loi sur l’égalité

La Tunisie “suspendue au vote de la loi sur l’égalité dans l’héritage” (Le Figaro)

La loi sur l’égalité entre les hommes et les femmes dans la succession se heurte encore à de fortes résistances religieuses et sociales en Tunisie. Le texte doit être présenté à l’Assemblée des représentants du peuple en novembre. Et « dans tout le pays, les débats attisent déjà les tensions », analyse le Figaro, qui y a consacré un reportage.

« Chaque matin, à l’aube, le long de la nationale qui mène à Nefza, à plus de 100 kilomètres à l’ouest de Tunis, elles attendent en grappes colorées, sous les eucalyptus, que les camions de ramassage les prennent et les emmènent vers les champs, leur lieu de travail. Elles montent dans le véhicule et s’y tiennent serrées, droites comme des soldats de plomb, agrippées les unes aux autres pour ne pas tomber : on dit que les camionneurs mettent de l’eau au fond de la benne pour qu’elles ne s’assoient pas, afin de transporter le plus de monde possible. Ambiance », explique une journaliste française du Figaro qui est partie à la rencontre de nombreuses femmes, travailleuses acharnées et constamment victimes de discrimination.

« Féminisation de la pauvreté »

Ainsi, « dans cette région agricole du nord de la Tunisie, ce sont les femmes qui travaillent la terre, ramassent les piments, les feuilles de tabac, les fleurs d’acacia ou bien qui gardent les bêtes. Les hommes préfèrent aller travailler en ville dans les chantiers ». « C’est moins fatigant », explique Hayet au journal français, « fichu rouge sur la tête et canne en bois à la main, qu’elle manie vigoureusement pour rassembler le troupeau de dix moutons de ses quatre frères, dans un petit pré, en bas de la maison de ciment et de terre battue qu’elle occupe et qui ne lui appartient même pas ». Elle n’est payée par ses frères que si elle parvient à faire naître d’autres moutons. D’où l’immense « mélancolie dans son regard » lorsqu’elle explique que « c’est ainsi », que sa maison « est toute fissurée » et qu’elle n’a pas les moyens de la réparer. « La féminisation de la pauvreté n’est plus à démontrer en Tunisie où, à rang successoral égal, les femmes touchent deux fois moins que les hommes », relève le journal français.

« Les hommes gardent l’argent pour eux »

« La journée est déjà chaude. Vers midi, il ne fera pas loin de 40 degrés. Pas de pause-déjeuner. Les femmes rentreront le soir dans le même camion à benne, après une journée de dix heures qui leur sera payée 10 dinars », raconte le Figaro. « Et encore, soupire Hajer Chabbah, ingénieure agronome et coordinatrice du Groupement des éleveurs de la race tarentaise (GERT), cette rémunération ne leur est versée que dans le meilleur des cas. La plupart du temps, les hommes gardent l’argent pour eux. La loi, telle qu’elle existe aujourd’hui, n’est souvent même pas appliquée. » Seules quelques-unes de ces femmes osent porter plainte, car « il faut du courage pour engager une telle procédure, qui coûte 2000 dinars”, dit-elle encore au Figaro. “La plupart d’entre elles renoncent, par peur des représailles familiales, par conformisme, par lassitude ou tout simplement parce que c’est la coutume. »

Certaines Tunisiennes restent opposées à la loi sur l’égalité dans l’héritage

Le Figaro a également rencontré Jamila, agricultrice, et sept de ses amies qui elles aussi travaillent la terre, pour évoquer les enjeux et les attentes pour ce futur projet de loi. Les réponses de ces femmes ont été presque unanimes : « Nous ne voulons pas de l’égalité dans l’héritage. Ce n’est pas ce que Dieu a décidé. On ne peut aller contre la parole du Prophète. » Mais la plus jeune du groupe, dont la famille exploite un peu plus loin des piments, ne veut pas entrer dans le débat. « Moi, je fais une école de stylisme à Nefza et j’espère bien poursuivre mes études à Tunis. Ce n’est pas seulement une loi qu’il faut modifier, mais les mentalités », estime-t-elle.

Si certaines femmes n’approuvent pas la nouvelle loi, « elles ne sont pas pour autant résignées » : les amies de Jamila suivent des cours de formation proposés par le Synagri (Syndicat des agriculteurs en Tunisie), afin d’obtenir un diplôme qui leur donnera accès à l’emprunt pour acheter un lopin de terre ou agrandir une étable. C’est ainsi qu’Amani, qui montre fièrement son titre, va pouvoir accueillir une deuxième vache grâce à l’obtention d’un microcrédit, poursuit le Figaro.

« Un projet de loi ambitieux »

« Dans son rapport, la Colibe ne propose pas que l’égalité hommes-femmes dans l’héritage, elle vise aussi l’abolition de la peine de mort et la dépénalisation de l’homosexualité. Un dossier de deux cents pages, qui met les imams en transe », commente le quotidien français. « Il faut les entendre dans les mosquées pendant le prêche du vendredi, souligne Salwa Hamrouni, juriste et membre de la Colibe. Les islamistes nous traitent de mécréants et veulent nous envoyer en enfer. » La présidente de la commission, Bochra Belhadj Hmida, a été menacée de mort et reçoit régulièrement sur son portable des photos truquées montrant son visage défiguré avec, pour commentaire : « Voilà ce qui t’attend. »

« Tunisifier l’islam »

« Le vote du 8 mars 2019 sera un test, analyse pour sa part Hélé Béji, écrivain et fondatrice du Collège international de Tunis. Si Ennahdha fait capoter le résultat, alors je pourrai dire qu’ils nous ont trompés. Lorsqu’ils ont gagné les élections en 2014, ils se sont décrits comme des modernes et des démocrates musulmans. A l’époque, je les avais crus. J’espère ne pas m’être trompée. Je suis pour ‘tunisifier’ l’islam et non pour islamiser la Tunisie. »

N.B.

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