Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi (au centre), porte un masque lors d'une visite sur une base aérienne militaire à l'est du Caire le 7 avril 2020. Photo : AFP

L’historien égyptien Khaled Fahmy dit craindre des dérives sécuritaires

L’intellectuel égyptien Khaled Fahmy, professeur d’histoire à l’Université de Cambridge et spécialiste des épidémies, craint que les gouvernements ne profitent de la pandémie du Covid-19 pour renforcer davantage leur contrôle sécuritaire sur les citoyens.

Dans un entretien à l’AFP, l’intellectuel s’inquiète de ce que « la façon dont les gouvernements vont pouvoir surveiller les faits et gestes de chacun » devienne « alarmante ». L’universitaire égyptien, qui vit en exil en Grande-Bretagne en raison de ses opinions politiques, explique que sa crainte est fondée sur le fait qu’une fois ces droits concédés aux gouvernements, « il sera très difficile de les révoquer », ajoutant qu’il suffit d’observer l’exemple de son pays pour s’en rendre compte.

Plusieurs journalistes et militants arrêtés en Egypte

Dans le pays le plus peuplé du monde arabe (100 millions d’habitants), le président Abdel Fattah Al-Sissi a entériné en mai une série d’amendements à la loi sur l’état d’urgence dénoncée par les défenseurs des droits humains. Ces derniers voient ces mesures comme pouvant renforcer les « pouvoirs répressifs » au nom de la lutte contre le coronavirus. Ces amendements autorisent le président à fermer les écoles, suspendre le secteur public, interdire les rassemblements publics ou privés, ou encore mettre en quarantaine les voyageurs arrivant sur le sol égyptien.

« Si vous comparez ce qui se passe en Egypte maintenant et l’épidémie de choléra de 1947, la grande différence ce sont les médias et la façon dont ils étaient ouverts à l’époque, alors qu’ils sont fermés maintenant en matière de couverture de l’épidémie », souligne M. Fahmy. Depuis le début de la pandémie, les autorités ont intensifié leur répression et arrêté plusieurs journalistes et militants. « Ce à quoi nous sommes confrontés maintenant est beaucoup plus dangereux », alerte-t-il, mettant en garde contre le « regain de surveillance » et les « graves intrusions dans l’intimité au nom du contrôle de l’épidémie ».

Il note aussi le sort inquiétant des quelque 60 000 prisonniers politiques du pays, selon plusieurs ONG, dont la santé est mise en danger par leurs conditions de détention dans des prisons surpeuplées en pleine pandémie. « Ils sont détenus de façon injuste et maintenant ils sont en danger », s’inquiète l’historien.

L’auteur de « All the Pasha’s Men » (Les hommes du Pacha) souligne aussi le rôle de premier plan réservé à l’armée dans l’ensemble des secteurs de la vie publique. Récemment, des unités militaires ont été déployées pour désinfecter des rues et autres espaces publics. Les militaires ont aussi vendu du matériel de protection médicale aux Egyptiens à des prix abordables. Lundi, le syndicat des médecins a mis en garde contre l’avènement probable d’une « catastrophe sanitaire », en pointant la « passivité » du ministère de la Santé, même si le système de santé égyptien est jusqu’à présent parvenu à faire preuve d’adaptabilité, comme l’indique Middle East Eye. Toutefois, plus de 350 médecins ont été infectés et 19 sont morts du nouveau coronavirus, a précisé le syndicat, qui blâme le manque de préparations des soignants sous-équipés. Quatre médecins sont décédés durant la seule journée de dimanche.

TV5 Monde souligne que malgré les pénuries, Le Caire “a acheminé ces derniers mois des tonnes d’équipement médical à plusieurs pays riches, dont les Etats-Unis”. Une manière pour l’Egypte de déployer, comme le relève Franceinfo, son “soft power”.

Avec AFP et TV5 Monde

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