A qui profite réellement la crise diplomatique turco-européenne ?

A qui profite réellement la crise diplomatique turco-européenne ?

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Alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan envoie ses ministres partout sur le continent européen, afin de rassembler le plus de voix favorables à son projet d’élargir ses prérogatives, certaines nations européenne à l’instar des Pays-Bas et de l’Allemagne n’ont pas autorisé ses meetings politiques sur leur sol, considérant qu’elles perturbent l’ordre général de leurs pays.

En effet, Erdogan tente le tout pour le tout afin d’obtenir un « oui » lors du référendum qui aura lieu le 16 avril prochain. L’opposition qu’il rencontre en Europe et qui a dégénéré en véritable crise diplomatique turco-européenne, semble finalement profitable à plusieurs parties.
Pour Erdogan, c’est l’occasion où jamais de s’imposer davantage en Turquie comme le leader d’une forte nation musulmane que l’occident tente par tous les moyens de plier, sans jamais y parvenir. Complexé d’Ataturk, le père de la Turquie moderne, (qui a chassé entre-autre les grecs, les français, les anglais et les australiens du territoire turc après la déchéance de l’empire ottoman), Erdogan voudrait se forger un mythe autour de sa personne, mais d’une toute autre nature. Connaissant l’attachement patriotique de son peuple, il joue sur ce sentiment profond et bien enraciné afin d’attirer plus de partisans à sa cause, même parmi ceux qui s’opposent à sa politique. Montrer que la Turquie est en danger éminent ne pourrait en effet qu’inciter la population à se tourner vers son leader, un peu comme elle l’a toujours fait. Critiquer la démocratie « sélective » de l’occident, qui s’est attaqué à ses purges après le putsch de Juillet 2016, fait aussi parti des bienfaits de la crise.
C’est aussi pour lui l’occasion de remettre sur la table le volumineux dossier des refugiés, et de rappeler le rôle de son pays dans le blocage de plus de 2.5 millions de migrants, prêts à envahir l’Europe.
Ce fait à lui seul constitue une arme de pression inestimable pour l’obtention d’accords et de privilèges, en particulier dans la situation actuelle de l’EU, avec le Brexit déclenché, la France qui se démarque en accueillant les meetings pro-Erdogan, les élections législatives et présidentielles en France et aux Pays-Bas et la montée de l’extrême droite, eurosceptique, nationaliste et renfermée.
Cette dernière, de même, a tout intérêt à cultiver une haine grandissante envers les immigrés musulmans, qu’elle n’a pas cessé de diaboliser tout au long de sa campagne électorale. Seulement hier, le candidat souverainiste et eurosceptique Geert Wilders, a fait sensation en lançant (lors d’un houleux débat d’une trentaine de minutes) au PM néerlandais Mark Rutte «Vous êtes pris en otage par Erdogan. Vous devez fermer les frontières ».
Pour Marine Le Pen (amie de Wilders) et son Front National en France, c’est le moment propice de renforcer sa position et mettre en garde contre l’islamisation de son pays et le pouvoir menaçant des diasporas originaires de pays musulmans.
Pour Poutine et Trump, qui tentent progressivement de rapprocher leurs deux pays, la Russie et les Etats-Unis, toute crise, loin géographiquement de leurs territoires respectifs, ne peut qu’être profitable. En l’absence de soutien européen, la Turquie se tournera naturellement vers la Russie, avec laquelle elle a renoué. En comparaison avec certains marchés européens, le marché russe est nettement plus important pour la Turquie, qui veille toujours à ses intérêts économiques.
La Tunisie enfin, envahie depuis quelques années par la marchandise turque, devrait de même tirer quelques avantages économiques et politiques de cette crise diplomatique. Elle devrait veiller à favoriser l’exportation de ses produits vers de nouveaux pays européens, en désaccord avec la Turquie, renégocier l’affaire des réfugiés en meilleurs termes et reconsolider sa position en tant que seul pays arabe en véritable processus démocratique, et une porte entre l’Europe et l’Afrique.
N.B

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