Tunisie-pandémie : L’hécatombe à nos portes

En dépit de cette situation qui frise la catastrophe et n’augure rien de bon pour les jours et mois à venir, la classe politique continue à catalyser les surenchères populistes et à augmenter les tensions.

Pour avoir si longtemps laisser traîner les choses en matière de lutte contre la pandémie, le pays s’enlise de plus en plus dans le gouffre sanitaire. Le risque de l’écroulement du système de santé n’est plus à écarter en raison d’une gestion hasardeuse, titubante n’obéissant qu’aux fluctuations politiques et n’aboutissant qu’à des solutions palliatives éphémères et de brefs moments de répit. Pour avoir si vite et très tôt crier victoire et parce qu’il y avait plus d’un navigateur timonier sur le navire de guerre,  on a fini par perdre la bataille de la lutte contre  le Coronavirus . De multiples dangers se profilent à l’horizon.

Plus de 15 mille morts!

Les statistiques sont effrayantes et donnent froid au dos.  91,8% des lits de réanimation et 79,60% des lits d’oxygène dans les hôpitaux publics sont occupés d’après le ministère de la Santé. En avril dernier, le pays a dépassé la barre de  10 mille cas de décès liés au virus du Covid-19. Trois mois plus tard et plus précisément le 04 juillet,  la barre de 15 mille morts a été franchie. Trop, c’est trop! Le pays risque de s’enliser encore plus dans les abysses de l’épidémie . Plus de 600 personnes sont en réanimation. Les hôpitaux sont saturés et l’armée des blouses blanches est dépassée. Vacciner plus pour endiguer la rapide propagation du maudit virus. Mais quand le discours officiel est marqué par la dissonance et imprégné de calculs partisans , que les décideurs parlent et s’agitent en même temps, c’est le brouhaha  et la confusion totale au bout du compte .

Au moment où les Tunisiens retiennent leur souffle, les rites funéraires sont bousculés, et la colère populaire gronde en raison notamment des pertes de postes d’emploi dans pratiquement tous les secteurs, rien ne semble perturber la quiétude insolente de certains politiques et parlementaires cherchant plutôt à botter en touche et banaliser la violence à l’égard de la femme sous le dôme de l’Assemblée des  représentants du peuple.

Risque réel d’écroulement

L’analyse présentée dans le rapport de l’Unicef publié en juin 2020 avait pourtant sonné l’alerte et montré que l’épidémie pourrait avoir un effet important sur la pauvreté en Tunisie, conduisant à une ” augmentation de la pauvreté de presque 16 points de pourcentage pour certains groupes de la population selon le scénario pessimiste.  Elle a également montré que les mesures d’atténuation, déjà prises par les autorités tunisiennes, auront “un effet très limité”. Le gouvernement en a-t-il tenu compte? Que nenni. Il a péché par excès d’optimisme au début, puis par manque de professionnalisme et de vigilance et par incompétence. La lutte contre le Coronavirus se trouve aujourd’hui affaiblie par une guerre ouverte pour le pouvoir entre Carthage et Bardo. Le Conseil de sécurité nationale qui aurait pu jouer un rôle crucial dans le contexte de cette lutte n’est plus, paraît-il, le cadre approprié  pour discuter des mesures impératives à prendre selon le nouveau locataire de Carthage. Il est malheureusement jeté aux oubliettes.

En dépit de cette situation qui frise la catastrophe et n’augure rien de bon pour les jours et mois à venir, la classe politique continue à catalyser les surenchères populistes et à augmenter les tensions. Ennahdha opte toujours pour l’escalade en favorisant la création d’une “coalition politique forte” selon les déclarations de son porte-parole Fathi Ayadi tandis que le Collectif de défense Belaid et Brahmi tente de prouver l’incrimination de ce parti islamiste dans la manipulation des dossiers à caractère terroriste avec la complicité de l’ancien procureur de la République près le Tribunal de première instance de Tunis, Béchir Akremi. Entre-temps, et en pleine pandémie, de nouvelles nominations au ministère de l’Intérieur  sont passées inaperçues notamment au niveau des services des renseignements généraux. Point n’est besoin de rappeler à ce titre que celui qui détient le renseignement détient aussi le pouvoir.

Au demeurant, l’inexorable  flambée des cas de contamination et de décès, l’imminent effondrement du système sanitaire ainsi que le marasme économique n’ont pas inquiété pour autant nos politiques madrés. Le dangereux appétit d’ogre de l’actuelle classe politique qui s’accroche piteusement au pouvoir malgré son impopularité grandissante ne fait qu’accentuer la défiance de la population envers un gouvernement que refuse toujours d’introniser le président de la République. Avec un taux de pessimisme de 92,8%  enregistré chez les Tunisiens selon le baromètre de Sigma conseil et publié en ce mois de juillet, le navire risque de couler à tout moment mais les timoniers ne voient toujours rien poindre à l’horizon.

Samir DRIDI

 

 

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