Crédit Illustration: Mohamed Hachani

Remaniement ministériel: Mechichi marque-t-il ses distances avec Carthage et Bardo

Énième remaniement  ministériel  annoncé ce samedi 16 janvier et qui a touché onze portefeuilles: La Justice, l’Intérieur, la Santé,  l’Agriculture, l’Industrie,  l’Energie et les mines qui revoit le jour après un éclipse forcé sous le règne de Youssef Chahed, les Domaines de l’Etat, la Formation professionnelle et l’Emploi, l’Environnement et développement durable,  Jeunesse et sports, et pour conclure les Affaire culturelles. Fait marquant, la liste a été fuitée quelques heures avant l’annonce officielle par Hichem Mechichi lors de la conférence de presse organisée à cet effet.

Contexte inapproprié?

Ce remaniement survient quatre mois après le blocage observé au sein de l’Assemblée des représentants du peuple et    suite à la situation kafkaïenne qui a régné sous l’hémicycle sur fond de différends, tiraillements et récupérations  politiques. Concomitant avec la propagation inquiétante du Coronavirus qui  continue à semer la mort, endeuiller les familles, appauvrir encore plus les plus pauvres sans que l’État ne parvienne à ce jour à fournir le vaccin anti-covid, le remaniement proposé par le chef du gouvernement ne fait que confirmer ce que tout le monde sait déjà. Rien ou presque ne va plus dans le pays. À se demander en fin de compte  » y a-t-il un pilote dans l’avion », notamment après l’éclatement des manifestations nocturnes, accompagnées de violences et d’actes de pillage et de saccage dans diverses régions de la Tunisie et notamment dans les quartiers populaires.

Les tensions politiques au sein de l’ARP ont acculé le président Kais Saied à convoquer son président Rached Ghannouchi et ses deux vice-présidents à Carthage l’été dernier. Le président de la République avait martelé lors de cette rencontre  qu’il disposait de tous les moyens juridiques pour imposer  la suprématie des institutions de l’État et le respect de la loi. Un avertissement qui a été, à contrecœur,  pris au sérieux par le président de l’ARP puisque son parti et son premier allié Qalb Tounes ont voté en septembre 2020 en faveur d’un gouvernement de transition formé par des indépendants.

L’espoir de voir le gouvernement de Mechichi faire ses preuves s’est malheureusement très vite estompé avec la mise à l’écart du ministre des Affaires culturelles Walid Zidi qui a refusé la suspension des spectacles par le gouvernement dans le cadre de la lutte contre la Covid-19,  et le limogeage du ministre des Affaires locales et de l’environnement Mustapha Laroui suite à l’éclatement de l’affaire relative à  l’importation des déchets italiens en Tunisie. À son tour le ministre de l’Intérieur Taoufik Charfeddine a été démis de ses fonctions après avoir effectué des remaniements au sein de son département sans une concertation aucune avec le chef du gouvernement, et après avoirs mis en péril la stabilité de l’appareil sécuritaire, selon les dires de Mechichi. Grave accusation à laquelle Charfeddine n’a pas daigné apporter de réponses. »Le gouvernement du président » comme aiment le qualifier certains politiques,  a fini par se désagréger.

Le remaniement fut donc inéluctable et le président de la République en a été informé comme l’atteste le communiqué de la Présidence publié samedi  16 janvier autour de la rencontre ayant réuni le locataire du palais de Carthage et celui d’El-Kasbah.  » Le nouveau gouvernement doit être composé de membres dont l’intégrité ne soulève aucun doute », avait à cette occasion souligné Kais Saied. Ce dernier a affirmé qu’il n’y avait pas de place pour les personnes qui font l’objet de poursuites judiciaires, même si la justice ne s’est pas encore prononcée sur leurs cas, d’autant plus que de nombreuses affaires trainent depuis plus d’une décennie. Le message est bien clair en direction de certains partis qui tentent de noyauter la justice et de la sacrifier sur l’autel  de la politique. On n’est pas sorti de l’auberge et le sempiternel  bras de fer entre le président de la République et le président de l’ARP risque d’impacter le vote de  confiance  à l’ARP quoique certains constitutionalistes avancent que Mechichi n’est pas obligé de soumettre son équipe au vote de l’ARP.

Des revenants et la femme out !

Suite au remaniement qui, inexplicablement a boudé la gent féminine, Youssef Zouaghi et Walid Dhahbi, sont nommés respectivement à la tête des ministères de la Justice et de l’Intérieur. Le premier est magistrat de formation. Depuis 2018, il était à la tête de la Direction  générale de la Douane . Quant au second,  Il est titulaire d’une maîtrise de l’Institut supérieur de gestion de Tunis et d’un diplôme de troisième cycle de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA). Depuis septembre 2020, il occupait le poste  de Secrétaire général du gouvernement. Justice rendue pour Oussama Khriji qui retrouve le ministère de l’Agriculture, poste qu’il avait occupé au temps du gouvernement Elyes Fakhfakh. Idem pour le jeune Youssef Fennira, proposé ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi et qui fut injustement limogé de son poste à la tête de l’Agence nationale pour l’Emploi et le Travail indépendant en aout 2020.

Le poste de secrétariat d’État au ministère des Finances a été supprimé. Le ministère chargé des Relations avec les instances constitutionnelles et la société civile a été supprimé  à son tour et ses fonctions sont désormais rattachées aux services de la Présidence du gouvernement qui semble chercher à  raffermir son équipe et sa position par rapport à Carthage et Bardo. Le récent limogeage de son ministre de l’Intérieur semble le confirmer.

Samir Dridi

 

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