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Affaire du limogeage du directeur régional de l’hôpital de Jendouba : de quoi souffre la santé publique ?

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Lundi le 20 février 2017, Samira Marai a annoncé au cours de son audition par une commission parlementaire sa décision de limoger le directeur de l’hôpital régional de Jendouba.
En effet, la ministre a expliqué son choix par l’incompétence voire l’irresponsabilité dont le directeur actuel a fait preuve concernant la direction de l’hôpital. Dans ce contexte, elle a qualifié la gestion de « catastrophique » en énumérant les nombreuses failles qu’elle a constaté à l’instar d’un état de délabrement général inconcevable et une mauvaise organisation des services au sein de l’établissement.
Par ailleurs, Marai a exprimé son sentiment de révolte tout particulièrement concernant la gestion de l’espace. Elle a expliqué que l’hôpital réserve 1000m² au service des urgences en négligeant l’accueil. Résultat, il n’y a pas assez de places pour accueillir les patients qui se retrouvent entassés à l’entrée, dans un spectacle de désordre entier. Suite à cette « découverte » une équipe de spécialistes a été chargé par la ministre d’assurer le contrôle et le suivi au sein de l’hôpital une fois par semaine.
Ce n’est plus un secret que le secteur médical public se trouve dans un état de crise. Récemment, à l’hôpital Ibn Jazzar à Kairouan, un ambulancier est décédé suite à une crise cardiaque parce que le seul cardiologue de service était visiblement occupé, et que le service de réanimation « était en cours de construction » selon les propos de la déléguée en charge de l’enquête. Nous avons pu en apprendre sur cette histoire car les employés de l’hôpital spécialisés en paramédical ont exprimé ouvertement leur mécontentement suite au décès de leur camarade ambulancier. Mais dans ce cas, combien de morts sont-elles passées sous silence ?
Pour faire face à la crise, la ministre actuelle Samira Marai semble suivre le même schéma que celui de l’ex ministre Saïd Aidi. Le 13 juillet 2015, ce dernier a limogé le directeur régional de la santé de Sfax, le directeur général de l’hôpital universitaire Hedi Chaker, le directeur général de l’hôpital universitaire Habib Bourguiba ainsi que les responsables de la sécurité et de l’hygiène au sein des deux établissements hospitaliers. Rappelons-le, ce limogeage en masse n’est pas sans lien avec l’attentat de Sousse qui s’est produit le 25 juin 2015.
Le directeur limogé avait alors refusé d’envoyer les ambulances de Sfax pour transporter les corps des victimes, craignant de rester avec un nombre réduit d’ambulances et se trouver dans l’incapacité de secourir les habitants de sa ville. Il était clair, il a fait son choix, les vivants avant les morts. Sa décision a exaspéré Aidi qui voulait faire bonne impression suite à l’attentat dramatique.
Sans évoquer les affaires liées à la corruption ou encore aux fautes médicales flagrantes, la situation de la santé publique en Tunisie est d’abord victime d’un manque de moyens et de financement, d’une surcharge de travail et d’équipes médicales réduites. Si le privé absorbe déjà un bon nombre de nos compétences, l’occident s’occupe du reste, à savoir attirer les futures générations de médecins par la qualité de vie à l’étranger, le salaire et surtout la possibilité d’évoluer, faire de la recherche et se développer dans un environnement qui valorise les qualifications. Jusqu’au là, on évite de mener une étude exhaustive sur le malaise du secteur, et en absence de diagnostic, aucun traitement n’est valable. Alors, un limogeage ou deux ne réglera jamais le problème.

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