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Photo: AYEMN BETTAIEB/FB

#BalanceTonHopital, le hashtag qui dénonce la situation des hôpitaux tunisiens

Alors que les Tunisiens sont abasourdis par la mort de douze nouveaux-nés dans une maternité de l’hôpital La Rabta de Tunis, de nombreux médecins et étudiants en médecine se sont saisis de l’occasion pour attirer l’attention des Tunisiens et des autorités sur l’état désastreux des structures de santé publique. Des témoignages récoltés dans un groupe Facebook intitulé “Balance ton hôpital” et qui ont causé une vive émotion sur les réseaux sociaux.

« Toilettes insalubres, salles d’attente inondées, rats dans les couloirs, ascenseurs en panne… Quelques jours seulement après son lancement, la campagne numérique ‘Balance ton hôpital’ sévit sur les réseaux sociaux. Plusieurs dizaines de messages et de clichés ont été postés sur une page Facebook où de nombreux médecins, internes, externes et étudiants en médecine ont publié leurs témoignages, dénonçant de nombreuses défaillances dans les hôpitaux, notamment ceux de la capitale », explique par exemple Jeune Afrique.

Publiée par Balance ton hôpital sur Mercredi 13 mars 2019

« Cette campagne vise à montrer dans quelles conditions les équipes médicale et paramédicale travaillent, et de ce fait à démontrer que les autorités sont responsables des catastrophes de la santé publique », explique à Jeune Afrique Aymen Bettaieb, vice-président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins.

Faible mobilisation politique

« Nous cherchons à travers ces publications à sensibiliser la population. Cela fait des années que nous dénonçons ceci, mais cette fois-ci nous souhaitons associer à ce mouvement des personnes qui sont en dehors du secteur médical. Nous voulons tous une santé publique digne de ce nom », explique encore Aymen Bettaieb à Jeune Afrique.

Il s’agit d’une forte réaction à l’événement scandaleux du décès de douze nouveaux-nés des suites d’une infection nosocomiale, entre le 7 et le 9 mars au centre de néonatologie de la Rabta à Tunis. Les résultats préliminaires de l’enquête font état d’un agent infectieux qui aurait provoqué un choc septique entraînant le décès de ces douze nourrissons. Une affaire qui a poussé le ministre de la Santé, Abderraouf Cherif, à la démission, ce dimanche. « Côté politique, malgré plusieurs déclarations publiques des représentants de partis, aucune mesure concrète n’a pour le moment été annoncée », commente Jeune Afrique. Pire : le Parlement avait envisagé de tenir une séance plénière exceptionnelle, mais le président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Mohamed Ennaceur, a dû lever la séance, à laquelle n’ont assisté que 38 députés sur 217.

Rats et fuites d’eau

Sur la page Facebook du groupe « Balance ton hôpital », plusieurs témoignages se sont amassés en quelques jours pour tirer la sonnette d’alarme sur la dégradation de leurs conditions de travail. « J’aimerais partager une expérience que j’ai vécue lorsque j’étais interne au service néonatal de la Rabta », écrit un jeune médecin. « Nous étions obligés de transporter des nouveaux-nés fragiles pour la réalisation d’examens indispensables, car nous n’en disposions pas sur place. Nous n’avions pas de respirateurs transportables à l’hôpital. Le scanner était en panne, alors que nous étions dans l’un des plus grands hôpitaux de la capitale. Aucune bouteille d’oxygène n’était disponible, a-t-il dénoncé. Une seule ambulance était au service du centre de maternité de l’institut de neurologie et de l’hôpital en question. »

#Balancetonhopital (âme sensible s’abstenir) Nader Bennour GhaddabUne belle nuit de garde a kassab 2018Ce rat a été…

Publiée par Balance ton hôpital sur Mardi 12 mars 2019

Un interne à l’Hôpital Farhat Hached de Sousse, Houyeme Khaskhoussi, souligne « un assainissement défectueux, une détérioration des installations sanitaires qui représente une menace pour les patients et le personnel de l’hôpital, les multiples fuites d’eau ou encore les murs fissurés ».

« Faire des économies dans un secteur mourant »

Jeune Afrique rappelle que Mohamed Douagi, le président de la Société tunisienne de pédiatrie, avait lancé un avertissement sur sa page Facebook il y a quelques mois déjà sur la situation dans cette maternité, qui gère selon lui 15 000 naissances par an. Après le départ de plusieurs médecins, un service de réanimation néonatale à la Rabta s’était ainsi retrouvé avec « la seule chef de service et ses deux assistantes », avait-il souligné, accusant le gouvernement de chercher à faire des économies dans un secteur « mourant ».

Un service de réanimation néonatale à la Rabta gére 15000 naissances et se compose de 5 médecins .Nos politiques…

Publiée par Douagi Mohamed sur Samedi 14 juillet 2018

Et en 2017, un groupe de 387 médecins avait déjà adressé une lettre ouverte au chef du gouvernement. Il y faisait part de « ses inquiétudes face à l’accumulation des problèmes structurels et l’absence de réformes adaptées », appelant « à la mise en oeuvre d’un plan de sauvetage immédiat, en attendant une réforme profonde et globale du système de santé ». Des mises en garde qui n’ont manifestement pas été prises en considération.

N.B., avec Jeune Afrique

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