Aux sources du tunisien

Aux sources du tunisien

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Le Diplomate Tunisien inaugure une série d’articles qui ira puiser dans les dictionnaires les plus anciens, pour essayer de retracer les origines des mots qui font l’originalité du tunisien. Nous rechercherons l’origine des mots que nous utilisons de même que ceux, désormais tombés en désuétude, qui étaient encore courants du temps de nos grands-parents.Ce faisant, nous espérons permettre aux amis de la Tunisie et aux citoyens résidant hors du pays, surtout ceux appartenant aux nouvelles générations, de mieux se familiariser avec la façon de parler du tunisien de tous les jours.
Dans nos articles, nous utiliserons l’Alphabet Elyssa 2.0 pour transcrire les lettres arabes en lettres latines. La table suivante servira d’aide-mémoire.

Et maintenant, notre premier mot …
بربش
بَرْبِشْ– barbic [bˈær.biʃ]

Illi ydīr rāsu fi’n-nuxxāla ybarbcūh d-djēj اِلْلِي يْدِيرْ رَاسُه فِي النُّخَّالَة يْبَرْبْشُوهْ الدّْجَاج
Celui qui met la tête dans le son sera picoté par les poules
Ceci s’applique aux gens qui, ne tenant pas leur rang et fréquentant les gens mal élevés, s’étonnent ensuite de leur grossière familiarité.
[1]

barbic est un verbe très usité dans le parler tunisien. Un glossaire allemand de 1896, le traduisait en “durchwühlen”[2]. Le même glossaire ajoutait que فرفش farfic en est le synonyme.
Une autre source [3]donne plusieurs définitions pour barbic: 1. marquer, graver, cicatriser, petite vérole; 2. fouiller en mettant en désordre ; 3. chercher à savoir, à connaitre, avec علىɛle; 4. picoter; 5. faire du بربوشة barbūca .

D’où nous parvient donc ce mot ?
barbic viendrait de بَرْبِيشات barbīcēt : « C’est l’espagnol barbecho, qui signifie guéret, terre labourée pour être ensemencée. On donne ce nom aux terres dans les montagnes sur lesquelles on a brulé les broussailles et où l’on sème dans la même année »[4]. Barbicēt aurait fait sa première apparition par écrit vers la fin du XIIe siècle, dans l’œuvre du sévillan Ibn l-Ɛawwēm, Kitēb l-Filēḥa.[5]. Barbicēt semble avoir été adopte par les agriculteurs arabophones de l’Andalousie à partir du terme castillan.
Yizzi mi’t-tbarbīc!
En conclusion, notre verbe bien tunisien barbic dérive du nom arabo-andalou barbīcēt, qui dérive du nom castillan barbecho, qui a son tour vient du nom latin vervactum, qui signifie “jachère”. Barbic aurait donc à l’origine décrit l’action de mettre une terre en jachère.

¹Même définition que farfic
²barbūca:“Couscoussou grossier d’orge” [3]

Works Cited

[1] E. Daumas, La Vie Arabe et la Société Musulmane, Paris: Michel Lévy Frères, 1869, p. 475.
[2] H. Stumme, Grammatik des Tunisischen Arabisch Nebst Glossar, Leipzig: J. C. Hinrichs’sche Buchhandlung, 1896, p. 160.
[3] M. Beaussier, Dictionnaire Pratique Arabe-Français, Alger: Librairie Adolphe Jourdan, 1871, p. 29.
[4] R. Dozy, Supplément aux Dictionnaires Arabes, vol. I, Leyde: E. J. Bill, 1881, p. 64.
[5] Ibn Al-Awwam, Libro de Agricultura, vol. II, Madrid: La Imprenta Real, 1802.

R.H

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