Assouplissement de la censure culturelle en Arabie saoudite où la culture est...

Assouplissement de la censure culturelle en Arabie saoudite où la culture est «contrôlée pour éviter l’explosion»

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Le festival pop culture Comic Con– ayant pour principales thématiques les jeux vidéo et les séries télévisées- se tient à Jeddah, en Arabie saoudite jusqu’au 4 mars 2017. C’est un événement sans précédent dans le pays ultraconservateur qui cherche à élargir son offre culturelle de manière à freiner l’attirance des jeunes vers le monde occidental, et ainsi à canaliser la jeunesse.

C’est historique : depuis jeudi, des milliers de Saoudiens rencontrent les robots Transformers et autres superhéros des studios américains Marvel lors du festival Comic Con. Cela peut paraître surprenant dans le pays où il n’y a quasiment aucune activité culturelle, où il n’y a ni théâtre, ni salle de cinéma, et où les activités culturelles se limitent aux programmes télévisuels, en privé.

Il semblerait que cela relève du calcul politique :le gouvernement cherche à canaliser la frustration d’une jeunesse désireuse d’une véritable offre culturelle. 75 % des 29,2 millions de Saoudiens ont moins de 30 ans, il est donc impératif pour le roi Salmanede contenir cet élan, qui peut facilement devenir incontrôlable.

Plus instruite, de plus en plus ouverte vers le monde par l’intermédiaire d’Internet et des réseaux sociaux, la jeunesse ne peut plus se contenter des valeurs classiques que lui impose l’Arabie saoudite classique et conservatrice. Par ailleurs, des chercheurs ont révélé que les deux ressorts classiques de l’État, la religion et la rente pétrolière, ne suffisent plus. En effet, sans pour autant remettre en cause leur attachement à l’Islam, cette jeunesse veut accéder aux loisirs et à une autre forme de culture, être musulman n’est pas forcément en contradiction avec le fait de regarder des films américains ou d’écouter du rap. Quant à la rente pétrolière, elle ne représente plus un attrait suffisant pour les jeunes qui sont de plus en plus diplômés, qualifiés et aspirent à autre chose, à un vrai travail dans lequel ils peuvent s’épanouir et s’accomplir.

Pour le professeur de géopolitique à l’université Paris XI, Khattar Abou Diab, il est également capital de saisir l’évolution de la jeunesse saoudienne pour mieux comprendre la démarche du roi. « Les femmes sont plus instruites tout comme des dizaines de milliers de jeunes. Nombreux sont ceux qui vont étudier en Occident. Il y a donc une influence de la mondialisation dans beaucoup de secteurs. L’influence des réseaux sociaux est également très présente ».

Pour le pouvoir, il y a une stratégie à adopter. Il y a des évolutions contre lesquelles il ne peut rien, et il a à maintenir son pouvoir et une certaine autorité. L’évolution rapide des moyens de communication, les réseaux sociaux, la période des révoltes et révolutions arabes à partir de 2011, tout cela crée un climat propice aux changements et aux décisions à prendre afin de se protéger d’une éventuelle tentative de rébellion de la jeunesse. Pendant longtemps, le pouvoir censurait violemment certaines expressions artistiques et était plus souple envers d’autres. L’organisation du festival Comic con ouvre de nouvelles perspectives : l’ouverture à la culture est assumée par le gouvernement et ce genre d’événements commence à se multiplier : le 23 janvier 2017, des milliers de personnes assistaient au concert du chanteur Mohamed Abdu. En octobre 2016, un spectacle de catch est organisé seulement quatre jours après un concert de hip-hop du groupe new-yorkais iLuminate à Riyad.

Si les propos sont à prendre avec précaution, cette nouvelle offre reste bien présente. Pour autant, il est important pour Khattar Abou Diab de resituer cette recherche de « paix sociale » à travers la culture dans un programme de réformes économiques et sociales plus large.

Au vu des ambitions clamées par le gouvernement, les Saoudiens peuvent s’attendre à ce que de nouveaux divertissements soient proposés. En revanche, comme le soulignent des spécialistes, même si des salles de cinéma sont construites, « on n’imagine pas d’ouvrir leurs portes aux femmes ou encore d’accepter la mixité. Et la censure est loin de disparaître ».

 

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