Samym, un concept-store tunisien qui assume ses origines africaines !

Concept-store tunisien lancé par Meriem Dridi Nalletamby, Samym est une marque tunisienne spécialisée dans la création afro-tunisienne qui a fêté ses trois ans en juillet dernier. Misant sur le succès international du tissu wax, la marque rend hommage à ce textile africain de coton dans toutes les pièces qu’elle conçoit. Les cires utilisées dans la confection de ce tissu étant très colorées, le wax est souvent orné de motifs esthétiques qui varient à l’infini pour donner au vêtement un aspect qui se distingue d’abord par sa gaieté. Installée à La Marsa (4 bis rue Othmane Kaak Marsa Saada), la marque propose aujourd’hui une large panoplie de vêtements, d’accessoires bariolés et de chaussures revisitées à cette nouvelle sauce tuniso-africaine qui se révèle un véritable succès, notamment auprès des expatriés. Aujourd’hui installée en Côte d’Ivoire, à Abidjan, Meriem Dridi Nalletamby, ancienne assistante administrative à la Banque africaine de développement (BAD) passe aussi plusieurs mois par an en Tunisie pour s’occuper de Samym. Interview.

Le Diplomate Tunisien : Vous figurez parmi les rares marques à mettre en valeur la mode, les couleurs parfois tapageuses et la culture subsaharienne en Afrique du Nord…

Meriem Dridi Nalletamby : Oui, et nous disons souvent chez Samym que notre marque assume pleinement ses originaires africaines ! L’idée de créer cette marque m’est venue à l’esprit à plusieurs moments de mon parcours professionnel : j’ai passé 10 ans au sein de la BAD, ce qui m’a permis, grâce à mes nombreux déplacements, de découvrir la très riche culture subsaharienne, notamment en matière d’habillement. Que ce soit sur mon lieu de travail où les employés pouvaient venir habillés de façon décontractée le vendredi, ou ailleurs dans les nombreux pays africains que j’ai visités, j’ai été frappée par l’explosion de couleurs, la gaieté et la force vive des imprimés dont sont vêtus les Africains ! La large panoplie de couleurs et de tissus dont étaient faits les vêtements des personnes que je rencontrais tous les jours m’éblouissait vraiment. Au fil des ans, le wax a particulièrement retenu mon attention. Et j’ai eu l’idée de créer Samym pour valoriser la culture et la mode subsahariennes en Tunisie, pour pouvoir tisser des relations entre ces deux parties de l’Afrique et, finalement, faire connaître cette culture ici en Tunisie. Changer les habitudes de mode tunisiennes, y mettre un peu plus de couleurs et de gaieté, charger (un peu) d’imprimés les garde-robes tunisiennes, c’est ça que j’ai voulu faire ! Et je pense que ce positionnement peut paraître assez insolite en Afrique du Nord puisque Samym, qui signifie « au cœur des choses » en arabe, compte parmi les premières et rares échoppes réservées à la création subsaharienne en Afrique du Nord.

D.T. : Vous importez votre tissu phare d’Abidjan, mais fabriquez toutes vos pièces en Tunisie. Avez qui collaborez-vous ?

M.D.N. : J’importe moi-même d’Abidjan (où je réside avec mon mari) les étoffes à imprimés colorés pour confectionner les collections dans des ateliers ou auprès d’artisans tunisiens. Je travaille avec la marque ivoirienne Uniwax. Les produits Samym sont donc drapés d’un tissu fabriqué en Côte d’Ivoire mais confectionnés en tout point ici. Comme ça, tout le monde est content ! Par ailleurs, j’essaie vraiment de faire preuve d’inventivité pour donner à voir toute la richesse et la beauté de la mode africaine aux Tunisiens qui souhaitent l’adopter. Par exemple, nous avons conçu des vestes réversibles dotées d’une face monochrome et d’une autre en pagne, bien bigarrée ! Ce produit s’est révélé un vrai succès.

Globalement, nous créons des collections capsules éco-responsables dont on voudrait qu’elles puissent ne pas passer de mode, qu’elles soient conçues pour durer et se transmettre, tout en étant riches en couleurs et en imprimés. Jupes, robes et pantalons sont chez nous des pièces que nous concevons comme atemporelles. Mais il nous arrive également de faire de la fabrication sur commande. L’année dernière, nous avons eu l’honneur d’habiller la chanteuse Amina Fakhet – que j’aime beaucoup – pour la clôture du festival de Hammamet…

D.T. : Quel est le procédé habituel de fabrication des vêtements Samym ?

M.D.N : Concernant la création des collections, je crée moi-même les modèles en utilisant la méthode du modelage ou moulage : une fois le modèle dessiné, je pose la toile ou le tissu sur le mannequin, puis je façonne le vêtement, ce qui me permet de retirer ou d’ajouter quelques détails jusqu’à obtenir le résultat souhaité. Une fois que le prototype est créé, la confection est lancée dépendamment de la quantité de pièces prévue. Si une collection importante est envisagée, on collabore avec un assez grand atelier installé à Tunis. Sinon, pour les petites quantités de quelques pièces, nous faisons habituellement appel à une couturière basée elle aussi à Tunis. Le fait de ne pas avoir mon propre atelier est d’ailleurs une bonne chose en cela qu’il me permet de sous-traiter chez des ateliers locaux dont j’aime pouvoir mettre en valeur la patience de réalisation du travail de création de toutes ces pièces extrêmement bien soignées. Car dans tous les cas, la confection des vêtements se fait avec une exigence de soin particulière apportée aux finitions des coupes, souvent modernes.

D.T. : Quid des autres produits Samym ?

M.D.N : Il commence à y en avoir ! J’ai récemment décidé de me lancer sur un autre volet : les chaussures confectionnées avec du wax et du cuir à tannage végétal. Toujours dans l’idée de créer des pièces hybrides susceptibles d’attirer les Tunisiens, même un peu frileux face à tant de couleurs, nous confectionnons des babouches avec un mélange de cuir au tannage végétal, comme le veut la tradition, mais tout en les enrichissant de wax. J’en ai réalisé une petite collection aux souks à Tunis avec des artisans qui travaillent depuis des générations dans la chaussure en cuir.

Sinon, j’ai également lancé une collaboration avec une dame très talentueuse à Nabeul, une céramiste. Nous avons créé une collection de pièces en céramique en nous inspirant du Bogolan, un tissu du Mali considéré comme imprégné d’énergie vitale et au style de teinture très particulier dont j’ai reproduit les motifs sur des assiettes et des bols.

Propos recueillis par Nejiba Belkadi

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