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[Figures historiques] Ali Belhouane, l’un des chefs incontestés du mouvement national

Ayant grandement marqué l’émergence et les avancées politiques réalisées par le mouvement national tunisien, Ali Belhouane est l’un des leaders incontestés de nombreux événements, comme la manifestation qui a abouti aux événements du 9 avril 1938, qui ont fini par faire advenir l’indépendance de la Tunisie. Né le 13 avril 1909 à Tunis et décédé le 11 mai 1958, Ali Belhouane est également un grand intellectuel qui compte parmi les plus grands militants et hommes politiques de l’histoire de Tunisie : il est considéré comme l’un des plus anciens compagnons d’armes de Bourguiba.

Né au sein d’une famille tunisoise, Ali Belhouane a suivi des cours coraniques dans la Médina de Tunis, avant de s’inscrire à l’école primaire Kheireddine-Pacha où il a pu obtenir son certificat d’études. En 1924, il rejoint les bancs du Collège Sadiki, où il décroche son diplôme en 1931, avant de poursuivre ses études à la faculté des lettres de Paris. Ayant choisi de se spécialiser en philosophie et lettres arabes, Belhouane deviendra un grand intellectuel ; il a par ailleurs consacré une partie de sa vie à l’enseignement au Collège Sadiki.

Ali Belhouane, militant convaincu

Dès son enfance, Ali Belhouane s’entiche de politique. Il développa dès son plus jeune âge une forte sensibilité à la question de la colonisation, du dépouillement des Tunisiens de leur autonomie et des dérives du protectorat français – celles-ci se manifesteront en particulier lors des émeutes du 9 avril 1938 qu’il aura contribué à conduire.

A Paris, le futur politicien sera un adhérent coriace au sein de l’Etoile nord-africaine, association proche du mouvement syndical français et fondée en France par des travailleurs immigrés majoritairement arabes ; il participera activement à ses activités. Durant ces années, son militantisme s’enracine dans une volonté féroce de susciter des vocations à la conscience nationale chez ses ouailles. Le vigoureux Ali Belhouane finira par s’engager dans un militantisme plus combatif encore lorsqu’il deviendra une figure importante au sein du Néo-Destour. C’est à partir de 1936 qu’il deviendra véritablement un inconditionnel de l’élan nationaliste naissant. Militant dévoué à la cause de l’indépendance de la Tunisie, il participe ainsi au congrès du Néo-Destour en 1937. Un engagement qui lui vaut d’être démis de ses fonctions de professeur au Collège Sadiki. Cet écart du corps professoral de l’illustre institution éducative tunisienne dont il fera l’objet en raison de ses activités detouriennes renforcera sensiblement sa volonté de lutter contre le colonialisme.

Car avant cela, le 18 mars 1938, Ali Belhouane a donné une conférence intitulée « Part de la jeunesse dans la lutte » dans le local du Néo-Destour de la rue du Tribunal. Une conférence qui avait été interdite par arrêté en raison de la crainte que suscitait chez les autorités françaises son éloquence de propagandiste auprès des jeunes. La conférence fut retentissante : 700 personnes y ont assisté, principalement des lycéens de Tunis et des étudiants de la mosquée Zitouna, ainsi que des militants comme Salah Ben Youssef, Tahar Sfar et Slimane Ben Slimane.

Témoignage de Slimane Ben Slimane

En tant que responsable et leader de la jeunesse révoltée du Néo-Destour, Ali Belhouane conduit la manifestation du 8 avril 1938 qui débouche sur les émeutes qui ont éclaté à Tunis dans un contexte de fortes protestations populaires. Les manifestants réclament des réformes politiques à travers notamment l’institution d’un parlement. Moment de la plus haute importance dans l’histoire de la lutte de la Tunisie pour son indépendance, ces émeutes ont été marquées par la violence des débordements des forces de police et l’armée françaises qui ont fait de nombreux morts parmi les manifestants. « Le leader de la jeunesse » est, lui, arrêté et incarcéré le 9 avril, ce qui contribue à une fusillade faisant plusieurs dizaines de morts à Tunis.

Bourguiba avait lui aussi été arrêté et écroué en avril 1938 à la suite de ces événements qualifiés de « complot » contre la sûreté intérieure de l’Etat. Un long « voyage » carcéral allait s’ensuivre, menant la prison militaire de la Kasbah au pavillon G de la prison civile de Tunis, puis au pénitencier de Téboursouk en Kroumirie, à partir de novembre 1939 et jusqu’à l’exil en métropole, avec le transfert à Marseille, puis à Lyon.

Le témoignage du résistant et codétenu Slimane Ben Slimane, rapporté par le philosophe Antoine Hatzenberger dans un article intitulé « Bourguiba d’une prison l’autre », délivre des détails éloquents sur la continuation de la lutte politique pendant ces années de détention. Une lutte dont faisait intégralement partie M. Belhouane. Comme le relate Ben Slimane, les combats de la Seconde Guerre mondiale continuaient de faire rage sur l’autre rive alors que les plus illustres militants nationalistes tunisiens étaient écroués. Au mois de mai 1940, alors que la défaite française devenait imminente, les détenus furent transférés au Haut-Fort Saint-Nicolas. A propos de leur vie quotidienne dans la prison de Marseille sous Vichy, pendant deux ans et demi, Slimane Ben Slimane rapporte des fouilles systématiques et un accueil « violent » réservé par les gardiens à ces prisonniers classés « dangereux, à surveiller de près ». Outre Ben Slimane, restaient Bourguiba et son frère Mahmoud, Ali Belhouane, Salah Ben Youssef, Hédi Nouira et Mongi Slim.

Libération de Ali Belhouane

Après sa libération, Ali Belhouane, étant reconnu pour ses qualités de pédagogue chevronné, sera chargé dès 1943 de l’organisation des organes du Néo-Destour ainsi que de l’accompagnement et de la formation de ses jeunes cadres. En 1952 se produit le déclenchement de la révolte armée à l’appel du Parti destourien et de l’Union générale tunisienne du travail. La guérilla fut provoquée par le refus des autorités françaises de répondre aux revendications tunisiennes concernant les moyens d’aboutir à l’autonomie interne. Ali Belhouane décide, dans ce contexte, de se rendre en Irak et en Egypte pour recueillir des soutiens à la cause nationaliste qu’il porte. Il participe aux négociations menant à l’autonomie puis joue un rôle prépondérant dans l’organisation du congrès du Néo-Destour tenu en novembre 1955.

Fonctions intellectuelles et politiques

A partir de 1955 naîtra une revue importante, intitulée Al Fikr, de parution mensuelle, littéraire et culturelle. Elle tirait à 2000 exemplaires tout en se distanciant de la « facture théologienne d’Al Majalla Az-zaytouniyya », comme le souligne le Centre algérien de recherche en anthropologie sociale et culturelle. La revue, qui compte Ali Belhouane parmi ses plus notables contributeurs, traite et défend notamment des enjeux avant-gardistes pour l’époque, comme la question du statut de la femme. Amplifié par son talent de littérateur, l’engagement réformateur de Ali Belhouane l’amène à signer des articles mettant en lumière l’importance de la généralisation de l’enseignement en Tunisie et de la langue arabe « néo-classique » dépouillée de ses référents religieux.

Après l’indépendance, Ali Belhouane sera nommé chef du service de promotion sociale du Néo-Destour. Elu, le 25 mars 1956, député représentant de la région de Thala-Sbeïtla à l’Assemblée constituante, il deviendra le 5 mai 1957 maire de Tunis. Ali Belhouane aura également porté la voix de la Tunisie à l’international, en la représentant occasionnellement lors de rencontres mondiales comme la session de l’ONU en 1956, de la conférence afro-asiatique du Caire en décembre 1957, de la conférence des peuples musulmans de Lahore ou encore du congrès de Tanger en avril 1958. Le militant décède le 11 mai 1958 à l’âge de 49 ans.

Nejiba Belkadi

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