Bahreïn
Un Bahreini porte un portrait du leader de l'opposition chiite cheikh Ali Salmane lors d'une manifestation le 29 mai 2016, dans le village de Zinj près de Manama / AFP/Archives.

Bahreïn : Condamnation à la perpétuité du chef de l’opposition chiite

La Cour suprême de Bahreïn a confirmé lundi en appel la peine de prison à perpétuité du chef de l’opposition chiite, cheikh Ali Salmane, ainsi que celle de deux de ses collaborateurs, pour « intelligence avec le Qatar », selon une source judiciaire citée par l’AFP. Il s’agissait du dernier recours de cheikh Ali Salmane, qui est déjà emprisonné.

A la tête du mouvement Al-Wefaq, l’homme âgé de 53 ans avait été condamné le 4 novembre pour « intelligence avec le Qatar dans le but de renverser l’ordre constitutionnel du pays » et « actes d’hostilité envers le royaume de Bahreïn ». Ce jugement avait aussitôt été dénoncé par des organisations de défense des droits de l’homme, Amnesty International l’ayant qualifié de « parodie de justice ».

« Vengeance politique et insulte à la justice »

Un groupe d’opposition, The Bahrain Institute for Rights and Democracy (Bird), a lui aussi fermement condamné le verdict de lundi, dénouement d’un processus « biaisé » selon lui. « C’est une vengeance politique et une insulte à la justice », a expliqué son directeur, Sayed Ahmed Alwadaei, dans un communiqué, affirmant que cette décision faisait « honte aux dirigeants de Bahreïn et leurs alliés ».

Deux collaborateurs de cheikh Salmane, Hassan Sultan et Ali al-Aswad, résidant hors de Bahreïn, avaient été condamnés à la même peine par contumace. Ils étaient également poursuivis pour « intelligence avec le Qatar ».

L’inculpation de cheikh Ali Salmane était intervenue après l’embargo décrété en juin 2017 contre le Qatar par l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte. Ces pays ont accusé le Qatar de soutenir des mouvements islamistes violents, ce que Doha a démenti, et de vouloir un rapprochement avec l’Iran. Le Qatar a accusé en retour les détracteurs de sa politique étrangère de vouloir mettre celle-ci sous tutelle.

Lors de son inculpation, l’opposant chiite bahreïni purgeait déjà une peine de quatre ans de prison pour « incitation à la haine confessionnelle », dans un pays à majorité chiite dirigé par une monarchie sunnite. Lors de ce deuxième procès, les accusations contre lui étaient fondées sur une conversation téléphonique datant de 2011 entre cheikh Salmane et l’ancien Premier ministre du Qatar, cheikh Hamad ben Jassem Al-Thani.

Le Qatar a nié tout lien avec cheikh Salmane, dont la condamnation à la perpétuité était intervenue 20 jours avant la tenue de législatives à Bahreïn, le 24 novembre, boycottées par son mouvement politique. Le scrutin s’est déroulé en l’absence d’Al-Wefaq, dissous par les autorités qui ont également interdit l’Action nationale démocratique (Waad), autre groupe d’opposition libéral.

Le royaume du Bahreïn a été secoué par des troubles à partir de 2011, « lorsque les forces de sécurité ont réprimé un grand mouvement de protestation de la majorité chiite qui réclamait des réformes démocratiques », indique l’AFP. Les autorités de Bahreïn, siège de la Ve Flotte des Etats-Unis, ont accusé l’Iran d’être responsable des troubles, ce que Téhéran a récusé.

Depuis 2011, les procès d’opposants se sont multipliés à Bahreïn et actuellement, des centaines de dissidents sont emprisonnés ou déchus de leur nationalité. Le Bahreïn a également approuvé en 2017 un amendement constitutionnel donnant à la justice militaire la possibilité de juger des civils accusés de « terrorisme ». Pour Amnesty International, la condamnation à la perpétuité de cheikh Salmane est « une preuve des efforts illégaux déployés sans relâche par les autorités de Bahreïn pour museler toute opposition ».

« Cheikh Ali Salmane est un prisonnier de conscience, détenu pour le seul exercice pacifique de son droit à la liberté d’expression », avait déclaré en novembre Heba Morayef, directrice régionale d’Amnesty.

N.B., avec AFP

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