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Libye : la communauté internationale divisée, des roquettes sur la capitale

La communauté internationale s’est montrée divisée en ce qui concerne l’offensive lancée par le maréchal Khalifa Haftar sur Tripoli, capitale libyenne et siège du gouvernement d’union (GNA). La ville a été ciblée mardi soir par des tirs de roquettes qui ont fait au moins trois morts.

Soumis lundi soir par le Royaume-Uni à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l’ONU, un projet de résolution sur la Libye, réclamant un cessez-le-feu et un accès humanitaire inconditionnel aux zones de combats près de Tripoli, ne fait toujours pas l’unanimité, selon des diplomates de l’ONU cités par l’AFP.

Depuis le début de son offensive lancée le 4 avril, l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar « piétine au sud de la capitale, même si elle proclame quotidiennement des percées », explique l’AFP. Les combats ont fait en deux semaines au moins 174 morts et 18 000 déplacés selon l’ONU.

Au moment où le Conseil se réunissait mardi soir à New York, Tripoli était la cible de plusieurs roquettes. Trois personnes au moins, dont deux femmes, ont été tuées et 11 autres blessés dans les quartiers résidentiels d’Abou Slim et Al-Antissar, dans le sud de la capitale, selon les secours. Fayez al-Sarraj, le chef du GNA reconnu par la communauté internationale, s’est rendu sur place dans la nuit.

« Sauvagerie et barbarie »

Dans une vidéo rendue publique, M. al-Sarraj a dénoncé « la sauvagerie et la barbarie » du maréchal Haftar qu’il a qualifié de « criminel de guerre ». « Nous allons présenter demain tous les documents à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité », a-t-il ajouté. Il estime en outre qu’il aurait été « de la responsabilité juridique et humanitaire du Conseil de sécurité et de la communauté internationale, de tenir ce criminel responsable de ses actes ».

Mais l’ANL du maréchal Haftar a rejeté l’accusation d’être à l’origine des tirs, et dénoncé des « actes terroristes ». Dans un communiqué, le commandement général de l’ANL accuse des « milices terroristes qui contrôlent la capitale de tirer aveuglément des roquettes de type Grad et des obus » sur la ville. Mardi, la procureure de CPI Fatou Bensoudau a prévenu qu’elle « n’hésitera pas » à élargir ses investigations pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en Libye. « Personne ne doit douter de ma détermination à cet égard », a affirmé la procureure de la CPI dans un communiqué.

Un projet de résolution réclamant un cessez-le-feu est toujours en négociation au Conseil de sécurité des Nations unies. La Russie, qui avait bloqué la semaine dernière un projet de déclaration invitant l’ANL à suspendre son offensive, continue à soulever des objections quant aux critiques visant Haftar, selon un diplomate de l’ONU cité par l’AFP.

« Positions inconciliables »

Jusqu’à présent, le maréchal Haftar ne veut pas entendre parler d’un cessez-le-feu. Et Fayez al-Sarraj refuse tout processus politique s’il n’y a pas au préalable un cessez-le-feu et un retrait sur les lignes d’avant le début de l’offensive. « Des positions irréconciliables », résume un diplomate à l’AFP.

Au Conseil de sécurité, « tout le monde veut éviter une guerre civile longue avec beaucoup de victimes civiles », indique un autre diplomate. Avec l’enlisement de la situation sur les fronts qui semble se profiler, le risque est grand que les belligérants cherchent à se réarmer auprès de leurs soutiens.

L’ANL justifie son offensive sur la capitale en affirmant qu’il s’agit d’une guerre contre le « terrorisme ». « Nous nous battons pour toute l’humanité, pas seulement pour la Libye. Nous voulons débarrasser la capitale des terroristes », a ainsi affirmé mardi soir son porte-parole Ahmad Al-Mesmari.

Le GNA a démenti que ses forces comptaient des personnes accusées de terrorisme et a accusé Haftar de vouloir « vendre son agression » à la communauté internationale en la présentant comme une guerre contre terrorisme. L’émissaire de l’ONU en Libye, Ghassan Salamé, semble partager cet avis. Il a estimé que l’offensive de Haftar « ressemblait davantage à un coup d’Etat qu’à une lutte antiterroriste », dans une interview lundi à la BBC.

N.B., avec AFP

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