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Al-Jazeera dévoile les résultats de recherches menées par son centre d’études sur le paysage médiatique tunisien, turc et marocain

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Récemment, Al-Jazeera a dévoilé les résultats d’une étude sur le paysage médiatique tunisien, turc et marocain, dirigée par Salah EddinElzein, directeur du Centre d’études Al Jazeera et Roxane Farmanfarmaian, conférencière à l’Université de Cambridge et directrice du Centre d’études des relations internationales de la région du MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Près de 25 chercheurs ont travaillé sur ce projet.

Cette étude exhaustive s’inscrit principalement dans le contexte particulier de l’émergence des nouvelles technologies et des médias alternatifs, après les changements importants dans la région et la perte de confiance dans les médias traditionnels, qui étaient longtemps incapables de répondre aux besoins du grand public et révéler la vérité. Trois questions fondamentales ont été le fil conducteur de la recherche, elles sont : Les médias ont-ils beaucoup changé en six ans (depuis la révolution tunisienne)? Les femmes ont-elles un rôle plus important? Et existe-t-il une plus grande liberté de presse?

Les chercheurs ont travaillé durant les quatre dernières années sur ce projet, à partir de 2013, en se basant sur des normes » scientifiques » pour analyser le paysage médiatique. Ils ont révélé que de manière générale, « il y a eu une explosion des médias sociaux à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord après 2011, ce qui était clairement l’expression du désir de protestation sociale et de changement politique». Cela a alerté les gouvernements sur « la façon de contrôler et de réduire la gamme des militants des médias sociaux».

 » En Tunisie, le résultat a été une réussite évidente ». Au Maroc et en Turquie, » la répression n’a fait qu’augmenter ». Cela n’a pourtant pas empêché l’émergence de toute une génération de jeunes activistes qui ont utilisé internet pour couvrir, commenter et analyser l’actualité dans les trois pays.
« Nous sommes la génération d’Internet. Nous savons comment cela fonctionne et nous savons comment cela fonctionne pour nous », a déclaré un journaliste indépendant tunisien.

La présence féminine s’est renforcée en Tunisie dans les médias, tout particulièrement avec les talk-shows qui étaient jusqu’au là contrôlés par le régime. Les femmes islamistes ont commencé à prendre la parole qui leur était jusque là interdite. Un vrai débat est en cours sur le mouvement féminin et sa direction, « identique à celui des femmes occidentales qui se sont prononcées sur des règles et libertés définies à l’échelle internationale ».

Au Maroc le débat est » plus modéré » et en Turquie « plus superficiel, intégrant les récits de la «Nouvelle Turquie» dans l’expression publique ». Certains talk-shows à l’instar du turc SedaSayan, oppose intentionnellement des personnes extrêmement religieuses et traditionnelles à d’autres avec des valeurs occidentales, ce qui attire davantage le public.
Concernant la Tunisie, et sa liberté de presse dont beaucoup de pays ont fait l’éloge, l’amélioration est évidente. Le journalisme d’investigation a proliféré…. les limites de la liberté « proviennent principalement de la rue ».

Pour les perspectives du paysage médiatique dans les trois pays étudiés, et l’avenir possible de la liberté d’expression dans 10 ans, Farmanfarmaian a estimé que « si la Tunisie continue sur la bonne voie, ce sera l’environnement le plus libre pour l’expression politique dans toute la région… ».

Selon les études sur terrain, les tunisiens ont assuré que « le gain le plus important de la révolution était la liberté d’expression ». Par ailleurs, il est impératif de « développer une tradition de bonnes pratiques médiatiques pour assurer la continuité de la liberté des médias ». Pour cela, « il faut construire une tradition de rapports solides, un bon journalisme d’investigation et des tribunaux qui protégeront les journalistes ».

Au Maroc, « Il n’y a tout simplement pas une gamme de médias qui fonctionnent comme une forme de conscience publique »… « En Turquie, c’est plus radical. Jusqu’à ce que la situation s’améliore en termes de sécurité, il est peu probable que la situation des médias s’ouvre de manière significative »…. En Egypte… « Les médias sont de plus en plus à risque d’être un outil de relations publiques pour les fonctionnaires et les dirigeants d’entreprises ».

L’étude révèle dans l’ensemble que le seul pays en mesure d’aspirer à une liberté d’expression réelle et un paysage médiatique évolutif, capable de répondre aux attentes du public large et d’aborder les véritables préoccupations de la population, est la Tunisie. La jeune démocratie semble la seule décidée à ne pas sacrifier son acquis le plus cher : la liberté d’expression. Et comme l’a dit un jour Benjamin Franklin, le peuple qui sacrifie sa liberté pour sa sécurité, ne mérite ni l’un ni l’autre.

N.B

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