Image : Arturo Rodriguez / AP / 2011

[Jour pour jour] Le 26 février 1976, l’Espagne quitte le Sahara occidental

Vaste territoire désertique s’étendant sur une surface de 266 000 km2 du Nord-Ouest de l’Afrique, le Sahara occidental est l’objet de rivalités et de tensions depuis des décennies. Bordé par la région marocaine de Tarfaya au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l’est et au sud, sur sa côte ouest domine l’océan Atlantique. Aujourd’hui disputé par les Marocains et les Sahraouis, les Nations unies considèrent ce territoire comme non autonome, car le statut de cette ancienne colonie espagnole n’est toujours pas clairement défini sur le plan juridique depuis le départ des Espagnols en 1976.

C’est le 26 février 1976 que l’Espagne a informé le Secrétaire général des Nations unies qu’elle mettait officiellement fin à sa présence dans le territoire du Sahara occidental. Le gouvernement espagnol jugeait alors nécessaire qu’il soit « pris note qu’ayant cessé de participer à l’administration provisoire établie pour ce territoire », il se considérait désormais « déchargé de toute responsabilité de caractère international relative à son administration ». Le lendemain, eut lieu la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) par le Front Polisario, mouvement politique et armé qui a pour objectif l’indépendance totale du Sahara occidental. La RASD n’est toutefois pas reconnue comme Etat par une bonne partie de la communauté internationale.

Rivalités

Dès le départ de l’occupant espagnol de ce vaste territoire désertique, une guerre éclata alors que l’administration coloniale espagnole avait convenu de le céder au Maroc et à la Mauritanie lors des accords de Madrid. Le conflit, qui a duré de 1975 à 1991, a opposé le Maroc et la Mauritanie au jeune Front Polisario fort du soutien de l’Algérie et de la Libye. Des milliers de morts plus tard, le Maroc et le Polisario ont signé sous l’égide de l’ONU un accord de cessez-le-feu en 1991, préalable à la tenue d’un référendum d’autodétermination, qui pourtant ne s’est toujours pas tenu… Quant à la Mauritanie, elle a renoncé à toute revendication sur le Sahara occidental dès 1979. Mais les divergences entre Marocains et indépendantistes font traîner le processus de règlement du conflit.

A tel point que l’Assemblée générale des Nations unies considère que la question du Sahara occidental relève encore de la décolonisation, « processus que la population du Sahara occidental n’a pas encore parachevé ». Car le statut qui reste à définir de ce territoire prête à confusion : il est toujours revendiqué à la fois par le Maroc et par la RASD. Il est devenu au fil des années un enjeu global et un foyer de tension allumé mettant notamment en scène un affrontement à peine voilé entre le Maroc et l’Algérie, qui soutient la RASD. Nombre d’observateurs estiment que ce dossier dont on se demande s’il sera refermé un jour est en grande partie responsable du blocage de la construction effective de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Territoire non autonome selon l’ONU

Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc administre plus de deux tiers du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle environ le cinquième, laissé par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité qui fait aujourd’hui office de frontière de facto. La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) patrouille dans l’ensemble du territoire afin de garantir, sur le terrain, le respect du cessez-le-feu conclu en 1991 et de trouver une solution politique mutuellement acceptable. Pour rappel, la MINURSO, créée en 1991 par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, faisait suite à l’acceptation en 1988 des propositions de règlement par le Maroc et les indépendantistes. Ce plan prévoyait une période transitoire pour la préparation d’un référendum lors duquel le peuple du Sahara occidental exprimerait son choix entre l’indépendance totale et l’intégration au Maroc.

Mais celui-ci lui préfère une autre solution : un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine. Le Front Polisario milite toujours, lui, pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Les indépendantistes du Polisario fondent leurs revendications sur un « consensus écrasant parmi les Sahraouis vivant sur le territoire en faveur de l’indépendance et en opposition à l’intégration avec tout pays voisin ». Le Maroc brandit pour sa part les accords de Madrid et toute l’histoire émaillée de liens traditionnels d’allégeance tissés au fil du temps entre les tribus sahraouies et les sultans du Maroc.

Et aujourd’hui ?

De toute évidence, ce territoire désertique a encore de longs jours de tensions militaires devant lui. Comme nous l’avons indiqué plus haut, le Maroc préfère s’en tenir à un plan d’autonomie, estimant que la solution se trouve dans l’intégration du Sahara occidental au Maroc sous la forme d’une entité autonome sous la souveraineté du royaume. Le Maroc est conforté dans sa position par l’annonce en décembre 2020 de la reconnaissance par les Etats-Unis de Donald Trump de la souveraineté marocaine sur la totalité du territoire disputé du Sahara occidental. Mais deux dizaines de sénateurs américains des deux partis politiques du pays ont récemment demandé au président Joe Biden de revenir sur la reconnaissance par Washington de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

La décision du président sortant avait en tout cas été dénoncée par le Front Polisario qui avait tenu à rappeler qu’elle s’opposait à la position de la communauté internationale. Mais c’est depuis mars 2019 que les négociations censées rassembler autour d’une même table Marocains et Sahraouis mais également, en tant qu’observateurs, Mauritaniens et Algériens, sous l’égide de l’ONU, sont tout bonnement suspendues.

Le “mur de la honte” tel qu’appelé par les habitants de la région. Photo : Middle East Eye

Tous les ingrédients sont présents d’un enlisement plus durable du conflit. Plus récemment, le 24 février 2021, les unités de l’Armée populaire de libération sahraouie (ALPS) avaient conduit de nouvelles attaques contre les positions de l’armée de « l’occupation marocaine » le long de ce qui est souvent appelé le « mur de la honte », selon les mots du ministère sahraoui de la Défense. Et, évoquant la situation « désastreuse » des droits de l’homme dans les territoires sahraouis, un activiste sahraoui militant pour les droits de l’homme, Hammadi Ennasri, a assuré lundi que « l’attachement du peuple sahraoui à son droit à l’autodétermination a fait perdre la raison au Makhzen ». En fait, le Polisario estime être « en état de guerre de légitime défense » depuis que le Maroc a envoyé le 13 novembre des troupes au sud du Sahara occidental pour contraindre un groupe de militants indépendantistes sahraouis à reculer. Celui-ci bloquait la seule route qui mène vers la Mauritanie voisine. Depuis, comme l’indique France 24, les troupes marocaines sont restées déployées dans la zone démilitarisée sous contrôle de la force d’interposition de l’ONU, afin de « sécuriser le trafic routier » sur cette route représentant un axe commercial menant vers l’Afrique de l’Ouest. Les indépendantistes sahraouis contestent pour leur part la légalité même de cette route, qui s’oppose selon eux à l’accord de cessez-le-feu signé en 1991.

Le journal algérien el-Watan fait malgré tout signaler que les festivités relatives à la célébration du 45e anniversaire de la proclamation de la RASD ont bien débuté lundi à Dakhla, dans les camps de réfugiés sahraouis de Tindouf. De hauts dirigeants du Front Polisario et des membres du gouvernement sahraoui y étaient présents alors que le contexte s’englue dans une lutte armée et sans merci qui semble bien s’éterniser.

« Attente intenable »

Le pourrissement du conflit signe-t-il l’échec cuisant de la communauté internationale à assurer un rôle de médiateur malgré les rivalités historiques ? C’est en tout cas ce que laissent entendre les propos d’un responsable du ministère sahraoui de la Sécurité, Sidi Ould Oukal, qui, à propos de la suspension des négociations, explique non sans dépit : « Par le passé, nous avons accordé toute notre confiance à la communauté internationale et avons arrêté le combat armé de manière définitive. Nous avons attendu 30 ans. Trente ans de promesses non tenues, de tergiversations et d’attente intenable.” Pour lui comme pour beaucoup de Sahraouis, médiations et négociations restent possibles. « Mais en même temps, nous maintenons la lutte armée sur la base de l’expérience passée », a encore justifié Sidi Ould Oukal.

Selon un décompte des Nations unies datant de septembre 2020, le Sahara occidental figure parmi les 17 territoires non autonomes (et relevant de la compétence du Comité spécial de la décolonisation) que le monde dénombre encore à l’heure actuelle.

N.B.

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Une pensée sur & ldquo; [Jour pour jour] Le 26 février 1976, l’Espagne quitte le Sahara occidental & rdquo;

  1. Le malheur du Maroc c’est qu’il a subit deux colonialismes ,l’un français l’autre espagnole, c’est aussi le malheur de tout le continent africain qui a subit le colonialisme de l’occident qui a charcuté les territoires et aussi les peuples et les ethnies et a semé les grains de la discorde par le découpages diabolique des frontières .ILY A UN SEUL GRAND SAHARA EN AFRIQUE DU NORD .LES CONTRES SUD DU MAROC S’APPELLENT” SAGUIA EL HAMRA ET OUED EDDHAHEB et pas” le sahara occidental !!! ” ces contrés étaient occupés par les espagnols et à leur retrait en 1975 le nombre des autochtones marocains qui y habitent s’élève à 75milles environ. Les grandes puissances colonisatrices n’ont pas manqué aussi d’imposer la règle “du respect ” des frontières héritées de l’ère de leur occupation ; pire encore ils ont imposé l’ usurpation de plus que la moitié de la terre du peuple Palestinien pour établir une entité coloniale et ségrégationniste au crépuscule de la colonisation.

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