Afrique francophone
La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président sénégalais, Macky Sall, lors du forum Compact with Africa, à Berlin, le 30 octobre 2018. Tobias Schwarz, AFP.

Afrique francophone : « L’Allemagne profite des erreurs passées de la France sur le continent »

L’Allemagne continue de renforcer son influence en Afrique. Dans les pays francophones, elle jouit, selon une récente étude, d’une excellente image auprès des élites et des leaders d’opinion africains, au détriment de… la France, allié historique du continent mais dont les méthodes déplaisent. Explications avec un spécialiste des problématiques africaines exposées par France 24.

« La France perd de son influence en Afrique francophone, tandis que l’Allemagne en gagne. Selon le nouveau baromètre du Conseil français des investisseurs en Afrique (Cian), publié le 7 février, le pays d’Angela Merkel bénéficie de la meilleure image auprès des leaders d’opinion d’Afrique francophone : sur 1244 d’entre eux interrogés, 45 % ont cité l’Allemagne. La France ne vient qu’en 5e position, avec 21 % d’opinions favorables, et se classe derrière, dans l’ordre, la Chine, les Etats-Unis et le Japon », explique le média français qui a interrogé Edgard Kpatindé, spécialiste en intelligence économique et des échanges économiques en Afrique de l’Ouest et centrale.

« Usure » dans les relations franco-africaines

Comment expliquer que la France, partenaire historique d’une partie importante du continent africain, ne se classe qu’au cinquième rang ? « La France souffre d’énormément de choses. Il y a l’usure dans les relations franco-africaines. Il n’y a plus le génie qui caractérisait l’esprit français. Les idées ne se renouvellent plus. Lorsque vous êtes persuadé que telle partie du globe vous appartient, vous ne faites plus aucun effort pour vous adapter aux dynamismes des sociétés. La France oublie que les sociétés africaines sont dynamiques, qu’elles bougent. La vision française est restée statique. Mais les grandes entreprises françaises sont toujours présentes sur le continent », explique M. Kpatindé dans son interview à France 24.

L’Allemagne n’est pas dans le « paternalisme »

Evoquant la crise migratoire « qui inquiète » et dont la gestion par l’Allemagne a été critiquée au niveau européen, le spécialiste fait observer que ce pays poursuit « une nouvelle forme de coopération qui pourra maintenir les jeunes candidats au départ chez eux ». Pour lui, il y a aussi « une préoccupation liée au sentiment antifrançais qui se développe sur les réseaux sociaux, et même chez certaines élites africaines ». « Cela créé un environnement hostile à tout ce que la France entreprend. L’Allemagne en est bien consciente aussi », dit-il.

Selon l’expert, c’est l’Allemagne qui rassure. « Elle est très rationnelle et n’est pas dans le paternalisme. L’Allemagne profite des erreurs que les Français ont commises et adapte sa coopération avec les pays africains. Les Allemands ont l’organisation et la méthode de travail. »

A la question de savoir si la France ne pâtit pas aussi de l’image qu’elle reflète auprès des nouvelles générations africaines, surtout en raison des grandes polémiques actuelles sur le franc CFA, Edgard Kpatindé répond que le mouvement antifrançais, qui a commencé il y a une dizaine d’années, remet en effet en cause les fondamentaux des relations franco-africaines, et la question monétaire en fait partie.

« Mais pour ma part, je pense que les choses sont plus compliquées que cela. Je ne pense pas que ceux qui se soulèvent contre le franc CFA aient pris la peine d’étudier réellement quels seront les impacts si nous mettions fin à cela du jour au lendemain », tempère-t-il. « On peut démarrer un processus qui aboutisse un jour. Mais lorsque je vois des pays qui sont incapables de gérer leur budget et qui tendent la main pour demander des aides budgétaires d’urgence à la France ou ailleurs, je les vois mal gérer un nouveau franc, quel que soit le nom qu’on lui donnera et quelles que soient les conditions dans lesquelles cette nouvelle monnaie verra le jour. »

Une méthode de travail inefficace

Pourtant, fait remarquer France 24, le président Emmanuel Macron a pris l’initiative de rompre avec les relations « sulfureuses » de la Françafrique, en mettant notamment en place il y a plus d’un an le Conseil présidentiel pour l’Afrique, jugé toutefois incompris, pour impulser une diplomatie économique « plus vertueuse ». Mais pour l’expert, « cela ne marche pas pour le moment ». Car la France « a des ambassadeurs dans tous les pays africains. Est-ce que le Conseil présidentiel pour l’Afrique se substitue aux remontées d’informations des ambassades ? On ne perçoit pas vraiment leur rôle. La méthode de travail, la France ne l’a plus sur le continent et cela favorise l’émergence d’autres puissances, comme l’Allemagne ».

N.B.

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