contestation
Un manifestant soudanais fait le V de la victoire lors d'un rassemblement antigouvernemental dans la capitale du Soudan Khartoum, le 15 février 2019 / AFP/Archives.

Au Soudan, le président Béchir résiste, et la contestation prend de l’ampleur

Au chômage depuis longtemps malgré leurs diplômes, les jeunes Soudanais multiplient les manifestations aux côtés d’autres catégories de citoyens, notamment des travailleurs mécontents de leurs conditions de vie. Parmi les jeunes, Osman Souleimane, qui fait partie de ces milliers de personnes qui descendent presque tous les jours dans les rues depuis deux mois pour demander la « chute » du président Omar el-Béchir, après trois décennies de pouvoir. « Il faut mener notre bataille si nous voulons garantir notre futur et le futur de notre pays », affirme-t-il ainsi à l’AFP.

Le Soudan, en raison notamment de la crise économique qu’il traverse, est agité par un mouvement de contestation depuis plus de deux mois. Déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, les manifestations se sont transformées en contestation du pouvoir de M.Béchir, en fonction depuis 1989.

La situation constitue selon des observateurs le plus grand défi en trois décennies que le pouvoir ait connu et le chef de l’Etat prévoit de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle de 2020. Face à lui, « la ténacité des manifestants a été jusqu’ici impressionnante », estime Murithi Mutiga du centre d’analyses International Crisis Group (ICG) cité par l’AFP et La Croix. Alors même que les autorités n’hésitent pas à employer la force pour disperser les rassemblements.

Selon l’ONG Human Rights Watch (HRW), 51 personnes sont mortes depuis décembre, dont des enfants et des membres de personnels médicaux. Des centaines de manifestants, dont des activistes et des journalistes, ont eux été emprisonnés par le service du renseignement (NISS).

Préparer l’avenir politique

« Deux mois ont passé mais l’élan du mouvement demeure et la participation de la population s’est étendue géographiquement et en termes de classes socioéconomiques », analyse encore M. Mutiga pour l’AFP. Parti de la petite ville ouvrière d’Atbara (est), ce mouvement s’est propagé à travers le pays jusqu’à la capitale Khartoum et sa ville voisine Omdourman, trouvant en revanche des difficultés à mobiliser dans les Etats du Darfour, du Nil Bleu et du Kordofan-Sud, touchés par des conflits.

« Malgré la violence du régime, le mouvement s’est étendu jusque dans les zones rurales », indique pour sa part Mohamed Youssef, porte-parole de l’Association des professionnels soudanais (APS), qui prend une part active au mouvement de contestation. « Nous pensons que le mouvement ne va pas s’arrêter puisque de nouveaux groupes l’ont rejoint », assure-t-il.

Al-Oumma, principal parti d’opposition, a proclamé son soutien aux manifestants, tout comme son chef, Sadek al-Mahdi, ancien Premier ministre évincé du pouvoir lors du coup d’Etat de 1989. L’APS a appelé les formations politiques à signer un « Document pour la liberté et le changement » qui expose les grandes lignes d’un plan politique à mettre en place après le départ de M. Béchir, mentionnant notamment une restructuration du système judiciaire et des mesures économiques.

Détermination

Les revendications socio-économiques de la population ne sont pas les seuls ingrédients qui ont conduit à l’émergence de ce mouvement. Il faut en effet y ajouter « la volonté des manifestants de se rassembler au nom des protestataires détenus ou morts en « martyrs » depuis le début du mouvement, explique l’agence de presse française.

Et cette détermination n’a pas été fléchie par les efforts des forces de sécurité pour empêcher les manifestants d’avoir accès au centre de Khartoum, ceux-ci optant alors pour des rassemblements dans les périphéries de la capitale. « Les manifestations ont duré longtemps, mais la réalité c’est que la contestation s’est essoufflée car les protestataires manquent de soutien populaire », souligne Ibrahim al-Siddiq, porte-parole du parti du Congrès national (NCP) du président, cité par l’AFP et La Croix.

De son côté, le président Béchir a fait une promesse de développement et de paix dans les zones sensibles du pays. La seule façon de changer le pouvoir en place est de passer par les urnes, a-t-il avancé en janvier. « Peut-être que la violence empêche beaucoup de Soudanais de descendre dans la rue, mais si le mouvement s’essouffle, un autre le remplacera », assure pourtant Osman Souleimane.

N.B.

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer