Angelina Jolie
Angelina Jolie lors de sa rencontre avec Jorina, une Rohingya âgée de 18 ans, qui est orpheline. Elle a fui le Myanmar, il y a quelques semaines, pour se rendre dans le camp de réfugiés de Kutupalong, au Bangladesh. © HCR / Santiago Escobar-Jaramillo.

Angelina Jolie exhorte à mettre fin aux injustices qui ont forcé un million de Rohingyas à s’exiler au Bangladesh

Lors d’une visite qu’elle a effectuée dans le plus grand camp de réfugiés au monde, l’envoyée spéciale du HCR, la célèbre actrice Angelina Jolie, a entendu des témoignages de réfugiés rohingyas et a plaidé pour un meilleur accès à l’éducation pour les enfants rohingyas, rapportait le 9 février le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Elle a entendu, cette semaine, les récits de réfugiés rohingyas ayant enduré plusieurs années de persécutions et de discriminations en Birmanie, et qui ont survécu à un périple désespéré pour fuir leur pays.

Dans une déclaration, prononcée mardi dans le camp de réfugiés de Kutupalong, Angelina Jolie a ainsi exprimé sa reconnaissance envers le Bangladesh : « Ici, au Bangladesh, les réfugiés rohingyas sont reconnus et le gouvernement et le HCR leur fournissent des documents et une preuve d’identité – dans certains cas, pour la première fois de leur vie. »

Il s’agit de la 64e mission qu’Angelina Jolie effectue depuis 2001 pour le compte du HCR. L’actrice et activiste a déjà rencontré des Rohingyas déplacés en Birmanie en 2015, et en Inde, en 2006. Plusieurs décennies de persécutions ont poussé près d’un million de Rohingyas à fuir leur foyer en Birmanie pour aller se réfugier au Bangladesh.

Des camps surpeuplés

Angelina Jolie a rencontré des enfants rohingyas dans un centre d’enseignement à deux étages, « construit en bambou au milieu des collines densément peuplées du camp de réfugiés de Kutupalong. Depuis le dernier afflux de population, qui a débuté en août 2017, la capacité du camp frôle les 620 000 personnes, soit bien plus que tout autre camp de réfugiés dans le monde. La plupart des enfants présents n’avaient jamais mis les pieds dans une salle de classe avant d’arriver au Bangladesh », indique le HCR. Leurs parents ont expliqué à l’envoyée spéciale que l’éducation était souvent hors de portée pour la plupart des Rohingyas. En effet, soit il fallait payer une taxe pour être éduqués, soit ils étaient exclus ou découragés par des menaces physiques, poursuit le HCR.

Et même cet espace aménagé, qui fait office de centre d’apprentissage après avoir été construit sur deux étages pour exploiter au maximum la capacité de l’espace restreint du camp, n’offre pas l’éducation dont ces enfants ont besoin, c’est-à-dire un programme d’enseignement qui mène à des qualifications reconnues et qui leur permettront d’envisager l’avenir en rendant possible la reconstruction de leurs communautés en Birmanie. « Le HCR s’emploie à élargir l’accès à l’éducation et à améliorer la qualité du matériel scolaire et des enseignements dans le camp », explique l’agence onusienne.

Des femmes meurtries par des expériences traumatisantes

Angelina Jolie a démarré cette mission lundi, en se rendant à Chakmarkul, un camp beaucoup plus petit, qui peut accueillir environ 12 000 réfugiés. Dans un centre communautaire, elle s’est entretenue avec un groupe de femmes réfugiées ayant survécu à des actes de violence sexuelle inouïe, notamment des viols collectifs. « Quand nous sommes ensemble, nous parlons de notre douleur », a expliqué l’une d’elles. « Nous partageons nos pensées et nous essayons de nous réconforter, de prendre soin de chacune d’entre nous. Mais la nuit, la douleur revient et nous sommes terrorisées. C’est une immense douleur, qui nous hante constamment. »

Non reconnaissance de citoyenneté : autre source de souffrance

Mais la violence subie par ces femmes, qui ont grandement besoin d’un soutien psychosocial, n’est pas leur seule source de souffrance. La non-reconnaissance de leur citoyenneté produit immanquablement un traumatisme et une crise identitaire. Interrogée au sujet d’un éventuel retour chez elle, une femme a ainsi déclaré à Angelina Jolie : « Plutôt me faire tirer dessus, ici et maintenant, que de rentrer sans pouvoir exercer mes droits. »

Angelina Jolie a également rencontré huit jeunes frères et sœurs, âgés de 3 à 22 ans, en plein deuil de leur père, décédé suite à un accident vasculaire cérébral trois jours plus tôt. Leur mère, ont-ils dit, a de son côté été emprisonnée en Birmanie il y a plus d’un an et, depuis, et ils sont encore aujourd’hui sans nouvelle d’elle. « Sans mes parents, c’est très difficile pour moi d’aider mes frères et mes sœurs parce que je suis encore très jeune aussi », a expliqué l’aîné, Mujibur, qui est à présent chef du foyer. Sa femme et lui avaient déjà beaucoup à faire pour élever leur propre bébé en exil et, maintenant, ils doivent s’occuper d’une famille de 10 personnes.

Enfin, à Kutupalong, Angelina Jolie s’est rendue dans un centre d’enregistrement géré conjointement par le gouvernement du Bangladesh et le HCR, dans lequel des cartes d’identité biométriques sont délivrées aux réfugiés rohingyas. Pour ces personnes apatrides, il s’agit de la plus importante forme de reconnaissance de leur identité : un document qui les appelle par leur nom, qui leur garantit le droit de vivre en toute sécurité au Bangladesh, qui renforce leur protection et leur besoin d’assistance et qui affirme leur droit de rentrer chez elles, de leur plein gré, lorsque les conditions le permettront.

Une « honte pour nous tous »

Aux réfugiés installés dans le camp, l’envoyée spéciale a confié : « Vous avez parfaitement le droit de ne pas être apatrides, et la manière dont vous avez été traités est une honte pour nous tous. »

N.B.

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