Aïch Tounsi, le mouvement qui a émergé dans un vide politique

Des punching-balls pour « tabasser » la corruption, des clowns mettant un « carton jaune » au système : sur les places publiques tunisiennes, un groupe fait campagne pour les législatives en se présentant avec ce slogan : « On n’est pas un parti ! ». Ces « indépendants » du système, regroupés sous le nom « Aïch Tounsi », veulent convaincre des citoyens exaspérés par les blocages qu’a connus le pays en raison de la fragmentation de la classe politique.

Cette organisation de formation récente est issue de la société civile. Ses membres ont fait du mécénat sportif et culturel avant de se convertir en mouvement politique. Ils misent maintenant sur l’obtention de places à l’Assemblée nationale au terme des prochaines élections législatives qui auront lieu ce dimanche. L’AFP relève que si la publication des sondages est interdite, des études circulant en privé placent Aïch Tounsi parmi les 5 ou 6 principaux groupes parlementaires.

Une démarche « dans l’air du temps »

« Nous sommes différents des partis politiques classiques, nous renoncerons à l’immunité et à tous les privilèges parlementaires », a dit à l’AFP la tête de liste pour la circonscription tunisoise de l’Ariana, l’avocat et militant des droits humains Ghazi Mrabet. Face à un commerçant peu convaincu, Ghazi Mrabet tente de rassurer : « Nous [n’avons] participé à aucun gouvernement. » Blasé, l’épicier trentenaire répond qu’il aurait préféré que Aïch Tounsi poursuive sur la voie de la défense les droits de Tunisiens en tant que mouvement associatif, plutôt que de participer aux élections et devenir « comme les autres ».

L’AFP estime que cette démarche qui se drape du manteau de l’indépendance est « dans l’air du temps ». Car à l’issue du premier tour de la présidentielle, les candidats des partis traditionnels ont été « balayés au profit de deux candidats ayant fait campagne contre le système ». Une dynamique qui risque de se poursuive aux prochaines législatives, les listes indépendantes étant les plus à même d’incarner un certain renouveau.

Des mouvements qui ont profité du vide politique

Aïch Tounsi est un mouvement créé en avril 2018 par Olfa Terras, une entrepreneuse qui a eu recours à plusieurs types de mécénat en s’appuyant sur les fonds de la fondation Rambourg, fondée avec son mari. Cette fondation a financé films, tournois sportifs, et lieux culturels en Tunisie. Mme Terras est l’épouse d’un ex cadre français de la finance, Guillaume Rambourg, dont le nom est cité dans des médias français comme ayant été l’un des soutiens financiers du candidat et futur président Emmanuel Macron.

Pour élaborer sa « feuille de route », le mouvement dit s’être appuyé sur une « consultation nationale » de 415 000 Tunisiens contactés par téléphone. Aïch Tounsi promet de lutter notamment contre les cambriolages et la corruption, mais aussi de garantir l’égalité des chances et de défendre les produits « made in Tunisia ».

Dans un entretien à l’AFP, le politologue Slaheddine Jourchi souligne les « moyens financiers importants qui ont permis à ce mouvement d’organiser des événements culturels ayant drainé beaucoup de jeunes, et attiré l’attention des médias ». Middle East Eye souligne pour sa part que ce mouvement « touche une catégorie de Tunisiens déçus par l’incapacité de la nouvelle classe dirigeante » à insuffler au pays un renouveau économique et social.

Mais l’ascension de ce mouvement n’est pas sans précédent en Tunisie : le parti de Nabil Karoui, Qalb Tounes, a lui aussi sillonné le pays et mené des actions caritatives en se présentant comme un mouvement différent des autres partis classiques, et plus soucieux d’améliorer les conditions de vie des Tunisiens. Pour M. Jourchi, ces mouvements « ont profité du vide politique créé par la classe au pouvoir », ce qui leur a permis de « convaincre de nombreux Tunisiens ».

N.B., avec AFP

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