Crédit Illustration: Mohamed Hachani

Opinion : M. Joe Biden nouveau Président des Etats Unis. A quoi faut-il s’attendre ?

Par Ali Hachani, ancien Ambassadeur

Au lendemain du scrutin présidentiel du 03 novembre 2020 aux Etat Unis d’Amérique, l’auteur des lignes qui suivent avait fait le point des circonstances particulières qui ont entouré ce scrutin et qui ont occasionné un doute légitime sur l’avenir de la démocratie américaine avec un Président sortant, M. Donald Trump qui refusait de reconnaitre sa défaite et qui est allé jusqu’à lancer ses nombreux partisans à l’occupation du bâtiment historique du Congrès pour l’empêcher de déclarer la victoire de son adversaire, le démocrate Joe Biden. Suite à ces évènements sans précédent dans l’histoire des Etats Unis d’Amérique, et bien que M. Trump ait fini par reconnaitre que sa présidence était sur le point de s’achever, son idéologie d’extrême droite, connue sous le nom de « Trumpisme » risquait, pensions nous, de subsister posant un danger mortel pour la démocratie américaine et pour la stabilité à l’intérieur et à l’extérieur des Etats Unis.

Les péripéties de la cérémonie d’inauguration du nouveau Président organisée le 20 janvier 2021 devaient confirmer ces craintes, mais le discours prononcé par M. Biden après sa prestation de sermon et les premières décisions qu’il a prises ainsi que les réactions d’une bonne partie de la classe politique américaine, même au sein de la formation  de M. Trump, le Parti Républicain, laissent présager un désir de dépasser la période de ce politicien excentrique . Les millions de partisans que ce dernier a « formatés » à son image pendant quatre ans et ceux qui ont voté un certain 3 novembre 2020 pour son maintien au pouvoir malgré tous ses défauts ne semblent pas toutefois avoir dit leur dernier mot lui donnant l’espoir de « revenir d’une manière ou d’une autre » comme il l’a déclaré sur le perron de la Maison Blanche au moment de la quitter pour son ranch luxueux de Floride.

Le nouveau Président saura-t-il unir de nouveau le peuple américain derrière des politiques cohérentes et saura-t-il redonner au monde confiance en la capacité des Etats Unis d’Amérique à collaborer avec la Communauté Internationale pour le bien de tous ? Le temps nous le dira, mais son discours inaugural dresse des jalons dans cette direction et ses premières initiatives semblent prometteuses bien que les premières déclarations de plusieurs des proches collaborateurs qu’il a choisis, notamment pour conduire sa politique étrangère, laissent apparaitre un souci de ne pas couper les ponts avec des politiques « trumpiennes » dont l’échec est pourtant devenu patent. Qu’on en juge :

–Les affirmations fortes du discours inaugural que M.Biden a prononcé à partir de la grande terrasse du bâtiment du Congrès, au milieu de mesures de sécurité jamais vues dans la capitale américaine, confirmées par les premières mesures prises le soir même du jour d’inauguration, étaient un véritable hymne à la démocratie, dont le nouveau locataire de la Maison Blanche a reconnu la fragilité, et à l’unité pour lutter contre les maux de la société américaine, hérités pour la plupart de l’Administration sortante, qu’ils soient ceux ressuscités (comme le racisme et le séparatisme)ou nouveaux (comme la pauvreté et les maladies, en particulier la pandémie du Covid 19 qui a emporté jusqu’au jour de l’inauguration pas moins de 400 OOO vies, victimes du laissez aller d’une Administration sortante qui ne lui a jamais accordé l’importance qu’elle méritait).Et M.Biden de s’engager à consacrer son mandat à cette lutte sur plusieurs fronts : Contre le racisme et le suprématisme blanc ,contre les  préjugés à l’égard des femmes et des autres minorités, qui a déjà commencé par le choix, comme vice-présidente, d’une femme de couleur descendante d’une famille d’immigrés indo-jamaïcaine, et la sélection de collaborateurs d’origines diverses, contre la pauvreté en préparant un plan de relance économique ambitieux qui privilégie l’aide aux plus démunis, notamment ceux affectés par la pandémie et les personnes menacées d’éviction de leurs logements en raison du non-paiement du loyer… L’objectif suprême de M.Biden semble être de mettre un terme à « la montée de l’extrémisme politique … et du terrorisme local », qu’il faut, dit-il, « combattre par tous les moyens et qui seront vaincus ».

–En sera-t-il ainsi ? Le refus de M.Trump d’assister à la cérémonie d’inauguration comme le voulait la tradition ainsi que ses affirmations répétées que le « mouvement »qu’il a initié et auquel il compte apparemment donner une existence formelle sous l’appellation de « mouvement national »( ?) ou « patriote » n’est « qu’à ses débuts », laissent présager que la tâche de M.Biden ne sera pas aisée d’autant que les partisans de l’ancien président, bien qu’empêchés par la forte mobilisation policière et militaire de refaire le 20 janvier le « coup »du 6 janvier, sont allés en grand nombre accueillir M.Trump en Floride et qu’ils ont trouvé de nouveaux canaux de contact entre eux et de mobilisation après la fermeture des canaux sociaux traditionnels devant eux et devant leur chef.

–Le même discours inaugural et les mêmes mesures initiales du nouveau Président ainsi que les déclarations de quelques membres de son équipe, ont accordé une certaine importance à la question des relations extérieures futures de la nouvelle Administration, bien qu’il soit clair que la situation intérieure du pays sera à ce stade la préoccupation principale de celle-ci. Le discours a été plutôt avare sur ce plan puisque M.Biden s’est contenté d’affirmer qu’il fera tout pour que son pays « redevienne un pays phare pour le monde » sans préciser comment il compte le faire après les ravages laissés par son prédécesseur. Cependant certaines des décisions qu’il a prises au premier jour de son investiture pour annuler, comme promis, certaines des dispositions prises sous la présidence Trump, (y compris par le retour à l’accord de Paris sur le Climat et à l’Organisation Mondiale de la Santé ainsi que la prise de mesures en faveur des immigrés en particulier ceux en provenance de certains pays musulmans injustement stigmatisés auparavant et l’arrêt de la construction du mur de séparation initié par M.Trump entre les Etats Unis et le Mexique)sont à n’en pas douter des décisions positives et qui promettent des relations plus apaisées entre les Etats Unis et le reste du monde. Les partenaires traditionnels de l’Amérique ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en accueillant avec enthousiasme le nouveau locataire de la Maison Blanche, proclamant en chœur que l’Amérique du respect des alliances et du multilatéralisme  « est de retour ».Seuls ,peut-être, les « partenaires »arabes du Golfe regretteront de ne plus être choyés par l’Administration en place à Washington qui semble déterminée à se montrer attentive à leurs « performances » en matière de droits de l’Homme et des libertés.

–Par contre, les rivaux de l’Amérique(en particulier la Chine et la Russie) et les autres pays considérés par l’ancienne Administration Trump comme ennemis jurés(en particulier la Corée du Nord et surtout l’Iran), ils n’ont probablement vu dans les premiers pas de M.Biden aucune raison d’espérer des relations plus apaisées avec Washington. Dans leurs prestations pour l’obtention de l’aval du Congrès à leur désignation, les collaborateurs les plus proches du Président en matière de sécurité et de politique étrangère n’ont-ils pas  laissé entendre à l’unisson  que les relations avec Moscou, Pékin et Téhéran, en particulier, resteront dominées par les rivalités polaires auxquelles s’ajoutent, pour le cas de l’Iran, le souci toujours présent de « préserver la sécurité » et la supériorité militaire d’Israël dans la région du Moyen Orient. Et ceux qui espéraient voir M.Biden revenir sur les engagements, illégaux au vu du droit international, pris par Trump aux derniers mois de son mandat en faveur de l’entité sioniste et aux dépens des aspirations légitimes des palestiniens, seront certainement déçus. Tout au plus verront-ils M.Biden réaffirmer son attachement (tout théorique face au maintien plus que probable des accords dits « Abraham ») à la solution des « deux Etats » et le renouvellement de l’appui financier à l’UNRWA. A cet égard, il faut compter sur les nouveaux responsables américains pour reprendre les pressions en vue de la « normalisation » des relations entre les Etats Arabes qui ne l’ont pas encore fait et Israël. Les extrémistes israéliens, n’ayant pas ménagé hier leur appui à M.Trump qui le leur rendait si bien, n’attendent pas moins d’une nouvelle Administration issue d’un parti démocrate connu pour ses liens indéfectibles avec le sionisme mondial. Tout donne à penser que les palestiniens et les Etats Arabes, plus désunis que jamais, verront la solidarité « idéologique » entre Israël et les dirigeants américains remplacée par une solidarité d’un autre genre…

Les Etats unis d’Amérique sous la présidence de Biden seront sans aucun doute un pays plus apaisé à l’intérieur, à moins que M.Trump mette à exécution son intention déclarée de mener ses « troupes » vers une action « déterminée » en vue de la reprise d’un pouvoir qui lui a échappé et dont il n’a pas digéré la perte. Le monde quant à lui sera à n’en pas douter meilleur avec une Administration, il faut l’espérer, sincèrement engagée sur la voie du développement et de la sécurité collectives, attachée au dialogue, avec moins de sanctions et plus de coopération, ceci à condition que M.Biden arrive à maitriser la « fougue » de ses alliés encombrants ,notamment certains au Moyen Orient, et contribue à trouver enfin une solution juste au conflit israélo-palestinien.

 

 

 

 

 

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer