Editorial : Une nouvelle donne en Libye voisine

La Libye semble sur le point de tourner une page tumultueuse de son histoire récente pour en ouvrir une autre plus apaisée. Après la longue ère de Mouammar Ghaddafi et son système de gouvernement « jamahiri » et les dix années de turbulence et de division qui ont suivi, voici que le pays frère voisin semble entrer dans une nouvelle ère qui promet d’être une ère de paix intérieure avec une autorité provisoire unifiée et la promesse d’élections libres d’ici la fin de l’année en cours pour mettre en place un système définitif de gouvernement qui romprait avec les tâtonnements des années passées. Il s’agit là de développements importants qui, si elles devaient arriver à leur fin, pourraient placer la Libye dans une trajectoire pleine de promesses pour le peuple frère libyen et pour les autres peuples de la région. La Tunisie, qui a eu à pâtir des turbulences vécues par le pays voisin et qui a modestement contribué à l’en sortir tout en offrant un accueil fraternel à des centaines de milliers de libyens obligés de quitter leur terre d’origine , est aujourd’hui pleinement justifiée à continuer à offrir au peuple libyen frère sa contribution pour remédier aux séquelles économiques et sociales des années passées et bâtir ensemble un avenir meilleur.

Le processus de pacification de la Libye est certes passé par plusieurs étapes et a vu de nombreux pays y contribuer d’une manière positive (et parfois peu constructive) mais, la Tunisie a été celui qui était à chaque fois présent pour aider à trouver les solutions idoines tirées souvent de sa propre expérience et devrait continuer à le faire. Le dialogue inter-libyen qui vient d’aboutir au choix du Gouvernement d’Union a été lancé, faut-il le rappeler, en Tunisie où il a bénéficié de la sollicitude des autorités et du peuple tunisiens. Par ailleurs, le chemin qui reste à faire avant le 24 décembre prochain, date des élections attendues en Libye, reste long et semé d’embûches et il est important que la diplomatie tunisienne reste engagée pour continuer à aider le peuple libyen à parcourir sans encombre la longue et difficile distance qui reste sur le chemin de la réconciliation.

Il s’agit en effet maintenant de mettre en place la nouvelle  base constitutionnelle du pays, de le débarrasser de la présence des milices et forces étrangères et de placer les armes-toutes les armes- sous l’autorité légale du Gouvernement d’Union , de mettre en place les nouvelles structures de ses organismes souverains, d’assurer la distribution juste des ressources du pays pour commencer l’œuvre de reconstruction nationale…et surtout de préparer les meilleures conditions possibles pour l’opération électorale du 24 décembre 2021.Ce faisant, la Libye devrait pouvoir continuer à compter sur le soutien de la Tunisie au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies, où elle bénéficie encore et jusqu’à la fin de l’année en cours d’un siège non-permanent, pour soutenir les ententes auxquelles le dialogue inter-libyen est parvenu, accompagner le processus électoral jusqu’à sa fin heureuse et entériner ses résultats par la communauté internationale.

La Tunisie ne devrait pas pour autant négliger de se préparer d’ores et déjà à apporter sa juste contribution à l’œuvre de reconstruction de la Libye comme l’y autorisent la fraternité, le voisinage et la Charte des Nations Unies en tant que pays ayant le plus souffert de la situation chaotique dans laquelle le pays limitrophe a été plongé du fait des mesures « coercitives » prises à son encontre par la communauté internationale. D’autres pays pourvus de moins d’atouts dans leurs relations avec la Libye et ayant même contribué à sa souffrance sont aujourd’hui aux avant-postes pour revendiquer le droit de prendre une part active et peut être disproportionnée de la reconstruction.

Les difficultés politiques et économiques que connait la Tunisie ont certes quelque peu freiné son action. Il est toutefois heureux de constater que le secteur privé tunisien se prépare déjà à se réengager en Libye comme l’atteste le forum organisé récemment à Sfax dans sa troisième édition par des hommes d’affaires tunisiens et libyens et des officiels des deux pays sous les auspices du Conseil tuniso-africain des affaires(TABC) et sous le titre  significatif de «forum de l’espoir et du défi pour construire une économie intégrée » .Il reste que les hommes d’affaires tunisiens affirment avec raison avoir besoin d’être fermement épaulés par les autorités tunisiennes sur les plans diplomatique(en les aidant à ouvrir les voies pour reprendre leur place en Libye et la renforcer si possible, y compris par la reprise de la présence massive de la main d’œuvre tunisienne) et institutionnel (par la clarification du climat d’investissement, la réduction des problèmes administratifs et logistiques, la mise en place des moyens nécessaires pour l’écoulement des marchandises et le renforcement de la coopération bilatérale, notamment par le biais de la reprise des réunions des commissions mixtes entre les deux pays).

Plus que les querelles politique, voire politiciennes, Il y a là sans aucun doute matière pour une œuvre utile au bénéfice des deux pays frères et de leurs générations futures.

   

 

 

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