[La voix d’une époque] Maurice Meimoun : chanteur et violoniste fantasque

Qui se souvient encore de cet artiste connu sous le pseudonyme de Meïmoun El Tounsi, né en février 1929 dans le quartier de Bab Souika et décédé le 18 août 1993 à Tunis ? De son vrai nom Maurice Meimoun, ce violoniste soliste a beaucoup contribué à l’enrichissement du patrimoine culturel tunisien. Talentueux musicien, il fit également preuve d’une abondance de créativité en tant qu’auteur-compositeur.

Issu d’une famille juive, Maurice Meimoun était le fils du célèbre chanteur, compositeur et musicien Mouni Jebali. Celui-ci, issu de la communauté juive de Libye et venu en 1908, fit plusieurs années plus tard la connaissance de Hédi Jouini en Tunisie, à qui il enseigna d’ailleurs l’oud, et investit rapidement le milieu artisque tunisien, traçant ainsi les premiers contours d’une future vie familiale tout entière pétrie de musique folklorique. Violoniste et compositeur accompli, Meimoun montra une grande liberté d’expérimentation musicale, et a écrit pour de nombreux chanteurs tunisiens célèbres.

Considéré comme l’un des plus brillants artistes de la communauté juive tunisienne, Maurice Meimoun fait ses premiers pas en musique en 1952, poussé dans ce sens par le chanteur et compositeur Hédi Jouini, qui, à son tour, devait beaucoup à son père Mouni Jebali. Il fait ses débuts en interprétant des titres du répertoire de la musique libyenne, et part ensuite à Paris afin d’y pratiquer l’oud et parfois du violon au sein de différents orchestres de musique orientale. En France, il contribua d’ailleurs au rayonnement de la musique maghrébine en la faisant découvrir dans, entre autres, des émissions télévisées.

Maurice Meimoun, un compositeur accompli

Si, lors de son retour au pays natal juste après l’indépendance, en 1957, il rejoint l’orchestre de Radio Tunis en tant que violoniste, c’est en tant que compositeur qu’il gagne véritablement en notoriété. Un site Web destiné au patrimoine culturel juif tunisien rappelle d’ailleurs qu’il a composé nombre de morceaux de musique pour de grands noms de la scène musicale tunisienne : Oulaya, Naâma, Fethia Khaïri ou encore Mustapha Charfi. De retour à Paris en 1962, il crée son propre orchestre qu’il dirige jusqu’à sa mort.

Le trait fantasque de sa carrière se dessine en 1974 lorsque, contacté par Jacky Bitton, membre et batteur d’un groupe de rock ‘n’ roll français Les Variations, il part en tournée avec celui-ci aux Etats-Unis. Il enregistre deux albums en Amérique : Café de Paris enregistré au studio Bell de New York par Michael Wendroff et Moroccan Roll. En tant que violoniste d’inspiration folklorique, Meimoun apporte à ses collaborateurs, grâce à ses solos colorés, une sonorité orientale exotique et bienvenue pour ce groue de rock ‘n’ roll pour qui ces apports chatoyants de gaieté étaient tout à fait inédits. Il aura par ailleurs lui-même composé deux des chansons de ces albums : Shemoot et KasbahTadla.

Sur cette photo publiée sur une page Facebook dédiée au chanteur judéo-tunisien, on peut voir Maurice avec Isaac Bitton et Marc Tobaly du groupe Variations. Près d’eux se trouve Guy, le fils aîné de Maurice.

Maurice Meimoun a par ailleurs participé à de nombreux épisodes d’une émission télévisée sur France 3. Intitulée Mosaïque, celle-ci, diffusée périodiquement, avait pour but de mettre en valeur la richesse des cultures immigrées en France. Ce violoniste et compositeur accompli sera honoré par le ministre tunisien de la Culture en 1993. Il s’éteint quelques mois plus tard à l’âge de 64 ans.

Lorsqu’il s’est éteint, Maurice Meimoun a été salué par la presse tunisienne pour avoir été un brillant auteur-compositeur chéri des Tunisiens. Plusieurs journaux avaient retracé l’ensemble de son parcours sur les deux rives de la Méditerranée alors que partout brillait la lumière pétillante du Malouf tunisien tant apprécié. Maurice Meimoun y aura contribué pour beaucoup !

N.B.

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