camerounaise

Le calvaire de la traite humaine au Koweït : récit d’une esclave camerounaise

Des médias ont récemment rapporté l’histoire dramatique de huit jeunes camerounaises qui ont vécu l’enfer de l’esclavage et des traitements inhumains pendant de nombreux mois au Koweït, où elles étaient parties chercher des ressources et une vie meilleure. Dans ce riche pays du Golfe régulièrement pointé du doigt par des ONG pour les mauvais traitements subis par les migrants qui s’y installent, elles ont été victimes des fausses promesses des passeurs de migrants pour finalement se voir réduites à la servitude, « rabaissées au rang d’esclaves par leurs employeurs », explique par exemple le média russe Sputnik. Leur malheureux parcours a pris fin le 14 octobre dernier lorsqu’elles ont pu regagner le Cameroun, mais il témoigne de l’ampleur du trafic d’être humains en Afrique et dans certains pays arabes.

Des prisonniers qui « travaillent et espèrent avoir quelque chose et en retour mais qui n’ont rien »

Retournée chez elle à Douala après six mois d’absence, Prudence Kenembeni, 26 ans, avait été recrutée comme femme de ménage par des réseaux de passeurs, puis a été vendue comme esclave au service d’une famille fortunée au Koweït, sans jamais toucher de salaire. « Comme je travaillais de 5 heures à 1 heure du matin, je ne dormais pas bien, je me plaignais. […] Je n’ai pas été victime d’abus sexuels mais d’autres filles l’ont été. Elles se font violer par leurs patrons, puis elles tombent enceintes », explique-t-elle à France 24, qui précise que les Africaines qui se rendent au Koweït sont régulièrement victimes d’humiliations, de travail forcé et de violences sexuelles.

Encore traumatisée par ce qu’elle a vécu, elle a également témoigné du calvaire qui a été le sien à Sputnik : « Là-bas, tu es condamné, tu es bloqué en tout. Tu n’as pas de liberté. Tu es comme un prisonnier qui travaille et qui espère avoir quelque chose et en retour tu n’as rien. Il y a des caméras partout dans les maisons. Il y a des filles qui arrivent là bas et elles deviennent folles. Ce traumatisme commence à bien s’installer dans sa tête. Et une fois que tu es folle, tu ne peux plus voyager. Tu ne peux plus rentrer dans ton pays parce que ça sera une preuve que tu étais maltraitée. »

Et de poursuivre sur l’ampleur du trafic qui sévit dans et entre les deux pays : « Il y a déjà des Camerounais là-bas qui financent, ils envoient à ceux qui sont ici pour faire les passeports… ils sont un peu partout, même à l’aéroport. Il y a quelqu’un qui facilite la démarche à l’intérieur de l’aéroport pour que tu partes. Une fois que tu es là-bas, on passe encore par toi pour faire venir d’autres filles et ainsi de suite. Celle qui te fait venir reçoit ses 150 dinars ; l’équivalent de 270 000 FCFA. Quand tu es déjà là, tu commences à vivre le calvaire dans ta maison d’accueil. Pourtant ce n’est pas ce qu’elle te disait au téléphone avant que tu ne voyages. Quand une fille fuit, on rembourse son argent à la famille d’accueil et ils disent à l’agence qui t’a fait venir « l’esclave n’est plus chez moi. Il faut me rembourser mon argent. » Au Koweït, il y a plus de 200 bureaux qui font voyager les filles pour le travail de ménagère. Ils aiment avoir affaire aux gens qui ne sont pas cultivés, qui sont bloqués dans leurs têtes. »

Ce n’est qu’une fois sur place que les filles se rendent compte du tragique de la situation et qu’elles constatent qu’elles ont été victimes d’une vaste supercherie et qu’elles ne pourront avoir aucune prise sur le déroulement de leur séjour et les conditions dans lesquelles elles devront travailler. « Ce n’est même pas nous qui signons le contrat. Quand tu arrives, ils ont déjà tout signé. Et dans le papier même, tout est écrit en arabe. Ils disent que le contrat dure deux ans et que tu peux rentrer dans ton pays après mais c’est faux. Il y a des filles qui ont fait sept ans. Quand tu veux rentrer, on refuse. Quand tu fais savoir que tu veux partir, on saisit ton téléphone pour que tu ne puisses plus communiquer avec ta famille. »

C’est le 21 septembre 2018 que Prudence a publié une vidéo sur YouTube pour livrer son témoignage à l’opinion camerounaise et c’est cette divulgation médiatisée de l’enfer qu’elle a vécu qui finira par faciliter son rapatriement ainsi que celui des sept autres filles par le gouvernement camerounais, aidé par des organisations humanitaires. Prudence et les autres filles ont par ailleurs été contraintes de passer quelques jours en prison avant leur rapatriement en raison de plaintes déposées contre elles par leurs anciens « maîtres ». « Avant de retourner au Cameroun, nous avons fait de la prison. Ça avait été prévu juste avant notre vidéo que sept filles devaient être envoyées en prison et être rapatriées, quatre d’autres devaient payer elles-mêmes leur billet d’avion. Après ces cinq jours en prison, ils nous ont rapatriées. Nous avons trouvé en prison d’autres filles qui avaient déjà fait trois mois, d’autres deux semaines. En prison, là bas, vous n’avez pas de savon, vous n’avez pas de brosse à dents. Juste un seul vêtement », explique-elle encore.

Aujourd’hui, la jeune femme dit encore subir des pressions provenant de réseaux d’esclavagistes. « Je reçois des menaces tous les jours. […] J’ai eu des menaces après la vidéo quand j’étais encore au Koweït. Des menaces venant des gens du réseau du Cameroun et d’autres du Koweït. Ceux du Cameroun m’ont dit qu’ils m’attendaient ici et qu’ils allaient me faire du mal. Ceux du Koweït disaient qu’ils m’attendraient à l’aéroport pour me bloquer. »

Esclavage moderne

Toutes les femmes de ménage bloquées au Koweït n’ont pas eu la chance de fuir leurs tortionnaires comme Prudence et les sept autres filles. « Une douzaine de Camerounaises demeurent encore bloquées au Koweït », précise ainsi Sputnik. France 24 indique que les autorités camerounaises tentent actuellement de rapatrier ces femmes toujours emprisonnées au Koweït. Ce pays du Golfe est régulièrement visé par des dénonciations d’organisations humanitaires pour les mauvais traitements que les employeurs koweïtiens font subir aux migrants qu’ils recrutent. En avril 2017, une vidéo devenue virale sur Internet montrait une employée de maison éthiopienne suspendue à une fenêtre, dans ce qui paraissait être une tentative de suicide. La scène avait été filmée par son employeuse, qui s’était bien gardée d’intervenir pour lui venir en aide.

N.B.

A voir aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A ne pas manquer