[Mémoire de diplomates] Taïeb Slim, représentant permanent de la Tunisie à l’ONU

Frère de Mongi et Hédi Slim, Taïeb Slim (1914 – 1993) fait partie de ces hommes politiques tunisiens qui ont contribué à façonner le rayonnement de la diplomatie tunisienne dans le monde.

Parce qu’il est le frère de l’illustre ministre et diplomate Mongi Slim, qui fut président de l’Assemblée générale des Nations unies entre 1961 et 1962, Taïeb Slim ne jouit pas de la même aura de prestige que son aîné. Pourtant, son brillant parcours politique tant à l’échelle nationale qu’au niveau international mérite d’être relu, à l’heure où la diplomatie internationale ne cesse de voir ses contours redéfinis par l’évolution complexe des enjeux géostratégiques ou autres crises sanitaires pandémiques.

Taïeb Slim naît au sein d’une riche famille tunisoise. Avant de devenir le « général Slim », son arrière-grand-père avait été acheté par un commerçant de Djerba sur le marché des esclaves pour être « offert » au bey de Tunis au début du XIXe siècle. Celui-ci lui offre une éducation de qualité pour finalement le libérer puis le nommer ministre de la Guerre. La mère des Slim est elle issue de la famille Bayram, qui avait acquis une certaine notoriété en Tunisie et dans le monde arabe pour avoir donné une dynastie d’érudits en droit musulman et un grand nombre de ses notables religieux.

Le temps du militantisme

Taïeb Slim appartient également à cette génération dynamique de par son activité de militantisme politique. Il intègre ainsi en 1940 au sixième bureau politique du Néo-Destour avec son frère Hédi, son cousin Habib Thameur, Rachid Driss (diplomate qui a notamment occupé le poste d’ambassadeur aux Etats-Unis de 1964 à 1969), ou encore le syndicaliste Ferjani Bel Haj Ammar. Il fonde un journal néo-destourien avec Rachid Driss, à la rédaction duquel il s’attelle depuis le petit quartier tunisois de Halfaouine. Le 21 janvier 1941, il est arrêté non loin de la zone frontalière de Ben Gardane et incarcéré avec une vingtaine de militants. Tous finiront par être traduits en justice en février 1942.

Représentant permanent de la Tunisie aux Nations unies

Au sortir de la période coloniale, il se hisse en septembre 1956 au rang de diplomate chevronné, en étant nommé ambassadeur à Londres. Adhérent du Parti socialiste destourien, il devient représentant permanent de la Tunisie aux Nations unies à New York de 1962 à 1967 puis représentant personnel du président Bourguiba entre le 26 octobre 1967 et le 12 juin 1970. Représentant aux Nations unies à Genève puis ambassadeur au Canada de 1974 à 1980, il retourne à la représentation permanente de la Tunisie à l’ONU de 1980 à 1985.

M. Slim avait souvent le regard tourné vers l’évolution en matière de droits de l’homme dans le monde africain. Dans une interview accordée à l’Action tunisienne, le journal francophone organe du Destour fondé en 1932 par Habib Bourguiba, il déclare ainsi qu’il « reste encore beaucoup à faire pour une meilleure défense des droits de l’homme » et que « la Tunisie est préoccupée par la situation de nos frères en Rhodésie, en Afrique du Sud, au Sud-Ouest africain, dans les colonies portugaises en Afrique, ainsi que par celle de nos frères palestiniens ». Soucieux du racisme qui persiste dans le monde, il souligne que ce dernier continue de s’exercer dans ces parties du monde « sous des formes variées », et qu’il y est soutenu « par la force des armes ». « Toutes ces questions seront en tout cas examinées à Téhéran », expliquait-il en avril 1968, alors qu’il quittait Tunis en sa qualité de représentant personnel du président Bourguiba pour Téhéran, où il avait assisté, en tant que chef d’une délégation tunisienne, à la conférence internationale des Droits de l’homme.

N.B.

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