Accorder à la langue tunisienne un vrai statut

Accorder à la langue tunisienne un vrai statut

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« Derja » est une association qui veut promouvoir la langue parlée tunisienne, le dialecte tunisien, comme elle a souvent été appelée. Elle se fixe plusieurs objectifs : codifier le parler tunisien, élaborer un manuel de la langue tunisienne et créer une bibliothèque d’ouvrages en tunisien. « Derja »se veut être un lieu de débat et un catalyseur d’idées.

Le tunisien est la langue maternelle réelle des tunisiens, plus que l’arabe classique, c’est la langue la plus usitée en Tunisie. C’est pourquoi elle mérite largement d’être promue et valorisée.

Dans cette perspective, « Derja » a organisé le 25 février 2017 un colloque auquel ont participé des figures de la littérature populaire comme Tahar Fazâa, le slameur Hatem Karoui, ou l’éditeur Moncef Chebbi, pour sensibiliser à la nécessité de trouver des voies dans le sens de la promotion et de la diffusion de la langue « derja », qui a ce paradoxe d’être la langue la plus utilisée, mais la moins diffusée, et pratiquement non reconnue comme « langue » à part entière, n’existant pas par ailleurs sous forme de support de connaissances et d’informations.

En effet, peu de livres, d’articles et autres documents sont édités dans cette langue, même si dans les programmes radiophoniques et télévisés, le tunisien transparaît et prend parfois le dessus sur une langue plus soutenue qui reste quand même la prérogative des bulletins d’informations ou des émissions culturelles.

En outre, le tunisien n’est pas codifié : il n’y a pas, comme pour l’arabe et le français, une orthographe, une grammaire ou encore une conjugaison sur lesquelles un consensus est établi.

Toutefois, des projets foisonnent dans le sens de la promotion de la « derja » depuis quelques années, divers projets littéraires ou artistiques, par exemple l’écrivain Hager Ben Ammar a édité des contes traditionnels pour enfants comme « Ommi Sissi » et « MaâzaMaâzouzya » en « arabe tunisien », qui ont connu un franc succès commercial et même à un niveau culturel et éducatif.

L’enjeu est hautement intéressant : la «Derja» est la langue dans laquelle se reconnaissent les Tunisiens. Un des socles de leur identité. Mais, aussi dans laquelle ils peuvent s’exprimer facilement.

La tâche qui consiste à codifier le tunisien n’est pas du tout aisée, dira l’homme de théâtre Raja Farhat, qui a mis en exergue l’énormité du travail qui attend l’association. Celle-ci entend en effet élaborer un manuel de la langue tunisienne et créer une bibliothèque d’ouvrages en tunisien.

Lors de cette rencontre, des intervenants ont rappelé des expériences similaires. HanaSendi, chercheure, a évoqué le cas du maltais devenu, en 1934, langue officielle de ce pays insulaire, situé en Méditerranée, entre l’Europe et le Maghreb (à juste 400 kilomètres de la Tunisie). Le maltais présente quelques similitudes avec l’arabe tunisien « derja » par sa richesse, les diverses langues et langages qui l’ont traversé à travers les âges, le lexique qui a emprunté à l’arabe, au latin, au sicilien, comme le tunisien à l’amazighe, à l’arabe, au latin, à l’italien, au français, au turc, etc.

«Aujourd’hui, dans un contexte de transition démocratique, notre langue maternelle est plus qu’essentielle à une cohésion sociale et culturelle de par ses origines enfouies dans la mémoire collective populaire des Tunisiennes et des Tunisiens.», tel est le message de l’association « Derja »

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