Commission économique

La Direction des Affaires Consulaires, l’époque du Renouveau : 1967-1969

Avec la célébration du 64 e anniversaire de la création du Ministère des Affaires Etrangères et de la Journée de la Diplomatie, l’on ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour nos aînés de la première
génération de diplomates qui, malgré la modestie des moyens humains et matériels, ont relevé tant de défis pour instituer et développer une structure digne de la Tunisie Nouvelle. C’est aujourd’hui
une fierté d’apporter un témoignage sur la volonté et la détermination des véritables FONDATEURS qui, à cette époque, ont su développer les services adéquats et mis au point une méthode de travail
qui répondent aux exigences des temps modernes et la mise en œuvre des choix politiques du pays, toujours inspirés du principe : « sincérité dans l’engagement et probité dans l’action ».
La Direction des Affaires Consulaires (DAC) était l’une des quatre Directions qui composaient le Secrétariat d’Etat aux Affaires Etrangères – le DEPARTEMENT – comme on se plaisait à l’appeler et où j’ai été affecté le 11 février 1967. Elle ne comptait comme personnel que :
-Le Directeur Abdelaziz HAMZAOUI, fraîchement débarqué de HARVARD,
-Le Sous -Directeur Abdelkrim GANA, un magistrat de renommée,
-Le chef de Division Mansour AZZEDINE, Licencié en Droit de l’Institut des Hautes Etudes de Tunis,
-Un groupe de trois Secrétaires Dactylographes.
J’étais donc le seul agent d’exécution, puisqu’encore étudiant à la Faculté des Lettres. Mon collègue et frère de toujours Abdeljalil BEN AJMIA me rejoindra quelques semaines plus tard.
Notre initiation au travail consulaire fut de courte durée. Il nous fallait devenir opérationnels et répondre au plus urgent des « affaires et questions consulaires » qui se posaient. L’indulgence, la patience, et l’encadrement de nos supérieurs hiérarchiques nous facilitaient la tâche, nous initiaient et nous familiarisaient aux méthodes et principes des fonctions consulaires. Nous leur demeurons
reconnaissants à ce jour.
C’était, faut-il le rappeler, l’époque du « RENOUVEAU », l’époque où la Tunisie indépendante renouait avec son passé et sa tradition consulaire. La Tunisie adhérait aux Conventions Internationales, signait des Accords Consulaires avec de nombreux pays : Accords d’établissement, Accords relatifs à la circulation des biens et des personnes, Accords de suppression de visas, etc.
L’époque où, répondant aux exigences du moment, nous jetions les bases d’une extension du réseau des Représentations Consulaires et où nous concevions une projection pour l’avenir, particulièrement en matière d’émigration.
L’esprit et la démarche de nos trois supérieurs susmentionnés procédaient d’une conviction profonde, l’affirmation de la souveraineté nationale. Ce legs est inestimable. Il est resté gravé dans notre mémoire et nous en avons fait un credo, notre carrière durant, espérant que les générations futures œuvreront pour que le blason de la Diplomatie tunisienne soit toujours brillant.
La mémoire retiendra les noms de ces grands ténors :
-Abdelaziz Hamzaoui qui a su mettre au point une structure consulaire dynamique, multipliant le nombre de ses agents par dix en trois ans, au point que les locaux de la Kasbah devenaient exigus et l’on dut déménager pour s’installer un temps à la rue Gandhi (immeuble des Assurances « STAR » actuellement).

En effet, lorsqu’en 1968 des jeunes diplômés rejoignirent la DAC, celle -ci prit l’allure d’une véritable administration et s’affirma dans la gestion rationnelle du gigantesque chantier de modernisation engagé par Abdelaziz HAMZAOUI, de l’élaboration des textes règlementaires, de la confection et la négociation des textes des Accords, Traités et Conventions avec les pays frères et amis, la participation aux réunions interdépartementales (Ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires Sociales, relativement aux questions de l’Emigration, de l’Etat Civil, de la Nationalité, etc.) ; participation aux réunions internationales consacrées à la Libre circulation des Biens et des Personnes, le Transport International Routier-T I R, etc.

-Salem FOURATI, Habib FOURATI, Hassen SLIM, Mohamed BACHROUCH, Habib GHARBI étaient de ceux qui connurent le baptême du feu dans l’euphorie de la renaissance consulaire dans le pays. Ils

furent rejoints en 1969 par d’autres valeureux collègues rentrés au pays au terme de leur mission à l’étranger dont je cite Ali BELHAJ ALI, Mahmoud GUELLATI, Raouf SAIED et d’autres non moins valeureux venus d’autres ministères dont Abdelwahab CHERIF, Abdelhak BEN TAHER et Abdelaziz JOULAK.

A cette époque, la DIP (Division des Immunités et Privilèges) relevait de la Direction des Affaires Consulaires. Elle ne put déménager avec l’ensemble des services à la rue Gandhi en raison de la nature de ses attributions et de ses rapports avec le Cabinet du Ministre qui nécessitent une certaine proximité.

L’on doit une pensée respectueuse et de considération à ceux et celles qui ont formé le premier noyau de cette Unité en 1968 : Mohtadi EL KATEB, Hédi GHARBI, Saida KASSAR et Mouaia GUELLOUZ.

Par ailleurs, il est important de rappeler la contribution des Consuls Généraux, des Consuls, et des chefs des Sections Consulaires des Ambassades tunisiennes à cette époque, notamment Mohamed MEMMI, Hédi MOKADDEM, Mohamed HILA, Ahmed ZBIDI, etc. Une pléiade de Chanceliers (grade qui a disparu depuis lors des statuts du Ministère) ont été de véritables Vétérans qui, par leur ingéniosité, ont tenu les services des sections consulaires de nos Ambassades durant presque une décade après l’Indépendance et dont la mémoire ne peut être négligée : Ali SALEM, Salah OUESLATI, Noureddine BEN FADHEL, Mohsen CHAOUCH, Mohamed JARRAYA, Abdelaziz ACHOUR, Abdelaziz GHLALA.

L’on ne peut occulter un évènement qui a marqué en cette année 1969 l’évolution de la fonction consulaire En tunisie et pour de longues années encore : la tenué de la première conférence des consuls organisée à Hammamet les 9,10 et 11 juillet 1969, sous l’égide du Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères Habib BOURGUIBA Jr.

Des principales décisions de la Conférence, l’on retient :

– L’uniformisation des documents et formulaires requis pour l’obtention des Passeports et des Laissez-passer ;

– L’harmonisation des procédures dans l’ensemble des Postes Diplomatiques et Consulaires ;

– L’uniformisation des procédures d’Immatriculation et des Cartes d’immatriculation ;

– La tenue des Registres de l’état-civil et le respect de la Règlementation en la matière. (Suite à cette recommandation, la DAC a organisé un stage de formation pour l’ensemble du personnel consulaire auprès du Service de l’état-civil de la Municipalité de Tunis.)

Cette Conférence a été aussi l’occasion de débattre de la question de l’Emigration, ses problèmes et ses perspectives. Une coopération est désormais envisagée avec le Secrétariat d’Etat aux Affaires Sociales en vue d’élaborer une stratégie qui confortera la présence de la colonie tunisienne, surtout en Europe. C’est à cette époque qu’a été décidé l’envoi des Attachés Sociaux dans certains postes consulaires (France, Belgique et Allemagne).

Jusqu’en 1973, Abdelaziz Hamzaoui et son équipe continuèrent à renforcer l’appareil consulaire et à lui donner une impulsion toujours renouvelée pour répondre aux besoins de la colonie tunisienne de plus en plus nombreuse et diversifiée et de lui assurer ASSISTANCE et PROTECTION.

Depuis cette période, de grands commis de l’Etat ont auréolé la fonction Consulaire et servi son prestige, comme Hédi BACCOUCHE, Mohamed BOUGHZALA, Ahmed BEN BRAHIM et Hachem BEN ACHOUR qui ont marqué par leur dévouement et leur sens de la responsabilité l’histoire de la représentation consulaire tunisienne.

Devenue DIRECTION GENERALE DES AFFAIRES CONSULAIRES, la DGAC est aujourd’hui l’une des Unités les plus sollicitées, en temps normal comme en temps de crise (guerre en Irak, en Libye, en Syrie et plus proche encore la pandémie du COVID-19), pour assister et protéger tout ressortissant où qu’il soit à l’étranger. Sa gloire est aujourd’hui maintenue grâce à l’esprit inculqué par ceux qui l’ont « FONDEE » pour servir l’autre et défendre ses intérêts, et grâce à une méthode de travail profondément ancrée et régulièrement mise à jour pour être au diapason de notre temps.

La DGAC demeure un phare et un lieu de hautes valeurs humaines et professionnelles, reconnaissante à tous ceux qui, comme Marouane BELARBI, Ali JERAD, Hédi BELKHODJA, Mouldi MARSIT, ont su insuffler, chacun a sa manière, la valeur de la FONCTION CONSLAIRE.

N’est-ce pas significatif que l’actuel Secrétaire d’Etat Mohamed Ali NAFTI ait été DIRECTEUR  GENERAL de la DGAC avant sa promotion à ce poste ministériel ? Une Valeur qui ajoute de la valeur.

Metline, le 7 mai 2021

Mohamed Béchir GUELLOUZ

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