Opinion : L’assassinat du savant nucléaire iranien, prémices d’une action militaire d’envergure au Moyen Orient : Le monde va-t-il laisser faire ?

Le 22 de ce mois de novembre, l’auteur des lignes qui suivent a fait publier dans ce même espace un article d’opinion sous le titre «le monde est-il à la veille d’une action militaire d’envergure au Moyen Orient ? », une question cachant une crainte de voir la défaite annoncée de M. Donald Trump aux élections présidentielles dans son pays précipiter la conflagration au Moyen Orient sous l’effet d’un désir du Chef d’Etat sortant de régler ses comptes avec ses ennemis déclarés et ceux d’Israël dans la région tout en mettant en difficulté son successeur dont il ne reconnait toujours pas la victoire. L’auteur a même avancé un pronostic, basé sur une lecture des échéances et des évènements, quant à la période au cours de laquelle cette action pourrait avoir lieu, à savoir du 25 novembre au 25 décembre 2020.A peine une semaine plus tard, les prémices de cette action ont été dévoilées en Iran avec l’assassinat du savant nucléaire, Mohsen Fakhrizadeh, non loin de la capitale Téhéran.

Par-delà les graves questions que cet assassinat soulève s’agissant de l’efficacité du système de sécurité dans ce pays et les lacunes dans la protection des personnalités les plus en vue et les plus menacées, l’évènement indique que les administrations aux abois aux Etats Unis d’Amérique, en Israël et dans certains pays de la région qui leur sont alliés perdent tout sens de la mesure et font des calculs qui pourraient s’avérer faux et en tout cas aux effets désastreux pour leurs pays comme pour le reste monde.

Selon la plupart des analystes, cet acte qui ne peut être décrit que comme criminel, était destiné à aboutir à l’une ou l’autre des deux conséquences suivantes : Soit provoquer une riposte immédiate du régime iranien ce qui pourrait à son tour mener à l’action militaire d’envergure tant souhaitée par M. Trump, Israël et certains de leurs alliés, soit rester sans réaction significative ce qui aurait pour conséquence d’affaiblir davantage le régime des Mollahs et assouvir un tant soit peu le désir de vengeance de ceux qui sont désespérés de voir ce régime tenir encore malgré les « pressions extrêmes »exercées contre lui par M.Trump allant de l’abandon unilatéral de l’accord nucléaire liant ce pays au reste de la communauté internationale à la duplication des sanctions economiques,financières et personnelles  considérées les plus strictes de l’histoire moderne. Dans les deux cas, le Président américain sortant espère embarrasser le Président élu qui semble tabler sur une amélioration des relations avec l’Iran et peut être le retour à l’accord nucléaire auquel sont encore attachés les alliés traditionnels de l’Amérique, notamment en Europe (dont les avis importent peu pour l’Administration en place mais que M.Biden souhaite apparemment récupérer).

A la date de rédaction de ces lignes, l’Iran ne semble pas avoir fait son choix de la voie à suivre tant les divergences internes sont grandes entre une population et une partie de l’establishment politique qui crient vengeance immédiate et un Gouvernement qui doit prendre en ligne de compte le désir de ne pas aliéner une Administration américaine pas encore installée et dont elle espère une approche plus modérée à son égard. Quelle que soit l’issue des discussions internes dans ce pays, les « jusqu’auboutistes » à Washington et Tel Aviv semblent avoir pris les mesures jugées nécessaire pour en découdre avec Téhéran en faisant déplacer dans la région du Golfe un porte-avion américain qui s’ajoute au(ou aux) bombardier(s) B 52 fraîchement envoyés. Ils semblent avoir entrainé dans leur sillage certain de leurs alliés, anciens et nouveaux. Ainsi, les soupçons évoqués quant au sens de la tournée récente effectuée par le Secrétaire d’Etat sortant dans certains pays européens (notamment la France) et du Golfe, trouvent leur justification.

Si la « compréhension »et plus tard le silence de « l’ami européen » sur l’assassinat du savant iranien peuvent ne pas étonner dans le sillage de la direction récente du pays des libertés et du droit vis-à-vis du monde musulman, l’on ne peut que rester bouche bée devant une réunion tenue en terre sainte de l’Islam entre de hauts responsables saoudiens, le Secrétaire d’Etat américain, le Premier Ministre Israélien et… le Directeur du Mossad accusé justement d’avoir perpétré l’assassinat de Téhéran. Comment s’empêcher dès lors de penser que cette réunion a servi à préparer l’acte et à coordonner les étapes à suivre ? Il reste à espérer que les participants à ce rassemblement auront prévu aussi les répercussions sécuritaires, économiques, sociales et politiques attendues sur les pays arabes de la région dont on ne voit pas clairement les avantages à tirer d’une conflagration provoquée par un responsable sur le départ. Par ailleurs, le silence de la plupart des autres pays arabes et non arabes ainsi que des pays musulmans, outre la réaction timorée de l’Organisation des Nations Unies, ne manquent pas d’inquiéter, car ce silence devant une atteinte aussi flagrante au droit international et aux principes des droits de l’Homme ne peut qu’encourager à aller de l’avant dans la violation des bases des relations civilisées entre les nations.

Tout ceci, nous obligera tous à vivre les quelques prochaines semaines dans la crainte de la résurgence d’un conflit régional mettant face à face des pays nucléaires reconnus ou supposés et un pays qui a accepté de s’en défaire, avec des conséquences à redouter pour le reste du monde qui demeure pour la plupart incapable ou non désireux de réagir…

 

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