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70e anniversaire de l’Otan : les divergences occidentales à leur comble

Les 29 membres de l’Otan sont réunis ce mercredi 4 décembre dans un golf de luxe en périphérie de Londres, à Watford. Un sommet marqué par un climat tendu dû à des divergences de vue au sein des alliés.

L’exercice particulièrement difficile qui a marqué ce sommet est « le blocage turc, les propos du président américain et un Emmanuel Macron qui répétait encore ce mercredi matin qu’il assumait ‘d’avoir soulevé le débat’ » à propos de l’inefficacité de l’Otan et l’absence de stratégie de l’Alliance pour faire face à la Russie. « C’est un drôle d’anniversaire pour l’Otan », résume le média français RFI.

Tension entre Trump et Macron

La situation en Syrie et le rôle de la Turquie dans la région ont soulevé des débats tendus. Le président français Emmanuel Macron a insisté sur l’« ennemi commun » que représente le terrorisme, mais tout en étant « désolé de dire que nous n’avons pas la même définition du terrorisme autour de la table », lors d’une rencontre avec Donald Trump, indique encore RFI. « Il a sèchement rabroué d’un ‘soyons sérieux’ le milliardaire américain lorsque celui-ci a expliqué que de nombreux jihadistes venaient d’Europe et lui a demandé en plaisantant s’il voulait en récupérer. »

Emmanuel Macron a expliqué avoir souhaité, en faisant valoir que l’Otan était en état de « mort cérébrale », donner un coup de fouet à l’Alliance. Et dénoncer les décisions unilatérales des Etats-Unis et de la Turquie qui ont « mis en péril » les opérations contre le groupe jihadiste Etat islamique en Syrie, « dans lesquelles sont engagées des forces françaises et d’autres pays alliés », ajoute Radio France.

Pour le quotidien français Le Monde, les divergences occidentales n’avaient « sans doute jamais été affichées aussi clairement à l’occasion d’un anniversaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ». Ces divergences ont été particulièrement mises en évidence, mardi 3 décembre, dans un « face-à-face sans concession entre le président des Etats-Unis, Donald Trump, et son homologue français, Emmanuel Macron, le premier s’accrochant à la comptabilité, pointant les pays ‘mauvais payeurs’ qui ne dépensent pas assez pour la défense, lorsque le second parlait stratégie ».

Le chef de l’Etat français appelle de ses vœux « une Otan plus sûre de ses choix ». « La condition pour lui ? Le développement d’une défense européenne qui permette une autonomie stratégique, en clair un rééquilibrage de l’alliance aujourd’hui largement dominée par Washington », souligne pour sa part Le Parisien.

Statu quo entre Paris et Ankara

Malgré « un format utile » et une rencontre « intéressante », il n’y a pas, selon les médias français, d’amélioration notable entre Paris et Ankara. « La Turquie bloque tout », dit une source diplomatique à RFI. Son objectif : obtenir une définition du terrorisme qui inclut les alliés kurdes dans la lutte contre l’EI.

Reprenant les déclarations du président français, qui avait jugé l’Otan en état de «mort cérébrale», Recep Tayyip Erdogan avait d’ailleurs déclaré le 29 novembre : « Je m’adresse depuis la Turquie au président français Emmanuel Macron, et je le redirai à l’Otan. Fais d’abord examiner ta propre mort cérébrale ». Le Figaro rappelle que ces propos virulents interviennent après des critiques émises jeudi par Emmanuel Macron au sujet de l’offensive lancée le mois dernier par la Turquie en Syrie contre une milice kurde appuyée par les pays occidentaux. Pour l’éditorialiste Jean-Dominique Merchet, « on a affaire là à un concours d’égo. On a trois personnalités avec des caractères particuliers, trois disruptifs : Trump, Erdogan et Macron. C’est une nouvelle manière de faire de la politique internationale, et ce n’est pas bon signe ».

En amont du sommet, le chef d’Etat turc a par ailleurs prévenu qu’il avait l’intention de bloquer un plan de l’alliance militaire concernant les pays baltes et la Pologne tant que celle-ci ne reconnaîtra pas comme « terroriste » la milice kurde des YPG, combattue par Ankara en Syrie, comme le rappelle le média russe RT.

La « main tendue » de Poutine

A la veille du sommet, Vladimir Poutine a tendu la main à l’Otan. « Même si, a dit le président russe, l’Alliance atlantique se comporte de manière incorrecte, voire grossière avec la Russie, nous voulons coopérer sur des sujets comme le terrorisme international, les conflits armés ou la prolifération des armes de destruction massive. »

S’agit-il de formules diplomatiques ou d’une réelle volonté de rapprochement de la part de Moscou ? « Ce que souhaite Vladimir Poutine, c’est envoyer un signal de bonne volonté au moment de la célébration des 70 ans de l’organisation pour dire sa détermination à poursuivre ce qui a été relancé il y a quelques mois, c’est-à-dire le dialogue Otan-Russie », analyse le chercheur Cyrille Bret, professeur de géopolitique à Sciences Po, cité par RFI.

« C’est bien une tendance assez lourde de la période post-soviétique, de l’ère qui s’est ouverte en 1991 avec le démantèlement de l’URSS et du pacte de Varsovie. Cela ne m’étonne pas non plus du point de vue tactique dans la mesure où c’est une façon assez économique de s’attribuer le beau rôle, le rôle de celui qui veut discuter, de celui qui veut se coordonner. Et en négatif, de faire porter à l‘Otan un autre rôle, celui de l’organisation qui s’est étendue progressivement à l’Est, en plusieurs vagues : 1999 avec la Pologne, 2004 avec les Etats baltes ; et donc, de faire apparaître l’Otan comme agressive et la Russie comme prompte, elle, au dialogue », analyse Cyrille Bret.

N.B., avec RFI et médias

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