Après le pèlerinage de la Ghriba, les juifs tunisiens s’expriment

Après le pèlerinage de la Ghriba, les juifs tunisiens s’expriment

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Du 12 au 15 mai 2017, a eu lieu le pèlerinage de la Ghriba, qui a retrouvé cette année ses couleurs avec l’arrivée de 2.500 pèlerins juifs venus du monde entier. Le renforcement de la sécurité dans l’île, la présence du Chef du Gouvernement Youssef Chahed et d’autres personnalités tunisiennes et étrangères, ainsi que la publicité faite entre-autres par René Trabelsi autour de l’évènement, ont contribué au succès du pèlerinage.

Selon l’OBS, Marc Knobel, historien et essayiste qui revient pour la deuxième fois, a commenté : «Ce pèlerinage opère une magie de toutes les formes et de regroupements des religions ». Monette, 54 ans, juive tunisienne installée à Paris, a ajouté : « Cette fête, c’est de la folie ! Je n’ai jamais vu une telle ferveur pour un tel endroit. C’est magique »

David, un juif tunisien bijoutier à Djerba, a assuré : « Nous sommes chez nous à Djerba ! Il n’y a aucune raison qu’on parte… Ici nous n’avons jamais été persécutés ! ». Gabriel Kabla, un autre juif tunisien a réaffirmé l’attachement des juifs tunisiens à l’île, à la Tunisie, et aux traditions culturelles et culinaires ainsi qu’au mode de vie commun, bien que les juifs de l’île soient souvent sollicités pour partir vers des destinations telles que la France. Sa sœur Annie s’est exclamée : « Outre le fait que j’y sois née, grandie, et vécu mes plus beaux moments, j’aime par-dessus tout cette île ».

Sonia, 23 ans, habitante de l’île, explique que les relations avec les voisins musulmans sont ordinaires, que tout le monde se respecte et qu’ils discutent comme tous les voisins. Toutefois, à l’évocation de la question palestinienne, Sonia répond simplement : « …ma patrie c’est la Tunisie. Moi, je suis Djerbienne et pas Palestinienne ».
Pendant le pèlerinage, ce sont aussi les traditions tunisiennes qui s’imposent : Musique, bougies allumées, l’hymne de la Tunisie chanté avec ferveur, danse et dégustation collective des spécialités purement tunisiennes telles que les bricks à l’œuf, l’ambiance est simplement pétillante.

Parmi les rites pratiqués, il y a celui du « vœu de l’œuf » comme on a coutume de l’appeler. Il consiste à inscrire le nom d’une jeune fille qui désire se marier sur un œuf dur et de le déposer dans la grotte à l’intérieur de la Synagogue de Djerba, la plus ancienne à l’extérieur des terres saintes. Par la suite, la fille concernée retourne pour le manger. La grotte fait l’objet d’une légende relative à une fille qui vivait en recluse dans la grotte. Elle a été élevée au rang de sainte quand elle a été épargnée miraculeusement par un grand incendie. Ce rite attire aussi les musulmanes, puisque certaines tunisiennes à l’instar de Amel, 40 ans, veuve bizertine venue en compagnie de sa fille, était présente cette année. Pour elle, c’est aussi une manière de soutenir la diversité et la paix entre tunisiens de confessions différentes.

Depuis l’attaque de 2002 revendiquée par Al-Qaïda et qui a fait 21 morts, il y a eu un sentiment d’insécurité et des appels des autorités israéliennes à ne pas se rendre à Djerba. Le flou qui a entouré l’attaque et la mauvaise communication des autorités tunisiennes sous Ben Ali y était pour beaucoup dans la propagation de la peur.

La révolution a attisé ce sentiment, notamment après les attaques de Bardo et de Sousse et la montée de l’extrémisme. Cependant, les habitants de Djerba en plus des juifs installés à Zarzis, ont assuré que le danger ne vient jamais des personnes qu’ils côtoient tous les jours. Un commerçant, Mikhaël, 45 ans, 4 enfants, a assuré : « Des salafistes travaillent dans la bijouterie, avec nous, depuis des années. On se connait trop bien et nous nous respectons. Les seuls qui nous menacent sont une poignée de salafistes djihadistes qui ne sont rien d’autre que des terroristes ».

Patrick, pèlerin qui vient pour la quatrième fois, a témoigné : « Tout s’est bien passé. La sécurité a été absolument irréprochable. On s’est senti rassuré, c’était chaleureux, tout ce qu’on attendait». Le sentiment de sécurité a été renforcé par la présence de la BAT « Brigande Antiterroriste », un hélicoptère qui a survolé le site et la présence de personnalités. Il y avait le Chef du gouvernement Youssef Chahed, le ministre de l’Intérieur Hédi Majdoud, la ministre du Tourisme Selma Elloumi Rekik, l’ambassadeur des Etats-Unis, l’imam de Drancy Hassen Chalghoumi, et l’ambassadeur de France, Olivier Poivre d’Arvor.

En marge du pèlerinage, le ministre tunisien de la Culture a présenté une demande officielle pour « l’inscription de l’île de Djerba au patrimoine mondial de l’Unesco, en s’appuyant notamment sur sa richesse religieuse ». Des experts de l’Unesco se sont déjà rendus sur l’île pour étudier la demande. Les juifs tunisiens sont chez-eux en Tunisie, ils font partie intégrante du paysage culturel du pays. Annie Kabla a indiqué que la gastronomie, la musique, les arts, l’éducation et le mode de vie sont les mêmes partagés par tous les tunisiens et que c’est ce qui fait de Djerba l’exemple parfait de la cohabitation entre juifs et musulmans, unis sous le même drapeau.

N.B

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