Union du Maghreb Arabe : on continue à célébrer sa création, rien de plus

Hormis quelques articles publiés dans la presse locale relatant les messages de félicitations envoyés par le président Kaïs Saïd à ses homologues des pays du Maghreb Arabe à l’occasion de la célébration du 32e anniversaire de la création de l’Union du Maghreb Arabe(UMA),  rien n’a été officiellement organisé au niveau de ses pays membres que sont la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Libye, et la Tunisie, qui serait en mesure de refléter une réelle volonté  visant à concrétiser les objectifs et tâches figurant dans le Traité constitutif. Parmi ces objectifs, il y a lieu de citer la réalisation progressive de la libre circulation des personnes, des services, des marchandises et des capitaux entre les États membres et l’adoption d’une politique commune dans tous les domaines. Plus d’une trentaine d’années après, aucun des objectifs de l’UMA n’a été réalisé mais, inexplicablement, les messages de félicitations sont toujours là !

L’UMA, un rêve ?

Depuis sa création le 17 février 1989, date à laquelle le Traité constitutif a été signé par les cinq chefs d’État à Marrakech au Maroc, l’UMA peine toujours à réaliser “le smig” en matière de concrétisation des objectifs tracés. A défaut d’actions communes sur le double plan politique et économique, les chefs d’État se sont contentés, au fil des années, de déclarations le plus souvent panégyriques et de démarches velléitaires marquées par de longs moments de silence au point que l’organisation a manqué de visibilité. Les jeunes d’aujourd’hui ignorent jusqu’à l’existence d’une organisation politique et économique sous l’appellation de l’UMA.

A l’occasion de ce 32e anniversaire, le président de la République, Kaïs Saïd, a envoyé des messages de félicitations à ses homologues des pays du Maghreb Arabe. Il a, à cet effet, réitéré et affirmé l’engagement indéfectible de notre pays en faveur de l’UMA, tout en rappelant les divers défis auxquels les pays membres font face et qui exigent une action commune.  Aucune autre activité n’a été annoncée, même pas une conférence en ligne dédiée à la création de l’organisation maghrébine. Sur le site officiel de l’UMA, tout confirme le peu d’intérêt accordé à cet anniversaire. Juste un succinct texte a été publié sur la page facebook de l’UMA rappelant sobrement que le Secrétaire général Taïeb Baccouche (en poste depuis 2016) a adressé des messages de félicitations aux chefs des États des pays du Maghreb.

Il a indiqué à cet effet que la célébration de cet anniversaire constituait une occasion pour rappeler les nobles principes et objectifs énoncés dans le Traité constitutif de l’UMA et d’affirmer la détermination d’œuvrer avec sincérité et dévouement pour la réalisation du rêve maghrébin. Taïeb Baccouche a encore souligné l’importance de poursuivre les efforts afin de contribuer davantage à faire progresser la coopération et l’intégration maghrébines de manière à réaliser les aspirations des peuples maghrébins au progrès et à la prospérité.

Rabat, un bilan en deçà des grandes attentes

Dans une dépêche publiée par l’Agence Marocaine De Presse (MAP) à l’occasion de ce 32e anniversaire, on parle plutôt d’un “espace maghrébin intégré toujours au point mort” et d’un bilan en deçà des grandes attentes qui y avaient été placées”. Sur le plan de l’intégration régionale en Afrique, le Maghreb Arabe demeure sur le plan économique la zone la plus faible. Une situation qui fait perdre annuellement à chacun de ses pays 2% du taux de croissance et affecte de 34% le PNB, souligne la même source. Pour rappel, en janvier 2018, le secrétaire général de l’UMA, Taïeb Baccouch, avait, à son tour, dévoilé que « le taux des échanges commerciaux entre les pays du Maghreb ne dépassait pas les 5% ».

Aux clivages politiques enregistrés entre certains pays de l’UMA, dont l’Algérie et le Maroc, s’ajoute aujourd’hui la situation bien difficile par laquelle passent deux pays membres de l’organisation, à savoir la Libye et la Tunisie, et qui ne fait que reléguer au second plan et renvoyer aux calendes grecques les “préoccupations maghrébines”.

Plus d’une trentaine d’années après sa création, l’UMA se prélasse toujours dans les bras de Morphée. Ceux qui ont signé le Traité instituant cette organisation ne sont plus de ce monde (Hassan II,  Zine El Abidine Ben Ali, Chadli Ben Jedid, Mouammar Kadhafi, alors que Mouaouia Ould Sidi Ahmed Taya, a dû quitter le pouvoir en août 2005 suite à un putsch et s’est retiré depuis au Qatar). Aujourd’hui, le constat d’échec est plus que consternant mais on continue toujours à célébrer un anniversaire qui ne traduit plus rien du tout.

Samir DRIDI

 

 

 

 

 

 

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer