raids aériens

Syrie : Une application lancée en 2016 prévient les utilisateurs en cas de raids aériens

AFP relate comment deux jeunes Syriens, le journaliste Khaled et son frère, ont pu échapper à un raid aérien qui a détruit la maison de leurs voisins dans la province syrienne d’Idleb, ultime grand bastion rebelle régulièrement menacé de raids aériens et depuis peu d’une vaste offensive du régime et de son allié russe. Grâce à un système d’alerte, « ils ont tout juste eu le temps d’enfourcher leur moto et de filer à toute allure ». En effet, quelques minutes avant leur fuite, ils ont pu être avertis via une notification sur leur téléphone portable d’une frappe imminente sur leur quartier.

L’alerte qui a probablement sauvé leur vie a été lancée par le système Sentry, mis en place il y a deux ans par deux Américains et un programmeur syrien. « Dans la province du nord-ouest du pays en guerre, ce système pourrait jouer un rôle crucial en cas d’assaut », explique l’AFP. Lors du décollage d’avions de combat syriens ou russes, le système Sentry localise la cible potentielle des frappes à venir en analysant les trajectoires de vol grâce à des données fournies à la fois par des observateurs humains sur le terrain et un réseau de capteurs. « Le système déclenche des alertes près de la zone concernée, et les utilisateurs reçoivent l’avertissement via des applications gratuites sur leur téléphone portable, notamment via Telegram [application de messagerie sécurisée], ce qui leur donne quelques minutes pour se mettre à l’abri », précise AFP.

Un système qui réduirait de 27% le nombre de morts au cours de raids

Selon les concepteurs de l’application, le dispositif d’alerte lancé en août 2016 profite actuellement à quelque deux millions de personnes en Syrie, sont la plupart sont établies à Idleb. Selon ses créateurs, le programme a prouvé son efficacité, notamment lors de la vaste offensive menée en février 2018 contre le fief rebelle de la Ghouta orientale, où des bombardements, principalement aériens, ont fait plus de 1700 morts, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

« Nous avons observé un pic important d’utilisation [du système d’alerte] lors de cette campagne » militaire, a indiqué à l’AFP John Jaeger, co-fondateur de la société Hala Systems qui a développé Sentry. Cet ancien diplomate, épaulé par un entrepreneur américain, Dave Levin, et un codeur syrien anonyme, cherchait à développer de nouveaux moyens de limiter au maximum le nombre de morts de civils en Syrie. Des statistiques fiables sont difficiles à obtenir mais l’analyse des données montrerait que le recours au système Sentry réduit de 27% le nombre de personnes tuées dans les raids, a affirmé M. Jaeger à AFP. Le système, financé par le Royaume-Uni, le Canada, les Pays-Bas et le Danemark selon lui, nécessite un réseau humain sur le terrain chargé de surveiller les zones couvertes et d’installer des capteurs.

Huit minutes pour survivre

En recevant l’avertissement via les réseaux sociaux, les radios locales ou les sirènes d’alerte déclenchées à distance par Hala Systems, les résidents ont en moyenne huit minutes pour trouver un refuge, selon le co-fondateur de la société. Le système est très utilisé par les secouristes en zones rebelles, les Casques blancs, également impliqués dans le développement du système. « Les techniciens de la défense civile tentent de rendre le service accessible aux civils dépourvus d’Internet », a par ailleurs affirmé à l’AFP le coordinateur du système d’alerte dans le nord syrien, Ibrahim Abou Laith. Selon lui, près de 200 sessions de sensibilisation ont par ailleurs eu lieu ces dernières semaines dans le nord du pays pour apprendre à la population disposant d’Internet à se servir du système. Selon l’OSDH, parmi les plus de 350 000 personnes tuées depuis le début de la guerre en 2011, 33 000 civils ont péri dans des raids syriens ou russes. Reste que le système Sentry peut parfois ne pas avoir les résultats escomptés, admet M. Jaeger.

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