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Rohingyas en Birmanie : l’ONU dénonce un « génocide »

Le mot « génocide » a été lâché par l’ONU pour qualifier le sort subi par les Rohingyas après les multiples offensives de l’armée birmane et leur lot d’exécutions, de viols, d’incendies aveugles de villages, de torture et d’esclavage commis contre la minorité musulmane du pays. Un rapport des Nations unies a en effet livré des conclusions terrifiantes et accuse les généraux birmans de commettre un génocide contre les Rohingyas. Depuis un an, pas moins de 700 000 Rohingyas ont été soumis à un exil forcé et fui vers le Bangladesh.

L’enquête de l’ONU, publiée le 27 août après un an de recherches, a été menée par l’avocat des droits de l’homme Marzuki Darusman. Elle repose sur des entretiens avec 875 témoins et survivants, ainsi que l’analyse d’images satellites et d’autres documents. On y découvre que parmi les 700 000 personnes déplacées, au moins 10 000 ont été massacrées. L’armée birmane a justifié ses actes par la nécessité de gérer des risques sécuritaires. « La nécessité militaire ne saurait à aucun moment excuser les tueries aveugles, le viol collectif des femmes, l’agression d’enfants et l’incendie de villages entiers », incrimine le rapport de l’organisation mondiale.

Un plan « imaginé au plus haut niveau »

« Toute la panoplie de l’horreur, tout ce qu’il y a d’interdit par le droit international, les soldats birmans s’en sont […] servi pour exterminer la minorité musulmane. Et ce ne sont pas des actes isolés. C’est un plan imaginé au plus haut niveau et mis en oeuvre étape par étape. Voilà pourquoi l’ONU désigne le chef de l’armée et cinq haut-gradés de l’appareil militaire birman », explique RFI. Le média français estime qu’il est tout à fait possible de parler de complicité du gouvernement civile. “L’ONU estime qu’Aung San Suu Kyi, la dirigeante birmane, prix Nobel de la Paix, n’a rien fait, malgré ses pouvoirs de chef du gouvernement, malgré son autorité morale, pour contrer ou empêcher les tueries. » L’enquête dénonce en effet l’inaction de la première conseillère d’Etat Aung San Suu Kyi. Sa réputation est ainsi un peu plus égratignée, commente The Guardian cité par Courrier International. « Son nom ne restera pas comme l’un des choix les plus inspirés pour un prix Nobel de la paix », fustige le journal britannique.

Dans ce contexte, la misson indépendante sur la Birmanie demande que le Conseil de sécurité agisse et saisisse la Cour pénale internationale (CPI). « Ou, à défaut, qu’il crée un tribunal spécial pour enquêter sur le nettoyage ethnique subi par les Rohingyas », rapporte aussi RFI.

Des dénonciations déjà formulées par des reporters et des ONG

L’emploi du terme « génocide » dans le rapport des Nations unies va-t-il pour autant changer les choses ? Maung Zarni, universitaire et militante de l’association Free Rohingyas, a expliqué à RFI que « ce qui est important, c’est la responsabilité, légale et morale, de tous les pays membres. Il y en a plus de 140 qui ont signé et ratifié la convention sur le génocide, et la Birmanie l’a ratifiée en 1956. Maintenant que le mot génocide a été utilisé de manière crédible et officielle, ce sera difficile pour la Chine et la Russie de continuer à bloquer tous les efforts. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres doit porter une partie de la responsabilité de ne pas avoir eu, pendant une année entière, l’audace morale et le courage personnel de reconnaître qu’il s’agit d’un génocide. Pour ce qui est d’un éventuel embargo sur les armes, il y a peu de chances que cela se concrétise, parce qu’Israël, Singapour, le Pakistan, la Chine, la Russie, l’Azerbaïdjan et d’autres anciennes républiques soviétiques fournissent l’armée birmane en armes depuis 30 ans. »

Cette mise en lumière officielle des crimes de masse commis en Birmanie ne fait que confirmer ce que reporters du monde entier et organisations de défense des droits de l’homme ont observé et signalé à la communauté internationale depuis des mois. Le rapport représente ainsi, selon le Daily Telegraph, « une prise de conscience qui fait honte à une communauté internationale ayant promis après les horreurs de Srebrenica et du Rwanda que cela ne se reproduirait pas ».

Certains médias comme Slate affirment qu’il y a peu de chances que les responsables des massacres comparaissent devant la justice internationale prochainement. « La Birmanie n’a pas signé le Statut de Rome et n’a donc pas à craindre la Cour pénale internationale (CPI) », estime de son côté Courrier International. Selon ce journal, si le Conseil de sécurité de l’ONU a bien le pouvoir d’agir, Russie et Chine pourraient s’opposer à toute mesure concrète malgré les conclusions du rapport onusien.

 

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