AFP/Ozan Kose

Assassinat de Khashoggi : un enregistrement prouve la préméditation

Treize minutes avant que ce journaliste saoudien assassiné n’entre dans le consulat, un proche du prince héritier et un médecin légiste discutaient de la méthode à déployer pour dépecer son corps.

Quelques minutes avant l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre dernier, dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul en Turquie, deux de ses meurtriers présumés s’interrogeaient sur la façon de démembrer son corps, selon un rapport de l’ONU publié mercredi. « Depuis la fin octobre, la justice turque affirme que l’éditorialiste saoudien devenu critique du roi a été étranglé puis démembré à l’intérieur du consulat, lors d’un rendez-vous pris quelques jours plus tôt pour obtenir les documents administratifs lui permettant d’épouser sa fiancée turque », indique le journal français Le Parisien.

Après avoir affirmé ne pas être responsable de la disparition mystérieuse de Khashoggi, et dénoncé une campagne de calomnie à son égard, l’Arabie saoudite a reconnu « un incident hideux », selon les mots du prince héritier Mohammed Ben Salmane, invoquant une bagarre qui aurait mal tourné.

« On va couper les articulations, ce n’est pas un problème »

De nombreux éléments contredisent cette version. Une experte de l’ONU, Agnès Callamard, a pu écouter les enregistrements réalisés clandestinement par la Turquie dans le consulat saoudien. Les extraits qu’elle cite dans son rapport sont sans équivoque quant à la préméditation de l’exécution, commandée à une « équipe » spécialement arrivée de Riyad à l’aube du 2 octobre à bord d’un jet privé.

Le dialogue rapporté implique Maher Mutreb, conseiller du prince « MBS » et titulaire d’un passeport diplomatique, et le docteur Salah Tubaigy, professeur en médecine légale exerçant auprès du ministère de l’Intérieur. Maher Mutreb est actuellement jugé en Arabie dans le cadre d’un procès dont on ignore tout sauf que plusieurs condamnations à mort ont été demandées.

A 13h02, treize minutes avant l’entrée de Khashoggi au consulat, M. Mutreb demande au Dr Tubaigy : « Est-ce qu’on pourra mettre le tronc dans un sac ? » « Non. Trop lourd », répond le médecin, qui poursuit : « On va couper les articulations, ce n’est pas un problème. Le corps est lourd. D’abord, je coupe sur le sol. Si on prend des sacs plastiques et que je le coupe en morceaux, ce sera réglé. On emballera tous les morceaux ». Puis il s’inquiète : « Mon supérieur n’est pas au courant de ce que je suis en train de faire. Personne ne me protège ».

13h39, le bruit d’une scie retentit 

A l’issue de la conversation, Mutreb demande si « l’animal sacrificiel » est arrivé. A 13h13, une autre voix lui confirme l’entrée imminente de M. Khashoggi. Après avoir été probablement accueilli par le consul général, le journaliste est conduit au deuxième étage du consulat, indique encore Le Parisien. Là une voix, « probablement » celle de Mutreb, lui explique : « On vous rapatrie. C’est un ordre d’Interpol. Interpol demande que vous soyez renvoyé » en Arabie saoudite.

Jamal Khashoggi nie la demande d’Interpol et affirme être attendu à l’extérieur du consulat. Les propos suivants montrent l’empressement du commando saoudien, qui insiste pour « faire vite », et sa victime, qui s’insurge. Il refuse d’envoyer un SMS à son fils. « Je n’écrirai rien », martèle-t-il à deux reprises.

A 13h33, Khashoggi remarque une serviette. « Vous allez me droguer ? », demande-t-il. « Nous allons vous anesthésier ». S’en suivent des bruits de lutte : « Poussez, continuez à pousser ». On n’entend plus la voix de la victime. Six minutes plus tard, un bruit strident jaillit. Il s’agit d’une scie, selon les renseignements turcs. Le corps de l’éditorialiste n’a toujours pas été retrouvé, malgré les nombreuses recherches de la police turque.

N.B., avec Le Parisien

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