Retraités : les éternels oubliés du débat national

La « réformette » du système des retraites en avril 2019 caractérisée par l’augmentation des cotisations à la charge des employés et des agents, la prolongation d’activité et la contribution sociale de solidarité, n’a pu arriver à bout du déséquilibre financier des caisses sociales en raison notamment de la difficile situation du pays marquée par le marasme économique, les conflits politiques et les contestations sociales qui ont touché tous les secteurs clés du pays.

Au fait, L’adoption par l’Assemblée des représentants du peuple du projet de loi amendant et complétant la loi 85 du 5 mars 1985, relatif au régime des pensions civiles et militaires de retraite et des survivants dans le secteur public, ne fut qu’une solution de rafistolage visant à venir provisoirement à la rescousse des caisses de sécurité sociale qui ont miraculeusement manqué de liquidité après le 14 janvier 2011. De ce fait, l’État n’a pu honorer ses engagements à l’égard des retraités qui avaient à chaque fin du mois un rendez-vous avec le stress et la peur que la pension ne soit pas versée en raison de la difficile conjoncture économique. Mais il faut bien le signaler, quand l’État est endetté jusqu’au cou, ce sont les retraités ou plutôt qui subissent de plein fouet les conséquences.

Affligeant retour à la case départ

Le déficit budgétaire en 2020 est de 4,9 milliards de dinars avec une aggravation de 58% par rapport à l’année précédente et les solutions se font de plus en plus rares pour redresser la barre en raison des facteurs précités et d’une instabilité déconcertante au niveau des institutions de l’État. En 2024, le nombre des pensionnés est estimé à 1,250 million, selon une étude établie par l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites) en octobre 2019, ce qui doit pousser les décideurs à éviter les solutions provisoires et se pencher plutôt sur des réformes en profondeur.

l’Assemblée des représentants du peuple(ARP) n’a pas pris en considération la situation des retraités marquée par une double précarité financière et sociale et a refusé de facto la revalorisation des pensions de base d’une frange des retraités lors de l’adoption du projet de la loi de finances pour l’année 2021 et ce au moment où 65% des retraités perçoivent des pensions qui sont en dessous du Smig, d’après le secrétaire général de l’Ugtt, Noureddine Taboubi.

On rappelle que pour pallier la situation catastrophique des caisses de sécurité sociale et notamment la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (Cnrps), l’âge de la retraite est passé à 62 ans et à 57 ans pour les métiers qualifiés de pénibles. La contribution au titre des régimes de retraite est passée elle aussi à 3%, dont 2% à la charge de l’employeur .Le vote de la nouvelle loi relative au régime des pensions avait pourtant nourri les espoirs et le pire a été évité, celui de la banqueroute des caisses sociales. Mais, on a dû déchanter, la situation ne fait toujours qu’empirer et le versement des augmentations salariales négociées avec l’Ugtt accusent toujours un retard accablant, impactant du coup le pouvoir d’achat des pensionnaires.

Les ministres de l’Economie, des Finances et du Soutien à l’Investissement, Ali Kooli, des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, et de la Santé, Faouzi Mehdi se sont réunis en septembre dernier pour plancher sur la question. Un remake de la situation de crise des caisses n’est plus à remettre en question. Les retraités doivent s’armer encore plus de patience et oublier les promesses non tenues par les gouvernements qui se sont succédé et qui ont renvoyé aux calendes grecques la réforme de tout le système de la protection sociale en Tunisie pour assurer sa pérennité.

Le secteur privé toujours dans l’expectative

Il est à rappeler qu’aucun accord n’a été signé se rapportant à une augmentation de l’âge de départ à la retraite pour les agents du secteur privé. Le décret gouvernemental se fait toujours attendre. Tout récemment, le directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), Imed Turki, a prévu sa publication, vers la fin de cette année. C’est une « démarche qui permettra d’améliorer les équilibres financiers de la Caisse », a-t-il précisé en juillet dernier dans une déclaration à la TAP. Quelques jours nous séparent de la fin de 2020, et toujours rien à l’horizon mais il faudra encore espérer l’aval de l’Utica.

Les indicateurs du secteur informel en Tunisie sont toujours à la hausse. Au total,1,630 million de personnes travaillent hors du circuit formel pour un total de 3,511,600 millions de personnes durant le 3ème trimestre 2020, selon l’Institut national des statistiques (INS). Un flagrant manque à gagner en ressources pour les caisses de sécurité sociale.

Non à la marginalisation et la réclusion

Pour les retraités dotés d’une faible pension, ils sont acculés à dénicher un autre travail de fortune pour arriver à joindre les deux bouts. Mais là aussi ils s’exposent à l’exploitation, comme le démontre une étude présentée par le professeur Lassaad laabidi (expert en développement social) à l’Institut des Etudes stratégiques en mai 2019, sous l’intitulé « Quel avenir pour les retraités en Tunisie » .  » les retraités qui reviennent au travail, s’exposent à une situation de précarité, dans la mesure où les postes d’emploi qu’ils occupent sont informels « , explique-t-il.

Au terme de son étude, l’expert propose un ensemble de recommandations en vue de leur garantir autant que possible, une vie de retraite active et équilibrée, dont notamment le développement d’un « dispositif qui permet d’impliquer les retraités dans les différentes consultations qui peuvent être organisées autour des sujets ayant un intérêt public, tel que les plans de développement socioéconomique, la réforme de l’éducation, la santé, l’enseignement supérieur » et de procéder à une révision des réglementations se rapportant à l’emploi des retraités et leurs accès à certains crédits tout en tenant compte bien évidemment des besoins des jeunes en matière d’emploi. Ainsi pourra-t-on rendre justice aux retraités.

SAMIR DRIDI

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