Antonio Guterres rend hommage à Kofi Annan, « la voix des sans voix »

L’actuel Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a déposé une couronne de fleurs et prononcé un discours au cours d’une cérémonie organisée mercredi matin au siège des Nations unies à New York en l’honneur de Kofi Annan, décédé à Berne samedi 18 août à l’âge de 80 ans.

Accompagné d’employés des Nations Unies et de représentants de missions diplomatiques, qui se sont rassemblés mercredi au siège de l’Organisation à New York, l’actuel Secrétaire général a rendu hommage M. Annan. Dans le hall du bâtiment de l’Assemblée générale, M. Guterres a signé le livre de condoléances ouvert en hommage à Kofi Annan avant de se recueillir devant le portrait de son prédécesseur.

L’actuel chef de l’ONU était notamment accompagné de l’ambassadrice Martha Ama Akyaa Pobee, représentante permanente du Ghana auprès des Nations unies, qui s’est également inclinée devant la photographie de son compatriote. Dans un discours, M. Guterres, qui fut nommé en 2005 Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés par M. Annan, a salué la mémoire de son prédécesseur, « l’un des meilleurs d’entre nous, un homme qui a incarné les valeurs des Nations unies et qui nous a rendu fiers d’être ses collègues ».

Le Secrétaire général a rappelé que les années du mandat du septième Secrétaire général (1997-2006) ont été déterminantes dans la trajectoire de l’Organisation mondiale. « Il a mis en avant de nouvelles idées. […] Il a parlé avec passion de notre mission et de notre rôle. Il a créé un sens renouvelé du possible, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de notre organisation, de ce que l’ONU pourrait faire et pourrait être pour les peuples du monde », a-t-il dit.

« Kofi Annan était les Nations unies »

Premier Secrétaire général issu des rangs des fonctionnaires de l’ONU, Kofi Annan fut également le premier chef de l’ONU originaire d’Afrique subsaharienne. Ayant débuté sa carrière onusienne en 1962, il a notamment été fonctionnaire d’administration et du budget auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et en poste au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à Genève et à la Commission économique pour l’Afrique (CEA) à Addis Abeba. Il a également dirigé le Département des opérations de maintien de la paix à New York, un mandat qui a connu deux épisodes tragiquement historiques : le génocide rwandais et la guerre en Bosnie. « En raison de sa carrière longue et variée dans différents bureaux et départements, il semblait parfois que Kofi connaissait tout le monde personnellement. Mais même les membres du personnel qui ne l’ont jamais rencontré ont ressenti un lien avec Kofi, car il était l’un des nôtres. Comme je l’ai dit samedi à bien des égards, Kofi Annan était les Nations unies », a déclaré M. Guterres pendant son allocution. Affirmant que les traits les plus marquants de la personnalité de son prédécesseur étaient son humanité et sa solidarité avec les personnes dans le besoin, M. Guterres a expliqué que Kofi Annan « a placé les personnes au centre du travail de l’ONU et a réussi à transformer la compassion en action à travers le système des Nations unies. […] Nous récoltons encore les fruits du Sommet du millénaire, où il a rassemblé le monde pour définir les premiers objectifs mondiaux en matière de pauvreté et de mortalité infantile. » « Sa réponse à l’épidémie du sida a réuni les gouvernements, les organisations non gouvernementales et l’industrie des soins de santé et a sans aucun doute sauvé de nombreuses vies. » Kofi Annan avait en effet joué un rôle central dans la mise en place du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et l’établissement d’un cadre visant à atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Adoptés en 2000, ces objectifs énumérés dans la Déclaration du millénaire de l’ONU visaient la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim, la lutte contre la mortalité infantile et le sida et l’accès à l’éducation  primaire partout dans le monde.

« Kofi Annan ne s’est pas dérobé face aux erreurs commises par l’ONU »

Selon M. Guterres, M. Annan n’a pas manqué de traiter sérieusement la question des graves erreurs commises par les Nations unies dans les années 1990 dans l’ensemble des réponses apportées au génocide au Rwanda et aux meurtres de Srebrenica, faisant la lumière au sein de l’organisation. « Les rapports qu’il avait commandés visaient à éviter que de telles erreurs terribles ne se reproduisent et à amener la communauté internationale sur une nouvelle voie dans sa réponse aux atrocités de masse », a dit M. Guterres.

Humilité, bonne humeur, courtoisie, charme naturel

« Véritable voix des sans-voix », M. Annan a œuvré sans relâche à la protection des plus vulnérables, a affirmé le Secrétaire général. « Il se tenait debout sans antagoniser les autres ; son humilité, sa bonne humeur, sa courtoisie et son charme allaient de pair avec une grande sagesse et une grande force ».

M. Guterres a indiqué que la meilleure façon d’honorer le bilan de son prédécesseur serait de se souvenir des paroles qu’il a prononcées en 2001 lorsqu’il a reçu avec l’ONU le prix Nobel de la paix : il s’agit d’œuvrer à « assurer une amélioration réelle et durable de la vie des hommes et des femmes », car c’est « la mesure de tout ce que nous faisons aux Nations unies ». En acceptant cette distinction, l’ancien Secrétaire général, qui s’est vu décerné le prix pour avoir « revitalisé les Nations unies », avait également déclaré qu’il avait essayé de « placer l’être humain au centre de tout ».

« En ces temps de divisions politiques croissantes et de conflits insolubles, nous avons plus que jamais besoin de l’esprit de construction et de paix de Kofi Annan », a conclu le chef de l’ONU.

Le Ghana en deuil

Le Ghana, sa patrie d’origine, a décrété un deuil national d’une semaine à compter du lundi 20 août 2018 pour rendre hommage au diplomate ghanéen dont l’action au sein du système onusien a pour grande partie été influencée par l’impératif de la résolution des crises africaines. « Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par sa conduite et son comportement dans le monde », a déclaré le président ghanéen Nana Akufo-Addo.

Au Ghana, le choc ressenti suite à l’annonce de sa disparition est immense. Les drapeaux sont en berne sur l’ensemble du territoire et dans toutes les représentations diplomatiques du pays depuis le 20 août 2018. Le président du Ghana a confié à l’agence américaine AP que Kofi Annan y retournait environ trois fois par an et se rendait disponible chaque fois qu’il était sollicité. « Kofi Annan était un fils du Ghana et ressentait une responsabilité particulière envers l’Afrique. Il était très engagé dans le développement de l’Afrique et profondément impliqué dans de nombreuses initiatives, notamment à travers la présidence de l’Africa Progress Panel et son leadership au sein de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) », souligne de son côté le communiqué de la Fondation qu’il présidait.

L’intérêt accru porté par Kofi Annan pour les besoins des populations africaines ne l’a toutefois pas empêché d’être particulièrement critique envers les dirigeants africains. En 2017, sur les réseaux sociaux, il n’a pas hésité à se montrer sévère à l’endroit des responsables africains, les accusant de brader aux multinationales les ressources de leur pays au détriment de l’amélioration des conditions de vie et de la sécurité alimentaire de leurs concitoyens.

Avec ONU Info

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