Amine Lamine : « Les start-ups tunisiennes doivent planifier et bien se préparer pour innover davantage »

Installé chez l’incubateur d’idées Afkar aux Berges du Lac, Amine Lamine, designer, se présente comme un explorateur créatif. A 37 ans, il a déjà accompli un long parcours dans le milieu de la création de projets et la promotion de la créativité, que ce soit dans le domaine digital, culturel, artistique ou encore managérial. Il y a sept mois, il a quitté le monde de l’entreprise pour créer son propre studio créatif, et est actuellement « creative in residence » pour le compte d’Afkar, incubateur de porteurs de projets innovants, où il coache les entrepreneurs en même temps qu’il est lui-même « entrepreneur » dans le cadre de son projet Chaba7 Notebook, actuellement en phase de lancement. Sa principale motivation ? Encourager les jeunes à ancrer leurs projets dans la réflexion et la planification minutieuse, mais tout en laissant toute sa place à la spontanéité des idées, vecteur d’innovation important. Interview.

Le Diplomate Tunisien : Peux-tu nous parler de ton actuel projet, Chaba7 Notebook ?

Amine Lamine : Ce projet sur lequel je travaille en ce moment, je voudrais en faire un outil servant à accompagner les jeunes dans les parties créa et business de leurs projets de lancement de nouvelles applications innovantes. Concrètement, ce sont des livrets qui contiennent un ensemble de pages sur lesquelles il est possible de dessiner physiquement les premiers contours du design de l’application mobile que l’on souhaite un jour lancer. Chaque page doit être « scénarisée ». Dans un second temps, une application sera disponible pour scanner les dessins et en percevoir la version digitale interactive. La période de test, actuellement en cours, concerne essentiellement les applis, mais l’idée pourrait également plaire aux concepteurs de sites web, afin qu’ils axent davantage leur travail sur la réflexion créative.

L’idée de Chaba7 vient du constat que certains projets et idées innovantes ne voient jamais le jour en Tunisie, car les porteurs de projet n’investissent pas assez de temps et d’argent dans la phase de réflexion qui doit logiquement précéder le développement de l’application ou du site Web ! Ultérieurement, si j’ai des retours positifs, je développerai aussi une partie brainstorming, pour pousser les intéressés à réfléchir davantage sur l’avenir de leurs projets.

Ma manière de travailler, que ce soit en tant que consultant freelance ou au sein de l’incubateur Afkar, a toujours consisté, puisque je suis designer à la base, à offrir ce genre de supports aux gens qui se lancent. Il est en effet frustrant de constater qu’un tas d’idées innovantes ne prennent jamais forme. Les développeurs ne suffisent pas ! Les startuppeurs doivent d’abord mener des études, et se concentrer sur la partie design et réflexion. Celle-ci nécessite certes un investissement, mais c’est une étape fondamentale dont dépend l’avenir de tout projet.

D.T. : Tu travailles sur d’autres projets en ce moment ?

A.L. : A mon retour de France où j’ai étudié l’ingénierie des médias, notamment à l’école Ingemedia France, j’ai travaillé dans plusieurs boîtes de com’ avant de commencer à prendre moi-même certaines initiatives en freelance, en les finançant avec mon propre salaire. J’ai ainsi créé des afters créatifs qui se présentaient sous la forme de mini-conférences, au Plug d’abord puis à la Maison de l’Image. L’idée était d’inciter les participants à interagir et partager leurs expériences. C’était très cool. J’ai également été hébergé par l’espace de coworking Cogite en tant que représentant de la plateforme créative internationale Behance pour organiser les Behance Reviews.

Je compte bientôt organiser des workshops dans la même veine, c’est-à-dire des événements visant à fournir des sessions de formation à des jeunes startuppeurs en vue de les familiariser avec les pratiques qui doivent accompagner le lancement de tout projet, qu’il soit managérial ou typiquement créatif. Ces workshops seront accueillis par Afkar, et la formation débutera prochainement.

D.T. : Que penses-tu de l’écosystème des startuppeurs en Tunisie ?

A.L. : Certains réussissent, mais beaucoup ne sont pas visibles ou ne se montrent pas. Il est bien évident que l’égalité des chances n’existe pas, mais je pense qu’il faut se battre pour accéder au système, mettre en avant ses idées et les défendre, il faut bouger ! Le but c’est justement ça, se donner les moyens d’y arriver. Lorsque j’animais Graphik Island, un site d’information culturel et digital, j’ai réussi à obtenir une interview avec Zep, dessinateur de Titeuf, uniquement en lui envoyant un message aussi spontané qu’amateur ! Au fond, les carnets d’adresses sont certes utiles, mais la foi dans ce que l’on fait et l’audace de partir à la conquête de partenaires, de marchés, de fonds, etc., sont les meilleures alliées pour réussir dans ce milieu. D’autant qu’en Tunisie, les startups devraient davantage se focaliser sur l’innovation. A l’heure actuelle, elles ne font que répondre à des besoins identifiés, en copiant souvent des modèles de startups étrangères, mais sans apporter de réelle innovation. Je suis un grand lecteur de Simon Sinek. Ce conférencier britannique que tous les managers devraient lire et écouter, a toujours le mot juste pour expliquer ce qu’est le management intelligent, comment changer le mindset des leaders et des entreprises. Le milieu des affaires, anglo-saxon surtout, a bien intégré l’idée qu’un manager n’est pas « celui qui donne des ordres » mais qu’il devrait bien plutôt être un accompagnateur qui booste ses équipes.

A mon échelle, en tant qu’explorateur créatif, j’essaie surtout de challenger les créateurs, de dynamiser leur réflexion créative et de conseiller aux jeunes de bien réfléchir aux possibilités de développement et à la finalité de leurs projets, bien avant de se lancer.

Propos recueillis par N.B.

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