Reliquaire de Saint-Louis à la cathédrale de Tunis

Ouverture d’un nouveau musée à la cathédrale de Tunis

Le diocèse de Tunis dévoile une partie de ses archives

L’on savait que la cathédrale Saint-Vincent-de-Paul de Tunis abritait en son sein, depuis 1996, le fameux reliquaire – aujourd’hui vide – en bronze doré de Saint-Louis, chef d’œuvre ciselé par l’orfèvre lyonnais Armand-Caillat. Mais avec la création récente, sous le patronage de l’archevêque de Tunis Mgr Ilario Antoniazzi, d’un petit musée aménagé au sein de l’espace qui servait auparavant de boutique et, avant cela encore, de baptistère, c’est toute une somme de reliques, de livres et textes anciens et d’objets mordorés provenant d’églises désaffectées de Tunisie (après la signature du modus vivendi entre la Tunisie et le Vatican en 1964) ainsi que des archives du diocèse de Tunis que l’on peut désormais admirer dans la cathédrale de Tunis.

Bien que le reliquaire de Saint-Louis reste, trônant tel un astre légèrement affadi par le temps au fond de la salle, l’ultime merveille qui retient l’œil rivé sur lui, nombreuses sont les trouvailles et les restaurations faites par l’administrateur paroissial de la cathédrale de Tunis, père Silvio Moreno, et ses acolytes, qui nous disent des bribes de l’histoire de l’Eglise catholique en Tunisie. Ainsi par exemple peut-on voir, écrite en italien ancien, une lettre de Saint Charles Borromée convoquant un synode diocésain, et qui avait été offerte au cardinal Charles Lavigerie (archevêque de Carthage et primat d’Afrique de 1884 à 1892). Elle avait été retrouvée dans la primatiale de Carthage. Ou encore s’adonner à la lecture d’articles de presse relatant certains faits ou célébrations liturgiques notables comme la consécration de la cathédrale elle-même par Mgr Charles-Albert Gounot (archevêque de Carthage et primat d’Afrique de 1939 à 1953) ou la visite qu’y fit le général de Gaulle en 1943.

Du côté des armoiries de l’ancien archidiocèse de Carthage, crosses épiscopales et croix pectorales abondent qui furent autrefois arborées par les primats de la cathédrale Saint-Louis de Carthage. Deux mitres épiscopales, datant de l’époque de la cathédrale de Carthage – et dont une a appartenu à Mgr Alexis Lemaître -, mordorées et disposées côte à côte, ont elles été utilisées jusqu’aux années 2015, nous explique l’administrateur paroissial et archiviste du diocèse de Tunis.

Parmi les livres exposés, on retrouve un livre d’or offert au cardinal Lavigerie à Malte contenant des dédicaces à lui écrites. Mais aussi un splendide missel romain utilisé lors du congrès eucharistique international de Carthage tenu en 1930. De cet événement historique, les archives gardent encore également le ciboire, la patène et le calice, tous recouverts d’ornements représentant des cerfs aux quatre fleuves du paradis. Ou encore le texte de la bulle du pape Léon XIII (Materna Ecclesiae caritas, 1884) restaurant le siège archiépiscopal de Carthage. Le plus ancien livre dont dispose actuellement l’Eglise tunisienne y figure également : il s’agit d’une édition remontant au XVIIe siècle d’un des volumes d’Histoire ecclésiastique de l’historien Nicéphore Calliste, qui était conservé à la cathédrale de Carthage, et où sont narrés en latin différents pans de l’histoire du christianisme.

Mais la trouvaille la plus fabuleuse, fièrement pointée par le père Silvio Moreno, tout du moins dans ce meuble vitré du musée, semble bien être un duo de croix de chanoines du chapitre de Carthage. Somptueux signe distinctif de tout chapitre de cathédrale, les croix de chapitre dont il est question luisent au cœur de leurs branches d’un bleu océanique et calme. Saint-Cyprien, symbole par excellence de la Carthage chrétienne, est représenté au milieu. Car le chapitre de Carthage a été créé par Mgr Lavigerie après que celui-ci en a exprimé le souhait au pape Léon XIII qui, après avoir rétabli et réaffirmé la suprématie de l’antique siège épiscopal de Carthage, a fini par accéder à la prière du primat d’Afrique. « Ce sont les deux seules croix du genre qui existent en Afrique du Nord », précise p. Silvio Moreno.

Un autre meuble vitré sur deux étages héberge six couronnes flamboyantes et remarquablement restaurées autrefois destinées à coiffer les statues de Notre Dame de Trapani et de son enfant, à la Cathédrale de Tunis. Quelques petits éclats de vestiges de sites archéologiques chrétiens des premiers siècles sont disséminés plus bas, comme pour rappeler que l’histoire de la chrétienté en Tunisie ne remonte pas, loin s’en faut, aux seuls XIXe et XXe siècles racontés par le florilège des objets conservés dans ce musée. « Nous avons également obtenu sans en connaître la provenance cette tête d’une ancienne statue de Saint-Augustin, qui date de l’époque du protectorat ; elle a été retrouvée à la cathédrale de Tunis après 1964 », explique encore Silvio Moreno. Pas loin, une petite statue de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui fut également retrouvée à la cathédrale de Tunis.

Le dernier recoin de l’expo est presque aussi chatoyant que le reliquaire : une somme d’ostensoirs paraissant des soleils, provenant de différents lieux de culte tunisiens, quelques croix d’autel mordorées, des chandeliers, ainsi qu’une croix processionnelle parvenue à Tunis de la cathédrale Saint-Louis de Carthage sont autant d’orfèvreries qui respirent la lueur du faste de la liturgie catholique.

Sceaux en relief utilisés autrefois avec de la cire à cacheter, tampons encreurs des archevêques anciens ou encore ex-voto dédiés à la Vierge Marie retrouvés à la paroisse de La Marsa côtoient des obus de la seconde guerre mondiale qui furent utilisés comme… vases à fleurs ! Un fabuleux buste en marbre de l’Italien Mgr Fidèle Sutter (vicaire apostolique de Tunis de 1844 à 1881), se trouvant à la cathédrale de Tunis depuis au moins 1964, figure, lui, au coin de l’espace d’exposition. On n’en connaît pas, hélas, l’identité du sculpteur.

L’initiative de la création de cette exposition permanente n’a pu être menée à son terme qu’au bout d’un long travail collectif de restauration entamé lorsque le père Silvio Moreno a été chargé par l’archevêque de Tunis de gérer les archives du diocèse de Tunis. Ni les vicissitudes du temps, ni la perte (ou le vol) de certaines perles précieuses ornant divers objets liturgiques ou ouvrages, ni même le mystère qui entoure encore l’origine de quelques œuvres exposées ne sauraient détourner l’esprit de l’essentiel : tous ces éléments sont bien plutôt le témoin d’une histoire toute tissée de tumultes et de douloureuses dépossessions dont le visiteur pourrait s’instruire comme d’un flambeau pour mieux la saisir dans toute sa gloire comme dans ses errements. Le musée devrait dans les prochains jours être encore enrichi par, notamment, des portes de tabernacle et d’autres anciens objets de culte.

Nejiba Belkadi

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer