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La France frappée encore par le terrorisme solitaire

Encore une fois, un Tunisien, va se rendre tristement célèbre en commettant l’irréparable dans un commissariat de police à Rambouillet en France . La fragilité psychologique, la perturbation mentale ou la dépression de la personnes impliquée ne peuvent tout expliquer. Derrière cet acte terroriste se dissimule en fait un discours haineux et intolérant prôné en toute impunité par des prédicateurs radicaux et des politiques populistes.

Aussi bien l’auteur de l’attentat terroriste perpétré à Nice par Mohamed Bouhlel  sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016 que  le tueur de Rambouillet , Jamel Gorchene, souffraient de “troubles  de la personnalité” ayant vraisemblablement contribué à accélérer leur passage à l’acte terroriste en l’absence de tout signe de radicalisation. Si le premier, en proie à des troubles de comportement  a consulté un psychiatre en Tunisie, le second qui a débarqué clandestinement en France en 2009, souffrait, à son tour, de dépression et avait consulté un psy en février dernier. Un troisième Tunisien est arrivé de façon irrégulière dans l’espace Schengen par l’île italienne de Lampedusa le 20 septembre 2020. Il s’est très vite radicalisé  et a tué trois personnes à la fin du mois d’octobre 2020 lors d’une attaque menée à la basilique Notre-Dame  à Nice. Il s’agit de Ibrahim Issaoui, âgé de 21 ans. Les trois personnes de nationalité tunisienne n’étaient pas fichées par les services spécialisés dans la lutte antiterroriste aussi bien en France que dans notre pays, mais que de similitudes sur le plan psychologique et le parcours.

Les personnes fragiles plus influençables

Tenus par le secret de la profession, les psychologues observent, traitent mais ne  peuvent partager des informations avec les services de renseignement même en cas de radicalisation. “Entre 15 et 20% des personnes radicalisées souffriraient de troubles psychiques”, selon une étude  publiée depuis 2017 en France. “Les symptômes dépressifs sont le plus souvent associés à un haut risque de sympathie pour la radicalisation et les troubles mentaux sont plus présents chez les terroristes solitaires que les terroristes évoluant en groupe”, d’après une seconde étude  éditée par la Fédération de recherche en psychiatrie et en santé mentale hauts-de-France  en 2019.

Un vrai casse-tête pour les services sécuritaires qui traquent les cellules dormantes et les  loups solitaires et tentent d’anticiper l’acte terroriste en France comme en Tunisie où  une personne suspectée de planifier une attaque terroriste à l’avenue Habib Bourguiba dans la capitale à la fin de l’année 2020 a été arrêtée par les services de police. Elle souffrait de troubles mentaux, selon Mohsen Dali, substitut du procureur de la République près le tribunal de première instance de Tunis.

Les personnes fragiles sur le plan psychologique et issues des milieux populaires sont plus influençables . Leur radicalisation avant le passage à l’acte  échappe le plus souvent au radar des services de lutte antiterroristes  notamment quand elles se trouvent déboussolées et en perte de repères identitaires,  à l’autre côté de la rive Nord de la Méditerranée.

Discours haineux et intolérant

Toutefois, les troubles psychiques ne sont pas suffisants pour expliquer l’engagement radical et surtout le passage à l’acte. Le discours haineux sur les réseaux sociaux et même sous la coupole de l’ARP est en mesure de galvaniser les personnes qui souffriraient de troubles du comportement et les pousser à commettre l’irréparable. A ce titre, les réseaux sociaux servent  généralement de caisse de résonances aux propos haineux colportés par certains politiques en Tunisie. Quelques medias français n’ont pas hésité à pointer à cet effet un discours de haine à l’égard de la France, accusé d’islamophobie. Le procureur antiterroriste, Jean-François Ricard, l’avait par ailleurs souligné en déclarant que depuis l’automne, l’assaillant Jamel Gorchene montrait sur son compte Facebook « une adhésion à une idéologie légitimant la violence contre ceux ayant offensé le Prophète ».

Des caractériels prônant une idéologie mortuaire, continuent malheureusement à passer clandestinement de la rive Sud à la rive Nord ces derniers temps. La majorité est en quête d’une vie meilleure loin d’un pays aux abois depuis un certain 14 janvier 2011, mais terrorisme et immigration irrégulière font, parfois, bon ménage, notamment quand la fragilité psychologique et la situation sociale d’une personne sont exploitées par des prédicateurs radicaux et des politiques adeptes du discours intolérant  et violent. “En Tunisie, nous avons été, maintes fois, informés que les facteurs de motivation responsables du nombre élevé de combattants étrangers tunisiens sont à la fois complexes et variés. Parmi ceux-ci figurent les idéologies religieuses et politiques”, avait soulevé le Groupe de travail des Nations Unies sur l’utilisation de mercenaires lors de sa visite officielle en Tunisie en juillet 2015.Rien ou presque n’a changé depuis la publication du rapport élaboré par l’organisme onusien.

A défaut de poursuites à l’encontre des prédicateurs radicaux et les politiques aux discours haineux qui continuent, en toute impunité, à semer l’intolérance, le pays risque de subir les conséquences de sa démarche velléitaire,  son laxisme et ses tergiversations et en ressentir les effets désastreux pendant de nombreuses années.

Samir DRIDI

 

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