Avant la conférence Tunisia2020, Tahar Sioud préconise « un statut spécial »...

Avant la conférence Tunisia2020, Tahar Sioud préconise « un statut spécial » de la Tunisie avec l’Union Européenne

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M. Tahar Sioud, a été Coordonnateur pour la Tunisie de la Conférence Internationale : «Invest in Tunisia, , start-up democracy » tenue le 8 septembre 2014 sous le gouvernement Mehdi Jomaa. Il répond, ci-après, à une question d’un journaliste sur l’apport de cette conférence et ce dans la perspective de la Conférence internationale sur l’Investissement prévue à Tunis les 29 et 30 novembre prochain :
Question : Vous avez organisé la conférence des « amis de la Tunisie » en septembre 2014, quelles sont concrètement les suites données, les résultats obtenus sur le terrain et éventuellement les déceptions que vous ressentez ?

Tahar Sioud : La recommandation principale a été de devoir mobiliser des fonds en contrepartie de réformes en profondeur. Malheureusement, deux ans après, le constat ne paraît guère convaincant. Sur le financement, les appuis extérieurs directs et prêts conditionnels, la Tunisie avait beaucoup espéré des soutiens financiers. Or, seuls sont parvenus quelques montants, concédés sous forme de prêts. Ce qui n’aide qu’indirectement le pays dans son effort de redresser son économie ravagée. Sa dette s’en trouve davantage alourdie. Elle représente actuellement plus de 62 % du PIB. Et il serait important de prêter une attention plus focalisée sur la dette avec la perspective de sa reconversion, comme le soulignent plusieurs députés européens et la société civile. L’idée d’un « plan Marshall » -amplification et concentration des efforts sur des objectifs stratégiques- est à retenir. Mais elle requiert une détermination plus claire de ces objectifs et une réelle mobilisation des ressources humaines et de production économique de la Tunisie, la garantie de la paix sociale par un dialogue positif et constructif, des réformes de fond dans le fonctionnement des structures, un lutte acharnée contre la prédation et tout ce qui contribue à désorganiser l’économie. La menace sécuritaire est une autre priorité, mais que la Tunisie ne peut assumer seule. La critique faite aux donateurs serait incomplète si nous ne battions pas notre propre coupe. Youssef Chahed, le jeune chef de gouvernement qui vient d’entrer en fonction a réellement le devenir du pays entre les mains. Si son gouvernement réussit, le pays aura réussi, s’il échoue en se perdant dans les querelles partisanes et de personnes, la Tunisie aura échoué pour longtemps car elle aura perdu la confiance et de sa population et de ses partenaires extérieurs. Des signaux clairs devraient être donnés des deux côtés en novembre prochain, comme dans ce que compte proposer l’UE dans sa prochaine « communication ». Elle doit surtout épargner le sentiment qu’elle n’engage que ses propres intérêts en faisant pression notamment sur les négociations sur l’ALECA. La relation doit être plus confiante et moins dirigiste. L’UE devrait inaugurer une nouvelle manière de faire en accompagnant plutôt qu’en faisant pression. La Tunisie, unique pays de la région qui répond à tous les critères requis, politiques, économiques et sociaux, pays plus proche de l’Europe et de ses valeurs qu’un certain nombre de pays candidats à l’adhésion, mérite qu’on lui applique le fameux « more for more », même si ce n’était qu’une mode éphémère, en lui concédant un « statut spécial », plus que l’association, moins que l’adhésion, un statut proche de celui convenu avec la Norvège. Ouvertures réciproques asynchrones, intégration dans le schéma normatif européen, qui deviendrait commun, structures de concertation permanentes et dialogue politique renforcé axé sur la sécurité. Les événements depuis 2011 montrent que la Tunisie, comme chacun sait, est désormais le flanc sud de l’Europe.

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