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La richesse des milliardaires dans le monde a augmenté de 900 milliards l'an dernier, soit au rythme de 2,5 milliards par jour, alors que celle de la moitié la plus pauvre de la population de la planète a chuté de 11%, selon Oxfam / AFP/Archives

26 milliardaires ont autant d’argent que la moitié de l’humanité, selon un rapport de l’ONG Oxfam

Plus que 26 personnes, contre 43 l’année dernière, disposent d’autant d’argent que les 3,8 milliards les plus pauvres de la planète en 2018, selon un rapport de l’ONG Oxfam.

Ainsi, la concentration de la richesse s’est encore renforcée en 2018. Ils sont 26 milliardaires a posséder autant d’argent que la moitié la plus pauvre de l’humanité, dénonce l’ONG Oxfam. « Le fossé qui s’agrandit entre les riches et les pauvres pénalise la lutte contre la pauvreté, fait du tort à l’économie et alimente la colère dans le monde », insiste la directrice exécutive d’Oxfam International, Winnie Byanyima, qui rappelle que les gouvernements ont un devoir, celui de « s’assurer que les entreprises et les plus riches paient leur part d’impôts ». « L’année dernière, la fortune des milliardaires a augmenté tous les jours de 2,5 milliards de dollars alors que la richesse de la moitié la plus pauvre de l’humanité n’a fait que diminuer », a-t-elle dénoncé.

« Les gouvernements exacerbent les inégalités »

La fortune des milliardaires a ainsi augmenté de 12 % l’an dernier (soit de 2,5 milliards de dollars par jour), tandis que les 3,8 milliards de personnes qui composent la moitié la plus pauvre de l’humanité ont vu leur richesse diminuer de 11 %, précise le nouveau rapport d’Oxfam publié aujourd’hui, au moment même où se réunissent les dirigeants politiques et économiques à l’occasion du Forum économique mondial de Davos, en Suisse.

Ce rapport révèle « comment les gouvernements exacerbent les inégalités, d’un côté en sous-finançant les services publics, tels que la santé et l’éducation, et de l’autre en sous-imposant les grandes entreprises et les individus fortunés et en renonçant à combattre efficacement l’évasion fiscale. Il conclut également que les femmes et les filles sont les plus durement touchées par la hausse des inégalités économiques », soutient l’ONG dans un communiqué publié aujourd’hui.

Winnie Byanyima a clamé que « la taille d’un compte en banque ne devrait pas déterminer le nombre d’années de scolarité ni l’espérance de vie de quiconque, or c’est bien ce qui se passe dans trop de pays à travers le monde ». Alors que les grandes entreprises et « les super-riches » sont relativement peu imposés, des millions de filles se voient refuser une éducation correcte et « des femmes meurent par manque de soins obstétriques ».

Le nombre de milliardaires a presque doublé depuis la crise financière

Le rapport révèle que le nombre de milliardaires a presque doublé depuis la crise financière, avec un nouveau milliardaire tous les deux jours entre 2017 et 2018, alors que les taux d’imposition des individus fortunés et des grandes entreprises n’ont jamais été aussi bas depuis des décennies.

« Demander aux 1 % les plus riches de payer seulement 0,5 % d’impôt en plus sur leur fortune permettrait de récolter plus d’argent qu’il n’en faut pour assurer l’éducation des 262 millions d’enfants déscolarisés et de fournir les soins médicaux pouvant sauver la vie de 7 millions de personnes », plaide l’ONG.

En 2015, pour chaque dollar de recettes fiscales perçues dans le monde, seulement quatre cents proviennent d’impôts sur la fortune, comme les impôts sur la succession ou sur le patrimoine. Dans beaucoup de pays riches, ces types d’impôts ont été réduits voire éliminés, alors que dans les pays en développement ils sont à peine appliqués, soutient encore l’ONG.

Le taux d’imposition des fortunés a baissé « de façon spectaculaire »

Les taux d’imposition des individus fortunés et des grandes entreprises ont quant à eux été baissé de façon spectaculaire. Par exemple, le taux maximum de l’impôt sur le revenu des particuliers dans les pays riches est passé de 62 % en 1970 à seulement 38 % en 2013. Le taux moyen dans les pays pauvres est de seulement 28 %. Dans certains pays, comme le Brésil, les 10 % les plus pauvres de la société s’acquittent aujourd’hui d’une imposition sur le revenu proportionnellement plus élevée que les 10 % les plus aisés, explique Oxfam.

Dans le même temps, les services publics souffrent d’un « sous-financement chronique » ou sont « externalisés à des entreprises privées » auxquelles n’ont pas accès les personnes les plus pauvres. Dans de nombreux pays, l’accès à l’éducation ou aux soins médicaux de qualité est devenu un luxe auquel seuls les riches peuvent prétendre. « Tous les jours, 10 000 personnes meurent par manque d’accès à des soins médicaux abordables. Dans les pays en développement, un enfant issu d’une famille pauvre est deux fois plus susceptible de mourir avant l’âge de cinq ans qu’un enfant né dans une famille riche. Dans des pays comme le Kenya, la scolarité d’un enfant d’une famille riche sera deux fois plus longue que celle d’un enfant d’une famille pauvre », note encore l’ONG.

Les inégalités touchent surtout les femmes

Par ailleurs, lorsque les services publics sont négligés, ce sont les femmes et les jeunes filles pauvres qui en souffrent le plus. « Les filles sont les premières à être déscolarisées lorsque l’argent manque pour payer les frais de scolarité et les femmes consacrent davantage d’heures de travail non rémunéré à s’occuper de parents malades lorsque les systèmes de santé sont défaillants », relève Oxfam, qui estime que si toutes les activités d’assistance et de soins non rémunérées effectuées par les femmes à travers le monde étaient assurées par une seule et même entreprise, son chiffre d’affaires annuel s’élèverait à 10 000 milliards de dollars, soit 43 fois celui d’Apple.

D’où le naturel « sentiment de colère et d’injustice » qui s’exprime parmi la population partout dans le monde. « Les gouvernements doivent maintenant mettre en œuvre des changements réels, en veillant à ce que les individus fortunés et les grandes entreprises payent leur juste part d’impôt et en investissant cet argent dans des services de santé et d’éducation gratuits qui répondent aux besoins de tous, y compris ceux des femmes et des filles qui sont si souvent négligés. Les gouvernements ont les moyens de bâtir un avenir meilleur pour tous, pas seulement pour une minorité de privilégiés », a ajouté Winnie Byanyima.

Le budget de santé de l’Ethiopie correspond à 1 % de la fortune du patron d’Amazon

L’homme le plus riche du monde, Jeff Bezos, le PDG d’Amazon, possède une richesse qui a atteint 112 milliards de dollars l’an dernier. Autrement dit « le budget de santé de l’Ethiopie correspond à 1 % de sa fortune », souligne l’ONG. Selon elle, les plus riches cachent 7600 milliards de dollars d’actifs dans les paradis fiscaux.

BFM Business relève que ce rapport est publié à un moment où la taxation des plus grandes fortunes suscite des débats dans plusieurs pays, en particulier en France, où le mouvement des gilets jaunes a relancé le débat sur la suppression de l’ISF par Emmanuel Macron. Aux Etats-Unis, la députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez, fraîchement élue, a proposé de taxer à 70 % les plus riches, obtenant le soutien du Prix Nobel d’Economie Paul Krugman.

N.B.

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