Bizerte

Baltimore et Bizerte comptent unir leurs forces

Le Capitol Intelligence Group, structure d’information financière sur la région MENA, l’Afrique et l’Asie centrale, a réaffirmé que la ville américaine de Baltimore comptait devenir le « principal moteur économique de la renaissance de la première démocratie représentative du monde arabe, la Tunisie ». Une opération ambitieuse, mais qui pourrait avoir lieu grâce au partenariat naissant entre Baltimore (Maryland) et la ville portuaire stratégique de Bizerte. « L’importance stratégique de la Tunisie a déjà été soulignée par le président américain Barack Obama lorsqu’il a déclaré que cette nation nord-africaine représentait un allié stratégique pour les Etats-Unis. L’attrait évident que représente cette nation nord-africaine pour les Etats-Unis ne cesse de se manifester », écrit le groupe américain.

Le nouveau maire de Bizerte, M. Kamel Ben Amara, a déclaré qu’il allait faire de l’officialisation du jumelage entre la ville portuaire de Baltimore et Bizerte un objectif primordial de son mandat et un moteur de dialogue entre entreprises et entre particuliers. De son côté, la mairesse de Baltimore, Catherine Pugh, s’est félicitée du lancement prochain du partenariat historique, ce « Sister Act » qui devrait être inauguré officiellement en novembre 2018, après qu’elle a rencontré en septembre 2017 le plus haut élu de Bizerte, le député tunisien Ali Belakhoua.

« Bizerte et Baltimore ont beaucoup en commun. Ce sont deux villes portuaires importantes situées à seulement 45 minutes de route des capitales respectives de leur deux pays et réputées pour leur excellence en matière de culture, d’éducation et d’industries diversifiées », relève le Capitol Intelligence Group qui souligne que la Tunisie est le pays d’Afrique et du monde arabe qui possède la plus longue et la plus forte tradition d’autonomisation des femmes et de protection des droits civils fondamentaux.

Transfert de connaissances

Considéré comme un modèle de réussite de partenariat public-privé, le port de Baltimore, en concluant un accord économique avec l’unité Highstar Capital d’Oaktree Capital Management [société indépendante d’investissement dans des infrastructures à haute valeur ajoutée], a permis à l’Etat du Maryland de récolter 1,8 milliard de dollars et de créer 5700 emplois. « Baltimore est ainsi devenue le port le plus efficace de la côte Est des Etats-Unis », estime le Capitol Intelligence Group.

Du côté de Bizerte, Kamel Ben Amara, compte, comme Ali Belakhoua, développer le port de Bizerte et en faire un port leader dans la région du sud de la Méditerranée. Comme l’a annoncé au Capitol Intelligence Group M. Belakhoua, le partenariat avec Baltimore sera axé sur le transfert de connaissances et la mise en place d’alliances entre les entreprises basées dans les deux villes.

Contrer la montée en puissance de la Chine dans la région

Une initiative soutenue par le plus haut sommet de l’Etat américain : le développement économique de la Tunisie est une priorité absolue pour la nouvelle société américaine d’investissement privé d’outre-mer (OPIC) sous la direction de Trump. Plus encore, l’administration américaine est de plus en plus préoccupée par la possibilité qui sans cesse se fait plus pesante de voir les entreprises américaines dépassées par leurs homologues chinoises sur le terrain de l’investissement en Afrique et, partant, en Tunisie. Belakhoua a d’ailleurs déclaré au Capitol Intelligence qu’il s’était entretenu avec un groupe de représentants de sociétés chinoises qui lui ont signifié leur ambition d’investir dans des projets qui seraient accueillis par le port de Bizerte. Ces prises d’initiative chinoises visent à « acquérir des actifs stratégiques » dans des zones à haut potentiel économique, comme en témoigne la prise de contrôle en 2016 du port grec de Pirée par le géant chinois du transport maritime Cosco (l’un des plus grands armateurs mondiaux de porte-conteneurs), souligne aussi le Capitol.

Une amitié historique

« La Tunisie étant un marché de choix pour les sociétés technologiques américaines, ce partenariat n’est pas une surprise, sachant que les Etats-Unis ont signé un traité de paix et d’amitié avec la Tunisie en 1797 », rappelle le Capitol. Soutenant un principe de « paix perpétuelle et constante » et d’une « amitié durable » entre les Etats-Unis d’Amérique et la régence de Tunis, ce traité de paix tuniso-américain comprend des clauses visant à protéger les navires des deux pays contre tout arraisonnement arbitraire ou offensive de la part de la partie adverse (notamment de la part des corsaires tunisiens actifs en Méditerranée). Il réglemente les conditions d’accueil réciproque dans les ports ainsi que celles de la liberté de commerce entre les deux parties.

Par ailleurs, l’initiative Baltimore-Bizerte entend produire un fort impact social. Elle « a déjà déclenché des pourparlers pour ouvrir la première branche étrangère de la Ligue urbaine nationale à Bizerte », toujours selon le Capitol Intelligence Group.

La National Urban League (NUL) est la plus ancienne organisation communautaire de défense des droits civiques aux Etats-Unis et dispose de branches dans plusieurs Etats américains : « elle est active dans toutes les grandes régions urbaines telles que Baltimore, New York, Chicago, la Nouvelle-Orléans ou encore Los Angeles », précise le groupe américain. L’actuel président de la NUL, Marc Morial, a déclaré au Capitol Intelligence que l’organisation historique était ouverte à un « transfert de connaissances » en matière d’éducation, d’accès au capital et de formation avec la Tunisie. « La Tunisie, quant à elle, peut enseigner aux Etats-Unis comment des personnes de convictions religieuses et politiques différentes peuvent coexister en harmonie », explique encore le Capitol Intelligence Group. Et de revenir sur un autre épisode historique, celui de l’appel à l’abolition de l’esclavage lancé le 7 décembre 1864 par le président de la municipalité de Tunis de l’époque, le général Hussein. Un « appel passionné » au président Abraham Lincoln pour qu’il abolisse l’esclavage comme la régence de Tunis l’avait fait avant lui. « Ô habitants de l’Amérique, l’humanité vous invite à éliminer de votre Constitution tout ce qui peut procurer un aval au principe de l’esclavage. […] Dieu aime les miséricordieux parmi ses adorateurs. Soyez donc miséricordieux envers ceux qui sont sur la terre, afin que celui qui est dans les cieux soit miséricordieux envers vous », a en effet imploré le haut dirigeant tunisien dans une lettre manuscrite destinée au Consul des Etats-Unis d’Amérique en Tunisie de l’époque, M. Amos Perry. Une missive dont celui-ci a par la suite fait part au 24e secrétaire d’Etat américain, William H. Seward et qui a eu un grand impact dans la presse américaine et même auprès d’un sénateur de renom, le fervent abolitionniste Charles Sumner (1811 – 1874).

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