Ahmed Ghezal

Témoignage d’Ahmed Ghezal : Une petite administration, de grands desseins

La réunion de Tanger et le Maghreb en marche

En 1958 également, s’était tenue la conférence de Tanger des partis de libération nationale des pays du Maghreb. En effet après les événements de Sakiet,  ses conséquences sur la Tunisie et le Maroc et par rapport à la guerre d’Algérie ainsi que son impact sur la France et dans le monde, et suite à la proclamation de l’union entre la Syrie et l’Egypte (naissance de la république arabe unie, le 1er février) et de l’union consécutive en face entre les monarchies hachémites en Jordanie et en Irak, ainsi que pour rattraper le temps perdu depuis l’acte de piraterie aérienne commis par la France en octobre 1956 et qui a consisté à détourner l’avion d’Ahmed Ben Bella et de ses camarades qui se déplaçait du Maroc vers la Tunisie où un Sommet Maghrébin était attendu, les trois parties décidèrent d’accélérer le processus de solidarité, de coordination et de cohésion des rangs pour renforcer la révolution algérienne et consolider l’indépendance de la Tunisie et du Maroc encore fragile. Dans ce but s’est tenue  à Tanger en avril 1958 la Conférence de Tanger réunissant les partis Néo Destour (Tunisie), Istiqlal (Maroc) et FLN (Algérie). Parmi les recommandations de cette conférence on peut citer :

– la formation d’un gouvernement provisoire algérien après consultation de la Tunisie et du Maroc

– l’appel  public lancé à des pays occidentaux à cesser leur aide à la France dans sa guerre en Algérie.

– la liquidation des séquelles de la colonisation française dans les pays du Maghreb

-l’institution d’une union fédérale du Grand Maghreb arabe.

Il est à noter qu’un observateur américain, Mr. Porter a assisté à la Conférence.

Le 17 juin 1958, le secrétariat général de la Conférence du Maghreb Uni s’est réuni à Tunis et  a pris les résolutions suivantes :

-soutien des efforts tuniso-marocains pour parvenir à un règlement pacifique de la question algérienne sur la base de la liberté et l’indépendance.

-création d’un conseil consultatif maghrébin formé de 30 membres (à parité entre les trois membres)

Et entre la Tunisie et le Maroc, il a été convenu :

– la constitution d’une commission de coopération économique pour la coordination de la politique économique

– la constitution d’une commission de coopération culturelle et technique pour unifier l’enseignement, la justice et assurer l’échange de spécialistes

– l’ouverture d’une ligne aérienne directe entre Tunis et Rabat

– l’unification de la représentation diplomatique des deux pays

Autres événements importants survenus aussi en 1958 :

– dans le cadre du règlement de la crise de Sakiet, un accord est intervenu entre la Tunisie et la France  pour l’évacuation des forces françaises de tout le territoire tunisien à l’exception de la Base de Bizerte qui fera l’objet de négociations spéciales (il en  était  ainsi convenu suite aux conclusions des « Bons offices » et dont le Conseil de sécurité a pris acte.)

– l’élection de la Tunisie au Conseil de sécurité (l’Iran candidat lui aussi avec l’appui de la France s’est désisté en faveur de la Tunisie)

Suite à cette élection, le Dr Sadok Mokaddem adressa le télégramme suivant à M. Mongi Slim, représentant  permanent  de la Tunisie auprès de l’ONU : « Son Excellence le président de la République m’a chargé de vous transmettre ses chaleureuses félicitations et sa grande joie pour le brillant succès que vous aviez accompli avec l’élection de la Tunisie comme membre du Conseil de sécurité. La plus grande part de ce succès on la doit à la place privilégiée occupée par la Tunisie grâce à votre travail au sein de l’Organisation des Nations unies ».

– l’obtention des premières livraisons d’armes des Etats Unis et de la Grande Bretagne et d’équipements radio de l’Allemagne ainsi que  la conclusion d’un marché d’armes avec la Yougoslavie

– la constitution, le 19 septembre, du gouvernement provisoire de la République algérienne(GPRA) présidé par Ferhat Abbés et ayant son siège à Tunis.

– l’adhésion de la Tunisie à la Ligue des Etats arabes. Elle en était sortie le même jour. Grave tension avec l’Egypte et fermeture des deux ambassades en octobre.

– la proclamation de l’union entre l’Egypte et la Syrie (février) suivie par l’union entre l’Irak et la Jordanie. Guerre civile au Liban ayant conduit au débarquement  de la 6ème flotte US au Liban (Bourguiba dans un discours à l’occasion de la fête de la République  dit: « le débarquement américain n’est pas une occupation car il a eu lieu à la demande du président de la République libanaise sur la base de l’article 51 de la Charte des Nations unies »). Le secrétaire général de l’ONU Dag Hammarskjöld avait prié M. Mongi Slim d’interrompre ses vacances en Tunisie et de revenir à New York pour l’aider au  règlement de cette question. Le représentant permanent tunisien a, justement,  joué un rôle important dans la résolution de cette crise (concernant la présence des forces américaines au Liban puis leur  départ, selon une résolution de l’AG à la satisfaction de toutes les parties).

– des forces britanniques sont envoyées en Jordanie (suite au coup d’Etat en Irak le 14 juillet qui a aboli la monarchie et à la conclusion d’un pacte de défense commune entre l’Irak et l’Egypte) et en Libye. Dans le même discours cité plus haut, le président Bourguiba affirme « la solidarité de la Tunisie avec l’Irak à la suite de sa révolution pour empêcher qu’il ne tombe dans les bras du communisme car, a-t-il ajouté, chaque pays a ses conditions propres ». La Tunisie a, par ailleurs déployé des efforts assidus pour sauver Fadhel Djemmali des excès du pouvoir révolutionnaire irakien et le faire venir en Tunisie  où il vécut dignement jusqu’à son décès. M.Djemmali fut ministre des affaires étrangères de l’Irak sous la monarchie et un orateur hors pair qui a défendu avec fougue la cause tunisienne devant l’AG de l’ONU

– l’indépendance de la première colonie française en Afrique : la Guinée.

C’est l’année de la tenue du 1er Sommet des Etats indépendants d’Afrique (14 avril à Accra). L’initiative en revient à Habib Bourguiba qui a fait cette proposition au cours de sa visite au Ghana au cours de la célébration de son indépendance en mars1957 en sa qualité de président du conseil. Une délégation comprenant Dr Sadok Mokaddem, secrétaire d’Etat (ministre) des affaires étrangères, Ahmed Tlili secrétaire général de l’UGTT et Hassine Ghouil conseiller au ministère des AE a pris part à ce Sommet.

Il y a lieu de rappeler ici le soutien inconditionnel et multiforme de la Tunisie aux mouvements de libération partout en Afrique.

– l’entrée en vigueur du Traité de Rome portant création de la Communauté Economique Européenne appelée aussi  « le Marché Commun » entre six pays européens, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, les Pays Bas et le Luxembourg. La Tunisie a vite commencé à s’intéresser à cet ensemble,  à s’interroger sur le futur de ses relations avec la CEE qui se trouve dans son voisinage c’est-à-dire dans son espace d’échanges traditionnel et de s’enquérir de ses dispositions protectionnistes et ses incidences éventuelles sur la Tunisie, d’autant plus que le Traité comporte un Protocole concernant spécifiquement le cas de la Tunisie.

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer