Crédit Illustration: Mohamed Hachani

Migration illégale et terrorisme: les liaisons dangereuses

Même si certains feignent de l’ignorer, les Etats membres de l’UE incluent la migration dans le domaine de la sécurité, au même titre que la criminalité et le terrorisme.

Lors de sa dernière visite effectuée en France, les propos du chef du gouvernement Hichem Mechichi lors d’une interview accordée à la chaine de télévision France 24, en rapport avec la migration clandestine ont  été très mal accueillis par des partis politiques et des composantes de la société civile. Faisant le lien entre la migration clandestine et le terrorisme, le nouveau locataire de la Kasbah s’est attiré la foudre de certains députés et politiques qui n’ont pas manqué l’occasion pour se lancer dans une série de diatribes contre lui. De la pure récupération politique, rien de plus et un jugement péjoratif. La chasse a été déjà ouverte par une classe politique en net déclin le jour de l’investiture de Hichem Mechichi.

En premier lieu, le chef du gouvernement  a expliqué au moment de son entretien que ” l’idée est d’aller chercher les causes de cette migration et de travailler en profondeur sur cette thématique”, ajoutant par la même occasion: “Qui dit migration clandestine, dit terrorisme, mais ce n’est pas toujours le cas”  et de souligner à la fin que ” le rapatriement de nos citoyens doit être effectué dans le cadre de la légalité, les accords bilatéraux et le respect de la dignité humaine “.Mechichi a été donc on ne peut plus clair.

En second lieu, le lien entre la migration clandestine et le terrorisme n’est plus à démontrer. Il ne s’agit nullement de prendre comme seul et unique exemple le lâche attentat perpétré à Nice et dont l’auteur est un Tunisien qui a débarqué illégalement en Italie, mais de revenir un peu en arrière pour s’en rendre compte. Plus précisément dans les années 90 , selon des sources sécuritaires, quand les prisons italiennes servaient de base arrière pour l’embrigadement des migrants clandestins. De la délinquance et la criminalité, ils quittaient la prison obnubilés par la contagion djihadiste. Les services spécialisés dans la lutte antiterroriste et le dépistage de l’extrémisme violent  dans plusieurs pays (Europe, Asie et Afrique) suivaient de très près cette question dans les milieux carcéraux, d’après les mêmes sources.

Les années 90 ont marqué un tournant pour certains migrants clandestins Tunisiens qui se sont radicalisés dans le centre culturel islamique de Milan souligne aussi une étude élaborée en Arabe par l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites).La première cellule terroriste a vu le jour dans cette ville en 1993 avec des ramifications en Suisse, en Espagne, Londres, Belgique, France, Allemagne et des pays Arabes (Alger et Soudan). Des groupes djihadistes ont rejoint les zones de combat en Afghanistan, ajoute l’étude. Quelques années plus tard, ces cellules ont essaimé un peu partout.

Les actes terroristes perpétrés en France comme dans d’autres pays de l’UE, ont   impacté leur sécurité intérieure  et acculé les décideurs à favoriser une politique plus ferme à l’égard de la migration illégale. En septembre 2018, l’ancien ministre italien de l’Intérieur  Matteo Salvini avait signé un ordre d’expulsion concernant  des éléments extrémistes emprisonnés  dont trois Égyptiens et un Tunisien pour avoir tenté d’embrigader d’autres prisonniers. La France compte de son coté expulser plusieurs éléments fichés S de son territoire vers les pays du Maghreb parmi lesquels figure la Tunisie après l’attentat terroriste de la basilique Notre-Dame de Nice  et la décapitation d’un professeur dans les Yvelines,

Même si certains feignent de l’ignorer, les Etats membres de l’UE incluent l’immigration dans le domaine de la sécurité, au même titre que la criminalité et le terrorisme, d’où la prise de plusieurs mesures restrictives visant à renforcer les contrôles migratoires et les contrôles sur la circulation des individus. Aucune piste n’est négligée dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Un phénomène mondial qui n’a ni nationalité ni religion, comme l’a bien décrit le chef du gouvernement dans l’interview précitée.

Certes, il ne faut pas tomber dans l’erreur de l’extrapolation, ceux qui optent pour la dangereuse traversée et mettent en péril leur vie  ne le font pas par choix mais sous la contrainte et en raison de la situation kafkaïenne  qui règne dans pays.  Nonobstant, le concept sacro-saint de la souveraineté des pays, doit pousser à la réflexion avant de se lancer dans l’instrumentalisation et la récupération qui en dit long sur une classe politique tombée dans le discrédit il y a  belle lurette. La sécurité est des fois la première des libertés.

Samir  DRIDI   

 

 

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