-vis de nombreux dossiers et du multilatéralisme en général. Il reste que des décisions prises par l’Administration en charge, surtout au cours des quelques derniers mois, risquent de placer la nouvelle Administration, qui ne prendra les rênes du pouvoir que le 20 janvier 2021, devant des « faits accomplis »dont il pourra difficilement s’extirper pour autant qu’elle souhaiterait le faire. Des situations difficiles comme celles du Moyen Orient, du nucléaire iranien, du Sahara Occidental, ou de la place de la Chine dans l’équation mondiale risquent d’en pâtir alors que des groupements régionaux sur lesquels reposait en partie l’espoir de trouver des solutions aux conflits existants se trouvent davantage affaiblis. Tel est le cas des rassemblements arabes et des Institutions qui les symbolisent (Ligue des Etats Arabes, Conseil de Coopération du Golfe, Union du Maghreb Arabe) réduits à l’acrimonie et à l’immobilisme du fait d’une poussée inexplicable vers la normalisation précipitée avec Israël, synonyme pour beaucoup d’un abandon pur et simple de la cause palestinienne, contre des avantages pour la plupart imaginaires offerts par une Administration agonisante. Les « bombes à retardement » laissées à la nouvelle Administration, que ce soit dans la région du Golfe, au Moyen Orient, dans la région du Maghreb, en Mer de Chine et ailleurs, risquent en conséquence d’exploser à tout moment mettant en péril tout progrès escompté au cours de l’année qui vient et au-delà.

La Tunisie, qui a subi comme la plupart des autres pays les effets de la pandémie et qui ne pourra probablement commencer la vaccination de sa population qu’au cours du deuxième trimestre de l’année prochaine, aborde la période qui vient avec l’incertitude qui en découle outre les conséquences économiques et sociales ayant eu déjà des effets dévastateurs. Les perturbations politiques incessantes et les incohérences diplomatiques de plus en plus évidentes qui en découlent ne font qu’aggraver la situation et le bruit de bottes qui risque de commencer à se faire entendre dans notre région à la faveur des dernières initiatives susvisées ne sont pas de nature à arranger les choses.

Faut-il voir la « moitié pleine » du verre ou celle qui est « à moitié vide » ? Chacun dans le monde abordera l’année qui vient selon sa propre disposition d’esprit et les moyens dont il dispose, mais nous devons tous nous en tenir aux protocoles sanitaires prescrits et prier pour le mieux. Les décideurs quant à eux devront s’imprégner de nouveau de l’esprit de concertation et de coordination, avec davantage de compassion pour les plus faibles afin que nous puissions ensemble sortir de la situation actuelle. La classe politique tunisienne pour sa part devra revenir à la raison en mettant en sourdine ses divergences. La diplomatie tunisienne quant à elle devra revenir à sa sérénité, unicité et impartialité traditionnelles afin de faire face à une situation mondiale mouvante et défendre les intérêts supérieurs de notre peuple. Ce faisant, elle doit s’appuyer sur ses nombreuses compétences et, autant que possible, sur l’expérience des organisations tunisiennes engagées dans la réflexion et l’action sur les questions d’ordre international. L’Association des Anciens Ambassadeurs et Consuls Généraux se tient pour sa part prête à apporter sa pleine collaboration. En attendant, que tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux relations extérieures du pays, y compris parmi les anciens professionnels de la diplomatie, s’attachent à apporter leur aide quand elle est sollicitée sans prises de positions personnelles extrêmes de nature à porter préjudice à la crédibilité et à la sécurité de la Tunisie !

L’on ne peut conclure ces lignes sans avoir une pensée émue pour tous ceux en Tunisie et dans le monde qui ont payé de leur vie la pandémie que nous vivons. Que leurs familles et les familles de nos collègues diplomates, dont les anciens Ambassadeurs et Consuls Généraux qui nous ont quittés cette année pour un monde meilleur, trouvent ici nos condoléances les plus attristées.

 

 

 

 

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