ATTAQUE CONTRE LA SYRIE : ANNONCE –T-ELLE LE RETOUR A LA PAX-AMERICANA...

ATTAQUE CONTRE LA SYRIE : ANNONCE –T-ELLE LE RETOUR A LA PAX-AMERICANA ?

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L’élection de M .Donald Trump à la présidence des Etats Unis d’Amérique, a fait craindre un retrait de cette puissance des affaires du monde, retrait sur lequel ce journal a attiré l’attention et qui commence à se faire sentir dans plusieurs aspects, tels que le règles du commerce international, la préservation du climat et de l’environnement, la coopération internationale pour le développement et l’appui au Système des Nations Unies. Toutefois, il n’est venu à l’esprit d’aucun observateur averti que ce retrait allait s’accompagner d’une nouvelle forme d’interventionnisme dans les affaires du monde, interventionnisme militaire au nom, non pas des intérêts collectifs de la communauté internationale et dans le cadre de la légalité internationale, mais pour défendre des « intérêts nationaux américains », dont les contours restent vagues et à la limite lointains.

Le lancement de dizaines de missiles sur une base aérienne syrienne pour « punir » le régime de Bachar Al-Assad à cause de l’utilisation, non encore avérée, de l’arme chimique, au moment même où le Conseil de Sécurité se réunissait pour fixer les termes d’une enquête internationale visant à déterminer les responsabilités en la matière, entre dans le cadre de cet interventionnisme unilatéral qui rappelle étrangement les deux douzaines d’opérations militaires extérieures déclenchées par les Etats Unis d’Amérique depuis 1945 et jusqu’en 2008. Entre ces deux dates, souvenons-nous, il y a eu la guerre froide et la période faisant suite à l’effondrement du camp soviétique, deux époques qui, bien que différentes, ont eu comme point commun l’exercice par Washington d’une sorte de « pax americana »d’abord au niveau de leur « pré-carré », ensuite au niveau de la presque totalité du monde. Ceci s’est traduit par des interventions militaires dans les quatre coins du monde allant de la Corée ,le Vietnam et l’Afghanistan, au Guatemala, Cuba et Grenade, au Soudan, Congo et Libye, sans oublier l’Irak et l’ancienne Yougoslavie. Cependant, ces interventions se sont accompagnées d’une politique déterminée des Etats Unis et des autres acteurs internationaux pour jeter les bases d’un ordre international multidimensionnel qui a bien servi la communauté mondiale et a grandement atténué les méfaits de l’aventurisme militaire.

L’intermédiaire constitué par la « présidence Obama » n’a pas été exempt d’interventions militaires, (cas de la Libye de Kadhafi), mais un effort était exercé par l’Administration pour situer ces interventions dans un cadre multilatéral en leur donnant le sceau de la légalité internationale et l’aspect de la défense d’intérêts globaux ou de considérations de droit humanitaire. La « hard power » était souvent remplacée ou accompagnée par la « soft power » avec les tentatives de propagation de la démocratie et leur cortège d’efforts, souvent malheureux, de changement de régime. M .Trump, quant à lui, tout en renonçant apparemment à la « soft power », semble avoir opté pour un retour à outrance à la « hard power » sans s’embarrasser d’aucune couverture internationale. La principale, sinon l’unique considération, redevient « l’intérêt national américain » et l’intérêt des proches alliés des Etats Unis. Et voilà que Washington décide que la frappe contre la Syrie pourrait être répétée sans autorisation du Conseil de Sécurité de l’ONU et que d’autres pays, comme la Corée du Nord, pourraient subir le même sort, en attendant d’autres ennemis réels ou potentiels…. Est-ce pour cette raison que M.Trump demande une rallonge de pas moins de 54 milliards de dollars pour son budget militaire au titre de 2018 alors que les dépenses pour la diplomatie, la coopération au développement et la sécurité collective seront fortement réduites ? Le plus grave est que peu de voix, y compris au sein du Système des Nations Unies, s’élèvent pour signaler le danger que ces développements constituent pour la paix et la sécurité internationales.

En effet, si la « pax americana » du XXème siècle a pu être tolérée par un univers désorienté par la période du conflit mondial puis par la guerre froide et ses suites, les données sont aujourd’hui différentes. De nouvelles puissances, grandes et moyennes, sont nées et demandent que leur voix soit respectée et que le cap vers le multilatéralisme et la multipolarité soit maintenu. Les facteurs économiques et technologiques deviennent un élément déterminant pour l’exercice d’une influence quelconque et sur ce plan les Etats Unis d’Amérique sont aujourd’hui de plus en plus distancés par d’autres pays. Quant à la puissance de frappe militaire, elle n’est plus l’apanage d’une Capitale, mais devient largement partagée. Et que dire de la « logique militaire » qui consiste à aller détruire la principale base militaire syrienne servant à lutter contre le terrorisme daeshien alors qu’on affirme avoir pour priorité d’éradiquer ce mouvement ? Manifestement daesh peut, avec un tel adversaire, espérer vivre encore de beaux jours…. Et que dire de la « logique stratégique » d’un leader mondial fraîchement élu qui veut ouvrir un nouveau chapitre dans les relations de son pays avec la Fédération de Russie et qui , en même temps, s’en va risquer un conflit armé avec lui au dessus de la Syrie ? Le chemin vers une nouvelle conflagration mondiale pourrait devenir très court….

Certes, M.Trump peut se sentir enivré par des manifestations d’appui de certains Chefs d’Etat occidentaux et d’autres arabes qui pensent par cet appui garder l’amitié ou la protection de la « première puissance mondiale » même si le prix serait le versement de plus de sang arabe. De même peut- il se sentir encouragé par le silence de certaines capitales arabes et non arabes. En fait, la « politique de la canonnière » si elle est rétablie dans les relations internationales finira par n’épargner personne….

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